Radar https://www.ouvroir.fr/radar RadaR est un espace de réflexion théorique et critique dédié à l’art contemporain, fruit d’une collaboration inédite entre le master Design et le Master Critique-Essais, écriture de l’art contemporain de l’université de Strasbourg. fr Remerciements https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1057 Nous tenons d’abord à remercier notre enseignante, Janig Bégoc, pour son accompagnement tout au long de ce projet. Elle nous guide depuis maintenant près de deux ans en prenant le temps de relire et d’affiner chacun de nos écrits. Merci à Kahena Sanaâ et Marwan Moujaes pour leur présence à différentes étapes du projet. Travailler et échanger à leurs côtés a été une expérience précieuse, qui a contribué à enrichir le contenu de cette revue. Nous souhaitons également remercier Taysir Batniji pour la confiance qu’il nous a accordée en nous autorisant à reproduire ses œuvres. Nous tenons enfin à exprimer toute notre reconnaissance à l’équipe de PARÉO, sans laquelle cette publication n’aurait pas pu voir le jour. Ce projet est une première pour nous, et nous sommes profondément reconnaissant·es de pouvoir écrire cette revue entouré·es par toutes ces personnes. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1057 Section 1 – Ce qui disparaît https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1058 Dans cette première partie, il s’agit de s’interroger sur les formes que prennent l’invisibilisation et l’effacement des vies minorées et sur les manières dont les artistes parviennent à rendre perceptible ce qui a été oublié ou volontairement effacé. Les pratiques artistiques étudiées interrogent les existences que l’histoire, la norme ou le pouvoir ont relégué en hors champ. En investissant ces zones de silence, les artistes font de l’affect un outil critique. Chez certain·es, il devient souvenir et commémoration ; chez d’autres, il se manifeste à travers l’expression du corps et sa réaffirmation. Les œuvres abordées dans cette section font du manque et de l’absence des matériaux à part entière en mettant en tension ce qui, tout en étant invisible, continue d’agir. Dans le sillage de la pensée de Judith Butler, cette réflexion s’attache à la notion de pleurabilité, qui désigne le droit à être pleuré·e et les critères selon lesquels une vie devient digne de deuil. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1058 Section 2 – Ce qui reste https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1059 Georges Didi-Huberman dans son ouvrage Images malgré tout1 s'intéresse à quatre photographies prises à Auschwitz en août 1944, qui sont des images d’archives floues issues de la Shoah. Leur prise de vue, réalisée dans la précipitation, montre un instant de mémoire ; le reste de l’histoire n’est pas visible, mais bien là dans ses traces visuelles. Les articles de cette partie analysent la manière dont les artistes puisent dans cette brèche en utilisant l’archive comme un document de travail et un canal de réactivation des émotions. Il s'agit de révéler les divers affects que fait surgir la mémoire et de démontrer comment les artistes remémorent des personnes invisibilisées. Les artistes étudié·es entretiennent tous·tes un lien étroit avec la notion de mémoire, qu’iels conçoivent comme un moyen de raviver une histoire collective antérieure et des mémoires reconstituées. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1059 Section 3 – Ce qui se transmet https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1060 Cette troisième partie propose de concevoir l’affect à travers sa fluidité et son potentiel de contagion. Cet axe suppose que nous sommes tous·tes en capacité d’affecter et d’être affecté·es, que nous sommes des êtres passionnel·les et que cette passion se transmet. Les artistes et œuvres étudiées donnent à voir, sous des modalités différentes, des formes qui transforment les affects en pratiques partagées et invitent à nous laisser traverser par leur mouvement. Romain Noël pense l’humain comme un être en souffrance à partir de l’instant où il se prend d’affection pour ce qui vit et palpite, car il y est inextricablement enchevêtré. Faire lien revient à faire l’épreuve de l’autre, à sentir cet autre passer à travers notre corps et nous transformer. Dans cette partie, il s’agit de faire éprouver les débordements qui surgissent de nos corps, la puissance qu’ils contiennent et la contamination aliénante qui se joue lorsque les affects se transmettent. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1060 Section 4 – Ce qui agit https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1061 Pour clore cette réflexion, la dernière partie se fait écho de la mise en mouvement des affects et des troubles que ceux-ci peuvent engendrer. Ici, les œuvres sont appréhendées en ce qu’elles font agir leur public désormais affecté. Après la contagion – observée dans les sections précédentes –, les émotions entraînent à l’action et se révèlent dans leur capacité à nous transformer. Culpabilité, douleur, peur ou au contraire apathie suscitées par les œuvres nous plongent dans un inconfort émotionnel. S’ouvrir à la souffrance des autres nous transforme donc mais semble aussi créer une « apocalypse affective », pour reprendre les mots de Romain Noël. Ces situations de chaos par le sensible semblent intenables sur le temps long. Elles nous forcent à agir, pour s’en libérer, et à lutter contre l’injustice qui les sous-tend. Ainsi les artistes nous enjoignent à quitter une zone de confort afin de prendre part aux résistances des individus en souffrance. