Si l’on parle communément d’histoire populaire au singulier, il ne s’agit en réalité aucunement d’une historiographie unifiée. C’est un label (qui tend même à devenir commercial), revendiqué par des historien·ne·s d’une grande diversité, et qui peut aussi ne pas l’être par certain·e·s qui semblent pourtant en relever. Il n’y a pas d’école se reconnaissant dans un fondateur (même si Edward P. Thompson et Howard Zinn seraient de bons candidats), pas de lignée, pas de revue, pas d’accord sur les limites d’un groupe. Il n’y a en réalité pas même d’accord sur ce qu’est le peuple, qui fait l’objet de cette histoire, sans que cela puisse désigner un groupement aisément formalisable. Ce que les Anglo-saxons appellent history from below, « histoire par en bas », fait partie de ce regroupement un peu flou de l’histoire populaire, mais constitue un courant historiographique dont les présupposés scientifiques ont été mieux clarifiés et partagés, dans une commune opposition aux récits dominants et à l’histoire marxiste. Les acteurs des récits et des analyses de l’histoire « par en bas » relèvent des classes populaires ou, plus généralement, des catégories dominées. J’utiliserai donc l’adjectif populaire pour désigner l’ensemble des groupes dominés ou marginalisés. Pourtant, l’histoire populaire « par en bas » ne se définit pas d’abord par un objet, mais par une méthode. On peut considérer qu’il s’agit de travaux accordant une place centrale à la visibilisation et au traitement des archives portant trace des actions et des voix d’individus marginalisés. L’histoire populaire « par en bas » ne traite pas du peuple pris en une catégorie indifférenciée, mais s’intéresse aux « masses en tant qu’elles se défont, qu’elles se décomposent en êtres parlants1 ».
L’objectif de cet article est d’analyser dans quelle mesure l’usage de telles archives de voix marginales définit une poétique particulière, une manière singulière de penser et d’écrire l’histoire. Il ne s’agit évidemment pas de style, mais de manière de faire science2.
Le but n’étant pas de délivrer un brevet d’appartenance ou d’exclure quelque ouvrage que ce soit, le choix constitutif de l’ensemble analysé est donc discutable, mais on a choisi d’exclure d’emblée plusieurs types de tentatives, qui portent pourtant en étendard le syntagme « histoire populaire ». On laissera d’abord de côté les ouvrages pensés comme des vulgarisations, conçus à destination d’un public jugé peu cultivé et formulant juste de manière simpliste un récit on ne peut plus traditionnel, qu’il soit réactionnaire ou progressiste. On n’analysera pas non plus les récits qui, délaissant le point de vue des dominé·e·s, visent avant tout à démontrer la force de la domination en s’intéressant à une histoire de l’État3. On pourra rattacher à ce second type les travaux faisant une histoire sociale des catégories populaires et qui, aujourd’hui, portent parfois le titre d’histoire populaire mais ne s’intéressent pas aux voix marginales4. Seront également exclus des travaux qui pourtant relèvent complètement du traitement des archives portant trace des actions et des voix d’individus marginalisés : ce sont des textes où la voix est particulièrement dense, abondante, parce qu’elle repose sur des sources qui ont été suscitées et pensées pour empêcher l’invisibilisation, et où le travail de l’historien·ne est donc différent. Un exemple serait le livre d’Hélène Dumas sur les Paroles orphelines du génocide des Tutsi, qui repose sur un corpus de 105 récits à la première personne5. De nombreux projets d’histoire orale initiés par des tenants de l’histoire populaire seront également laissés de côté6. S’ils croisent très clairement la démarche de l’histoire populaire, ces ouvrages se situent dans un autre rapport au savoir.
Dans Les Noms de l’histoire, Jacques Rancière a analysé la poétique de l’histoire conçue par les Annales et leur manière d’articuler un contrat scientifique, un contrat narratif et un contrat politique. Il a conçu sa propre œuvre historique à l’encontre de cette tradition et de sa poétique. Il n’est pas le seul. Cet article se propose d’analyser la poétique de l’histoire populaire en suivant ces axes.
