Radar https://www.ouvroir.fr/radar RadaR est un espace de réflexion théorique et critique dédié à l’art contemporain, fruit d’une collaboration inédite entre le master Design et le Master Critique-Essais, écriture de l’art contemporain de l’université de Strasbourg. fr Carte blanche https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1033 En collaboration avec les étudiantes du master Arts plastiques : recherches et pratiques situées, nous nous sommes interrogées sur la signification de la marge pour chacune d'entre nous. À travers diverses formes (poétiques, artistiques…) nous vous présentons ici, les témoignages intimes et créatifs de nos réflexions assemblés au cours d’un workshop. Avec : Marine Cortese,Maryam Danesh,Lorène Franchetto,Elise Haselvander,Lila Hechchad-Meyer,Zoë Kemp,Kenza Khelfi,Elisa Kolb,Noémie Mauffrey,Tallulah Strubel,Julie Vezard,Augusta Weydert Hernandez. jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1033 Glossaire https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1034 Contre-visualités Le xxe siècle marque – dans différents champs d’études (philosophie, cinéma, sociologie…) – un tournant quant à la manière de penser le regard. Dans l’œuvre de Michel Foucault par exemple, la question de la vision occupe une place centrale. Dès les années 1970, le philosophe français met en lumière l’existence d’une « pensée visuelle » et soutient que la vision, loin d’être neutre, est structurée socialement (elle s’incarne dans des sujets, s’ancre dans des contextes matériels concrets tels que les hôpitaux, les prisons…). Par ailleurs, Foucault établit un lien étroit entre vision, savoir et pouvoir et démontre ainsi comment le regard devient un vecteur de contrôle et de connaissance au sein des institutions modernes1. Dans les mêmes années, d’autres notions se développent pour décrire le pouvoir du regard : c’est notamment le cas du male gaze. Issue des études cinématographiques, la notion est théorisée en 1975 par la critique et réalisatrice étasunienne Laura Mulvey dans « Visual Pleasure and Narrative Cinema »2. Dans son article, l’autrice soutient que ce « regard masculin » s’opère par la construction narrative et visuelle des objets cinématographiques. Alors que les personnages masculins sont actifs et font progresser les intrigues, les personnages féminins – quant à eux – demeurent passifs. Laura Mulvey décrit également la manière dont les femmes sont rendues objets (corps fragmentés, morcelés…) et filmées afin d’assouvir des « pulsions scopiques »3 (à jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1034 Bibliographie générale https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1035 Ouvrages AHMED Sara, Vandalisme queer, Lyon, Burn~Août, 2024. ALONSO GÓMEZ Sara, MARTIN Julie, Contre-visualités, écarts tactiques dans l’art contemporain, Toulouse, Lorelei, 2023. BACHELARD Gaston, La flamme d’une chandelle, Paris, Presses universitaires de France, 1986. BACHELARD Gaston, La psychanalyse du feu, Paris, Gallimard, 1985 [1938]. BACQUE Marie-Hélène, BIEWENER Carole, L’empowerment, une pratique émancipatrice, Paris, La Découverte, 2015. BARTHES Roland, Mythologies, Paris, Seuil, 1957. BAUER Thomas, DE LA CROIX Loïc, GERVILLE-RÉACHE Hugo (dir.), Sport & Cinéma. La technique à l’épreuve du réel, Limoges, Pulim, 2023. BELLARD Chrystèle, Les crimes au féminin, Paris, L’Harmattan, 2010. BERGMAN Carla, MONTGOMERY Nick, Joie militante. Construire des luttes en prise avec leurs mondes, Rennes, Éditions du commun, 2021 [2017]. BOIDY Maxime et MARTINEZ TAGLIAVIA Francesca (dir.), Visions et visualités. Philosophie politique et culture visuelle, Paris, Poli éditions, 2018. BOBEL Chris, New Blood. Third-Wave feminism and the politics of menstruation, New Brunswick, Rutgers University Press, 2010. BOBEL Chris, Winkler Inga, Fahs Breanne et al., The Palgrave Handbook of Critical Menstruation Studies, Singapore, Palgrave Macmillan, 2020. BODIOU Lydie, MEHL Véronique (dir.), L’Antiquité écarlate : le sang des Anciens, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017. BODIOU Lydie, MEHL Véronique (dir.), Rouge sang : crimes et sentiments en Grèce et à Rome, Paris, Les Belles Lettr jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=1035 Remerciements