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1061 Argumentaire https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1062 Crise affective « La faiblesse fondamentale de la civilisation occidentale est l’empathie ». Tels sont les mots employés par Elon Musk, multi milliardaire et homme politique d’extrême droite, lors d’une interview sur le podcast de Joe Rogan, en mars 2025. Loin d’entrer en contradiction avec la base électorale de Donald Trump, cette position est grandement partagée au sein des votant·es MAGA1. Le danger que représenterait l’empathie justifie le rejet de toutes formes de compassion envers les populations rendues les plus vulnérables. Cette stratégie de mise à l’écart des affects, loin d’être nouvelle – elle fut par exemple utilisée par la Première ministre britannique Margaret Thatcher – est symptomatique de politiques individualistes qui érigent le profit comme unique valeur de l’être humain. Elle crée une hiérarchie entre les vies jugées utiles et celles dont le Capital pourrait se passer, les vies auxquelles nous pouvons nous identifier et celles dont la perte ne sera rendue ni visible ni pleurable. Et in fine, elle précarisera des populations déjà marginalisées. Les inégalités sociales semblent évoluer au même rythme que la montée du fascisme international et des discriminations qui constituent son essence. Toutes occupées à façonner des peuples hiérarchisés par la peur de l’Autre, ces politiques nous rendent aussi inattentif·ves au bruit sourd de l’extinction qui approche. Nous pourrions dire que la Terre se meurt, mais cela reviendrait à écarter notre responsabilité dans ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1062 Réapparaître, faire corps pour exister https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1063 À travers l’étude des performances Hair Paintings and Other Stories (2018) et Becoming an Image (2012), Océane Halm explore la manière dont Jarrett Key et Cassils, deux artistes queer, rendent visibles les minorités qui ont été oubliées et effacées. Le concept de space of appearance (espace d’apparition), développé par Hannah Arendt puis repris par Judith Butler, permet de révéler la façon dont ces œuvres deviennent des lieux où les individus se rendent visibles et se manifestent par leurs actes. Le corps y devient politique par sa présence même ; il témoigne du fait que toutes les vies méritent d’être reconnues ou même vues. Entre indignation et fierté, indifférence et délivrance, la corporéité s’inscrit dans la matière et affirme le droit des existences réprimées à se dire, à se redéfinir et à s’inscrire dans l’espace public.] ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1063 Ce que pleurent ces montagnes https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1066 À partir de l’analyse des œuvres Concrete Tears 3451 (2006/2012) de Melik Ohanian et de Dame Gulizar and Other Love Stories (2017-2018) de Rebecca Topakian, cet article interroge la manière dont une mémoire empêchée peut encore circuler malgré le silence qui l’entoure. Ces œuvres arméniennes diasporiques offrent un accès aux formes matérielles que peut prendre un deuil rendu impossible par le déni historique. En s’appuyant sur des penseur·euses qui ont travaillé depuis les études arméniennes, les notions de mémoire, de trauma et d’éthique du deuil, Talia Mikaelian examine comment ces gestes artistiques révèlent les dynamiques affectives et invisibles qui traversent la transmission d’une histoire marquée par l’absence. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1066 Y’a d’la joie https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1073 L’occupation est un affect d’État : telle est la thèse que ce texte souhaite défendre. Elle s’éprouve comme une joie, une montée en puissance dans l’effort par lequel l’État persévère dans son être. À partir de l’analyse d’une série photographique prise sur la Colline des filles, à Maoz Esther, avant-poste israélien en Cisjordanie, l’article déplace les lectures attendues de l’image : innocentisation de l’occupant ou outil de l’occupation. Il propose plutôt d’y voir ce qui coagule la joie de l’État israélien. Une joie qui ramollit la texture même du monde. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1073 Ce que les silences nous disent encore https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1079 Mathilde Schissele analyse deux œuvres protocolaires qui interrogent la manifestation des affects lors du travail de remémoration activé par la consultation d’archives et la collecte de données. La série Flowers for Africa (2013, en cours) par Kapwani Kiwanga se concentre sur la présence systématique d’arrangements floraux au cours de négociations ou célébrations d’indépendance de chaque pays du continent africain. Avec la Bibliothèque des silences (2017), Marianne Mispelaëre recense l’ensemble des langues éteintes depuis 1988, dont elle inscrit au fusain les noms, les origines, et les dates de disparition, sur les murs d’une salle. À partir des silences laissés par les récits historiques, les deux protocoles associés forment un espace de deuil, de commémoration et d’hommage pour celle·ux qui ne peuvent plus être entendus. Chacune des artistes matérialise le vide ressenti, les manques historiques, jusqu’à proposer une nouvelle manière de composer l’avenir à partir de la reconnaissance de l’héritage du passé. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1079