Un contrat scientifique
En ce qui concerne le contrat scientifique, l’histoire par en bas repense sa scientificité en se moquant de l’ambition statistique qui ne considérait le peuple que sous l’angle de la masse. Edward P. Thompson multiplie les piques contre l’histoire statistique, il parle de « bavardage quantitatif7 » et, de façon amusante, inverse les critères de scientificité : « Je considère ces chiffres, écrit-il à propos de la vente des épouses, comme une donnée littéraire et impressionniste, par contraste avec la preuve “solide” de ce chapitre, qui est l’examen rapproché des textes et des contextes8 ». Il y a un enjeu de vérité. Il y a également un enjeu touchant au type de compréhension que l’on peut obtenir : Thompson réintègre des données culturelles et de valeurs « que des tableaux de chiffres sur le coût de la vie ne suffisent pas à éclairer9 ».
Il critique de près tous les travaux qui calculent des moyennes, arasent la diversité des situations et perdent de vue l’expérience sociale10. Howard Zinn demande de même : « Les statistiques peuvent-elles nous dire ce que ressentaient les familles éparpillées11 ? ». Il y a donc un refus d’écraser les individus populaires sous la grisaille d’une moyenne, pour retrouver le sens des actions et des affects singuliers. Dans tous les cas, l’histoire populaire fait avec le récit, le cas, l’exemple, pas avec les chiffres et les statistiques.
Éclats et montage
Les histoires populaires sont concrètes, ancrées dans l’archive et le « petit fait vrai ». Elles s’opposent à ce que Peter Linebaugh et Marcus Rediker ont appelé la « violence de l’abstraction dans l’écriture de l’histoire », qui permet d’invisibiliser toute une partie des acteur·trices12. Même quand il s’agit d’analyser des mouvements militants, une histoire par en bas, qui s’intéresse aux destins individuels, aux subjectivités et aux voix populaires, ne procède pas par exposé doctrinal, mais retrace des vies incarnant un combat. La Formation de la classe ouvrière anglaise s’ouvre sur la réunion de formation de la Société de correspondance londonienne, et le lecteur est pour ainsi dire invité à se faire compagnon de la tablée de neuf hommes qui décident de cette création « après avoir soupé de pain et de fromage accompagnés de bière, comme ils en avaient l’habitude, puis fumé la pipe et évoqué la dureté des temps et la cherté des moyens de subsistance13 ».
Thompson ancre toujours son texte dans une matérialité : il ne dit pas « le radicalisme », mais « le radicalisme des couteliers de Sheffield, des tisserands de Norwich et des artisans londoniens14 » ; il ne dit pas que Paine s’adresse au peuple, mais qu’il parle avec des « arguments que pouvaient comprendre le mineur ou la jeune campagnarde15 ». Les traditions politiques populaires sont d’abord envisagées comme « des foyers d’expérience16 », « [des] formes, modes et styles de vie », en l’occurrence ici la « vie révolutionnaire17 ».
Cette histoire concrète doit souvent se contenter de bribes. Elle s’écrit à partir de tout ce qu’une société a rejeté et qu’une histoire officielle a négligé. Elle se reconnaît dans la figure benjaminienne du Lumpensammler, du chiffonnier qui se baisse pour ramasser ce qui a été négligé. Les sources de l’histoire populaire ne sont pas rares, contrairement à ce que l’on entend parfois dire, mais elles sont fragmentaires, de l’ordre de l’éclat, de petits textes discontinus, de détails pauvres. L’enjeu est alors de reconstituer une trame, de tisser ensemble ce qui se présente comme singulier et sans jointure. Gilles Havard dit par exemple travailler sur « un monde en partie perdu, un puzzle aux pièces manquantes18 », Christophe Granger écrit une trajectoire de vie avec tous les « trous dans la documentation produite au sujet de Kabris19 », Arlette Farge parle quant à elle « des milliards de gouttelettes » qui constituent la vague20.