https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=930 Nous tenons d’abord à remercier les membres de l’Ouvroir – Léa Ackermann, Étienne Nadji et Clémentine Siméon – pour leur accompagnement, ainsi que nos nombreux partenaires qui ont permis le bon déroulement de la conception de ce numéro et des événements qui y sont associés – la Cryogénie Espace de recherche-création, le CROUS de Strasbourg et l’ACCRA. Nous remercions également nos deux contributrices Clarissa Devin et Janig Bégoc d’avoir accepté nos invitations et participé avec autant d’enthousiasme et de détermination à l’écriture de ce numéro. Merci aux membres du comité scientifique de relecture pour leur attention et leurs conseils : Aude Meyer, Johanna Renard, Kahena Sanaa, Katia Schneider. Nous sommes honorées d’avoir tissé un lien sorore avec nos camarades et artistes – Maryam Danesh, Lorène Franchetto, Elise Haselvander, Elisa Kolb, Noémie Mauffrey, Tallulah Strubel. Nous tenons ici à exprimer toute la reconnaissance que nous avons pour les enseignant·es qui ont nourri nos pensées tout au long de notre formation – Sophie Suma, Simon Zara, Johanna Renard, Cyrille Bret. Enfin, nous avons à cœur de remercier infiniment Janig Bégoc qui a su, durant deux années, faire fleurir nos réflexions avec bienveillance et sans qui le travail accompli n’aurait pas été possible. jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=930 Avant-propos https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=931 Pour celleux mis·es à la marge.  Hors de la norme,  hors du centre. Pour celleux qui luttent, qui sortent du rang.Trop vieux·illes,trop grand·es,trop gros·ses,trop noir·es,trop brisé·es,trop hystériques,trop vulgaires,trop poilu·es,trop aigri·es,trop wokes,trop féminine·stes ou pas assez. Pas assez fort·es,pas assez drôles,pas assez sexy,pas assez dignes,pas assez apprêté·es,pas assez pures, pas assez sages,pas assez stablesPour celleux qui ne remplissent pas les cases. Les « pas-conformes ».Pour celleux qui rétorquent et qui portent la voix.Nous écrivons pour les rabat-joie.Conscientes de nos privilèges,nous écrivons pour celleux qui obliquentafin de renverser le martèlement constant,de remarques, d’insultes, de stéréotypes,et de le retourner en arme contre le système d’oppression.  jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=931 Introduction https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=932 « Sur le bord du chemin. Tu es dans tu es entre et dehors à la fois. »Danièle Faugeras1 Être trop, pas assez, se mouvoir dans la société sans pour autant pouvoir y occuper l’espace souhaité. C’est ce que nous vivons en tant que femmes, c’est ce qu’éprouve une étendue de personnes poussées en bordure. Ce décalage est le résultat d’une société patriarcale ayant imposé ses normes et ses stéréotypes2. Mises de côté, mal représentées, ces femmes se confrontent à une stigmatisation ainsi qu’à une forme d’invisibilisation, aussi appelée mentrification3. Celles qui obliquent, qui dérangent, qui exagèrent, qui agissent sont écartées parce qu’elles représentent un danger face à l’ordre patriarcal établi. Dans ce dixième numéro de RadaЯ, nous souhaitons déployer une réflexion sur la manière dont certaines femmes ont été placées à la marge, et mettre en lumière de nouvelles façons de voir et de représenter ces femmes marginalisées, à travers le regard inclusif d’artistes contemporaines. Marge et techniques d’impression Le terme marge, issu du latin margo qui signifie « bord » ou « bordure », est riche de sens et de nuances. Polysémique, ses usages métaphoriques se sont multipliés au fil du temps. Il exprime une idée abstraite, mais aussi des concepts économiques et commerciaux, ou revêt une dimension socio-topologique. Ce mot intègre d’abord le langage technique de l’imprimerie dès 1450, où il désigne l’espace blanc qui entoure le texte imprimé. Au xviiie siècle, il désigne également les jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=932 Femmes païennes. Redéfinir la spiritualité grâce à une divinité féminine https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=934 Cet article explore la spiritualité dans l’art comme une forme d’empowerment pour les femmes marginalisées dans les cultes religieux occidentaux. Ce