L’écriture de l’histoire populaire n’est pas démonstrative. Elle n’exhibe pas un raisonnement, elle présente des sources sans en dissimuler les manques et dans un ordre qui permet aussi aux lecteur·trices de jouer un jeu d’élaboration, de compléter les liens. En cela, elle est démocratique non seulement dans ses objets, mais dans sa manière de s’adresser à son lectorat. C’est très clair par exemple dans La Nuit des prolétaires, mais aussi chez les microhistoriens, tels Giovanni Levi (Le Pouvoir au village21) ou Carlo Ginzburg (Menocchio22) : différents paragraphes se juxtaposent sans que la trame démonstrative soit soulignée. Dans le dernier livre de Thomas Bouchet, on retrouve également une telle manière de procéder par éclats disjoints, mais constituant finalement une mosaïque. C’est aussi le cas, avec un effet un peu différent, chez Howard Zinn, qui utilise ce procédé de manière assez dramatique, soulignant la pauvreté des vies ou l’incomplétude des destins qui se marque par les carences des sources. Évoquant David Walker, fils d’esclave mais lui-même libre et écrivain de pamphlets radicaux, il écrit : « Un jour de l’été 1830, le corps de Walker fut retrouvé près de sa boutique de Boston », et il enchaîne sur autre chose23. Il accepte et signale l’incomplétude de sa source, qui est en elle-même le signe du mépris où sont tenues ces vies.
Avec ces différents fragments, l’histoire populaire travaille tout ce qui est à côté de la culture dominante, tout ce que celle-ci occulte. L’histoire populaire pense la coexistence et l’hétérogène, l’hybride, le composite et non la flèche unique et homogène d’une logique majoritaire (qui est souvent une logique de domination, de modernisation, de centralisation). Elle ne pense pas la figure triomphante d’un peuple compris comme masse ou comme classe, mais des formes de coexistence des dominants et des dominés, des vainqueurs et des vaincus. Par exemple, François Jarrige a travaillé sur la coexistence du travail animal et de la révolution industrielle, constituant ainsi le tableau complexe d’« une première modernité hybride24 ». Pour cette historiographie, c’est d’ailleurs le peuple lui-même qui est un espace de coexistence et d’hétérogénéité. Ainsi, Thompson ne conçoit pas la tradition dissidente anglaise comme une classe unifiée mais comme une addition de mouvements divers25. Il en résulte une figure de peuple un peu baroque et qui se distingue notamment de celle qu’a pu produire une histoire marxiste intéressée par un mouvement ouvrier organisé, discipliné, austère parfois. Fasciné par le prolétariat organisé, cette histoire marxiste a ainsi sous-estimé, selon Thompson, « ses ancêtres plus gaillards et plus turbulents26 ». L’histoire populaire refuse l’homogénéité, mais aussi le moralisme qui va avec : « il nous faut, écrit Thompson, traiter ces données sans moralisme (les “pauvres du Christ” n’étaient pas toujours beaux à voir) mais en privilégiant les valeurs brechtiennes : le fatalisme, l’ironie devant les homélies de l’establishment, la ténacité de l’instinct de conservation, la spontanéité, la capacité à se distraire27 ».
Ce côté baroque du traitement du peuple par l’histoire par en bas, se marque stylistiquement par une figure fréquente, qui n’est pas décorative mais scientifiquement importante, et qui est celle de l’accumulation énumérative. Pour s’opposer à l’idée d’une classe ouvrière unifiée et née du système de la fabrique, Thompson détaille : « Dans beaucoup de villes, le véritable noyau, qui fournit au mouvement ouvrier idées, organisation et direction, se composait de cordonniers, de tisserands, de selliers, de bourreliers et autres libraires, imprimeurs, travailleurs du bâtiment ou petits commerçants28 ». Quant à Paul Gilroy, pour rendre la singularité et la puissance d’une figure comme celle de Martin Delany, nationaliste noir et patriote américain, il rappelle qu’il fut « tour à tour journaliste, éditeur, médecin, scientifique, juge, soldat, inventeur, inspecteur des douanes, orateur, politicien et romancier29 ». On trouverait cela aussi chez Rediker : quand il veut donner une idée de ce qu’est l’hydre du désordre pour les dominants, il cite les « dispossessed commoners, transported felons, indentured servants, religious radicals, pirates, urban laborers, soldiers, sailors, and African slaves30 ». Le peuple de l’histoire populaire est multiple.
Redéfinir le contexte
L’histoire populaire est donc une histoire faite de bribes, à partir de documents souvent isolés. Se pose alors la question des manières de penser le contexte. Dans cette forme d’histoire, le contexte n’est pas premier, c’est le document qui l’est. Cette approche procède donc par induction : on observe les cas avant de construire le contexte qui les a générés, opération néanmoins nécessaire car « redonner une voix aux perdants de l’histoire », c’est aussi permettre la reconstruction « des cadres d’intelligibilité que leur défaite avait rendus invisibles31 ».
Dans une première forme de reconstitution du contexte de circulation des formes populaires émergeant de l’archive, le contexte surgit de l’examen rapproché des différents cas eux-mêmes. Chez Howard Zinn, on peut deviner un usage accumulatif, assez simple. Très souvent, chez lui, les citations ne sont pas examinées dans le cadre précis de leur contexte, mais elles exemplifient une situation générale qui prend forme à force d’accumulations. On trouverait aussi ce procédé accumulatif chez Thomas Bouchet, qui assure que son projet était « de choisir le fragmentaire contre l’exhaustif, de structurer le récit et l’analyse par des traces et des éclats de vie32 ». Chez Edward P. Thompson, les procédés sont en revanche plus complexes, l’auteur procédant par une sorte d’aller-retour entre l’exemple et le contexte, qui sont ainsi co-construits. L’accumulation et la confrontation des exemples permettent de dessiner un contexte qui, en retour, permet de comprendre les exemples. Ainsi, le contexte de la vente des épouses peut être pensé comme étant le marché ou l’auberge, donc un espace public, et c’est à l’aune de cette publicité (comprise à partir des exemples) qu’il faut ensuite interpréter les exemples initiaux.
Une autre stratégie de reconstitution des contextes, adaptée à l’histoire des dominé·e·s et aux archives fragmentaires est celle de la microstoria. Elle travaille à partir d’une contextualisation multiple, avec l’idée que chaque acteur historique participe de façon proche ou lointaine à des contextes de dimensions et de niveaux variables, du plus local au plus global. La microhistoire refuse donc l’idée d’un contexte unique unifié à l’intérieur duquel les acteurs populaires détermineraient leurs choix. Elle cherche à reconstituer la pluralité des contextes nécessaires à la compréhension des comportements observés. L’éclatement permet de juxtaposer différents contextes et de chercher les correspondances et passages33.
Quoique cette histoire des marges, en raison même de la nature de ses sources, impose des opérations historiographiques complexes et des constructions du récit très maîtrisées, les historien·nes qui pratiquent l’histoire par en bas tendent à s’effacer du tableau.
Effacement de l’historien·ne ?
L’historien·ne de l’histoire par en bas se fait discrèt·e. Tout d’abord, et contrairement à ce que l’on imagine parfois, l’histoire populaire tend à refuser de formuler des jugements de valeur. Cette histoire que l’on dit engagée formule très peu d’opinions directes sur ce qu’elle met en récit. Le jugement surgit alors de la violence nue des sources (ou, chez Zinn parfois, de jugements formulés par les acteur·trices elleux-mêmes34). Quand il y a des jugements, ils portent surtout sur des généralisations ou des comparaisons possibles avec le temps présent, mais non sur la matière archivistique35.
Ce qui est refusé, c’est une figure de l’auteur·trice tout·e puissant·e. C’est en quelque sorte le contraire de la figure de l’historien que Rancière décèle chez Michelet36. D’abord parce qu’il n’y a pas d’histoire des dominé·e·s qui dispose d’une archive pleine et abondante. L’historien·ne des figures populaires en est donc forcément fragilisé·e. S’il ou elle est présent·e, c’est pour mieux marquer cette impuissance. Thomas Bouchet accepte le « flou », avoue que « rien ne prouve » une hypothèse qu’il aurait aimé confirmer, ou alors « peu de choses ». On est donc souvent conduit, en histoire des dominé·e·s, à accepter d’en rester à un certain point « sans qu’on puisse en savoir davantage », parce que « les sources ne permettent […] que très partiellement » de répondre aux questions que se pose l’historien·ne37. Edward P. Thompson laisse lui aussi très souvent sourdre ses doutes (« Qui pouvait disposer de la précision du temps de l’horloge à l’époque de la Révolution industrielle ? Ce n’est absolument pas clair38 ») ou du moins une nécessaire prudence (« ceci laisse supposer… » ; « on ne sait jamais si39… » ; « il n’est pas facile de savoir comment lire cette histoire40 »).