phénomène de marginalisation a été réinvesti lors de la seconde vague féministe des années 1960, et a donné lieu à l’émergence d’une nouvelle figure spirituelle féminine : la Déesse. Cette figure génère un mouvement à la fois spirituel et contre-symbolique, qui offre aux femmes croyantes et non croyantes un espace libéré des dynamiques religieuses patriarcales. Plus en accord avec leurs principes, ce courant permet aux femmes une liberté de leur corps et de leur sexualité, ainsi qu’une inclusivité qui n’était alors pas possible avec les religions monothéistes. Dans cet article, Marine Cortese étudie des artistes contemporaines des années 1970 à 1980 qui ont revalorisé les mythes, les rituels et le corps comme des espaces sacrés. Leur pratique entend construire une communauté spirituelle qui redéfinit la féminité et conteste les mécanismes oppressifs, liés à la prédominance masculine dans les religions monothéistes. En offrant aux femmes une alternative à la domination religieuse masculine, les artistes redéfinissent la spiritualité comme un espace d’expression artistique, de résistance et de transformation culturelle. This article explores spirituality in art as a form of empowerment for women marginalized within Western religious traditions. This phenomenon of marginalization was revisited during the second wave of feminism in the 1960s, leading to the emergence of a new female spiritual figure: the Goddess. This figure gave rise to a movement that is both spiritual and counter-symbolic, providing both religious and non-religious women with a space free from patriarchal religious dynamics. More aligned with their values, this movement grants women bodily and sexual autonomy, as well as a level of inclusivity that was previously unattainable within monotheistic religions. In this article, Marine Cortese examines contemporary female artists from the 1970s to the 1980s who revalorized myths, rituals, and the body as sacred spaces. Their artistic practices aim to build a spiritual community that redefines femininity and challenges the oppressive mechanisms associated with male dominance in monotheistic religions. By offering women an alternative to male religious authority, these artists redefine spirituality as a space for artistic expression, resistance, and cultural transformation. jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=934 Femmes catcheuses. Dissolution et affirmation des combattantes à travers les matchs intergenres https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=940 En s’intéressant à la figure de la catcheuse, cet article souhaite interroger les stratégies d’inclusions de certaines combattantes dans des configurations intergenres ambivalentes, où l’on observe certes une valorisation des catcheuses féminines, mais à travers leurs capacités à faire face à leurs homologues masculins. De plus, la prolifération des catcheuses dans les matchs intergenres semble régulièrement s’accompagner d’une déstructuration des espaces d’expressions qui donnent corps au catch féminin, notamment par la progressive disparition d’une division féminine à part entière. This article examines the figure of the female wrestler as a lens through which to interrogate the strategies of inclusion employed within ambivalent intergender wrestling configurations. While these configurations may appear to elevate female wrestlers, such recognition often hinges on their capacity to confront male opponents on equal footing. Simultaneously, the increasing presence of women in intergender matches is frequently accompanied by the erosion of distinct expressive arenas historically afforded to women’s wrestling—most notably through the gradual dissolution of an autonomous women’s division. jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=940 Femmes incarcérées. Les liens affectifs dans le milieu carcéral comme formes de résistance https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=959 Dans cet article, je m’intéresse aux relations affectives dans les prisons féminines en interrogeant leur potentiel subversif. Les femmes en détention sont constamment occultées des études carcérales. Myriam Joël-Lauf étudie les différents mécanismes de cette marginalisation en envisageant la prison comme le « miroir grossissant » de notre société. L’affection entre les détenu·es n’est jamais réellement prise en compte dans ces recherches androcentriques. À l’inverse, elle devient un objet de fantasme sexiste et homophobe dans l’imaginaire collectif : en l’absence des hommes, les détenu·es entretiendraient des rapports lesbiens perçus comme déviants et pathologiques. Par ailleurs, l’institution les incite à se conformer au modèle de la mère et de l’épouse parfaite afin de les préparer, voire de les conditionner, à jouer le rôle attendu à leur sortie vers l’ordre social normatif. Toute autre situation est jugée illégitime. Face à cette domination et ce contrôle, des formes de résistance et d’autodétermination émergent. J’étudie, par le biais d’œuvres photographiques, comment les détenu·es s’émancipent et réaffirment leurs subjectivités à travers des gestes d’amour propre et des liens solidaires. In this article, I focus on affective relationships in women’s prisons, questioning their subversive potential. Incarcerated women are mainly absent from carceral studies. Myriam Joël-Lauf analyzes the mechanisms of marginalization and considers prison as a “magnifying mirror” of our society. Affective ties between inmates are rarely taken into consideration in androcentric research. In reverse, they often become objects of sexist and homophobic fantasy in the collective imagination: in the absence of men, women are supposed to engage in lesbian relationships perceived to deviant or pathological. Moreover, the institution induces inmates to conform to the roles of ideal mothers and wives in order to prepare—or to condition—them to reintegrate into normative social order. Any other situation is considered illegitimate. In response to this domination, forms of resistance and determination emerge. Through the analysis of photographic works, I explore how incarcerated people emancipate themselves and reclaim their subjectivities thanks to acts of self-love and collective connection. jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=959 Femmes âgées. Réenchanter les corps vieillissants éprouvant du désir https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=972 Kenza Khelfi évoque l’âgisme et la manière dont la sexualité taboue des femmes âgées est mal ou sous-représentée dans les médias (séries, films) et l’art contemporain (photographies). Elle montre que les représentations stéréotypées, désexualisantes, voire diabolisantes qui leur sont attribuées placent ces femmes en marge de la société. Elle met en lumière dans cet article, le travail d’artistes contemporaines qui « réenchantent » les corps vieillissants afin d’élaborer un contre-récit dans lequel leur âge est, a contrario, perçu comme un renouveau significatif de liberté et d’émancipation. C’est le cas de Julie Glassberg, Hortense Belhôte ou bien Zaida Gonzalez Rios, qui redressent les corps de ces femmes pour briser le tabou de « la vieille courbée ». Les artistes Pauline Curnier Jardin et Arianne Clément se concentrent quant à elles, sur la monstration de la peau et le toucher. La participation des modèles à ces projets sera envisagée comme un acte d’empouvoirement et de sororité. Kenza Khelfi addresses ageism and the way in which the taboo surrounding the sexuality of older women is poorly represented—or entirely absent—in media (TV shows, films) and contemporary art (photography). She highlights how stereotypical, desexualizing, and even demonizing representations relegate these women to the margins of society. In this article, she sheds light on the work of contemporary artists who re-enchant aging bodies in order to construct a counter-narrative where age, conversely, is perceived as a significant renewal of freedom and emancipation. This is the case with artists like Julie Glassberg, Hortense Belhôte, and Zaida González Ríos, who straighten the bodies of these women to break the taboo of the “hunched old lady”. Artists such as Pauline Curnier Jardin and Arianne Clément, on the other hand, focus on the display of skin and touch. The participation of the models in these projects is considered an act of empowerment and sisterhood. jeu., 05 juin 2025 00:00:00 +0200 https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=972