Chez certains, le texte efface, autant que faire se peut, les marques d’un savoir et d’une autorité intimidante pour le lecteur. Chez Zinn, cela se fait notamment par la disparition des notes : il cite les auteurs mais ne donne pas les ouvrages et les numéros de page, ou cite des archives entre guillemets sans les référencer. On notera au contraire chez de jeunes auteurs contemporains que la peur d’être entraîné dans l’abaissement que constitue l’usage d’archives dispersées et inconnues est compensée par une surexhibition du savoir, de la scientificité et des connaissances de l’auteur41. Un autre rapport de l’historien·ne à son objet populaire peut passer par une forme de coquetterie de l’illégitimité. On ne trouvera rien de tel chez Zinn, Thompson ou les pionniers du genre.
L’ancrage dans la matérialité de l’archive qui porte trace du peuple est important scientifiquement pour l’historien·ne du populaire. Il peut aussi avoir un sens politique : pour Thompson, raisonner « en doctrinaires », en brassant des idées et non des données concrètes, est un geste qui peut être reproché à l’historiographie marxiste42, mais aussi à certains jacobins anglais43 ou à la « gauche » fréquemment. À de nombreuses reprises, il reproche aux orateurs des sociétés populaires leur grandiloquence et leurs poses théâtrales44. La politique du peuple est aussi une politique du récit.
Un contrat politique
L’histoire populaire est une histoire alternative, une contre-histoire. Par exemple, tout le texte d’Edward P. Thompson sur la vente des épouses est construit pour parvenir à comprendre une pratique qui a été délégitimée au 19e siècle, et ensuite caricaturée par les historien·nes qui ont parlé d’« ignorance abrutie », de « sentiments violents » de la population rurale45. L’histoire populaire se pense et s’écrit contre les préjugés de l’époque analysée et ceux de l’historiographie qui bien souvent les reprend, puisqu’ils sont les vainqueurs de l’histoire et nous ont rendu le passé incompréhensible. L’histoire populaire doit donc mettre en œuvre un ensemble de stratégies discursives pour aider le lecteur à retraverser sur un mode polémique les discours et les partages de territoires consensuels.
Impertinence
Déjouer le poids des représentations installées qui défigurent les dominé·e·s implique souvent une certaine forme d’impertinence.
Celle d’Howard Zinn vis-à-vis des élites politiques est particulièrement nette, visant à révéler leurs objectifs cachés (économiques le plus souvent46) ou leur hypocrisie (montrant par exemple comment le discours de Lincoln change selon son auditoire47). La méthode d’exposition est de laisser parler les textes dans leur brutalité, pour leur faire avouer ce que les dominants en général nient et pour attester de la réalité d’une interprétation longtemps refusée. Ainsi, pour contrer l’idée selon laquelle les esclaves accepteraient leur sort, Zinn utilise la plainte d’un propriétaire de plantation en Caroline du Sud, se plaignant en 1862 de leur promptitude à abandonner leur maître. Ainsi se trouve avouée, par les maîtres eux-mêmes, l’agentivité populaire48. Chez Edward P. Thompson, il s’agit souvent de dégonfler la grandiloquence morale des puissants. Ainsi rapporte-t-il les paroles d’un juge parlant de celles et ceux qui sont les acteurs des ventes d’épouses :
Being persons of wicked and depraved minds, and wholly lost to a due sense of decency, morality, and religion… did, with force of arms, […] to bring into contempt the holy estate of matrimony… […] di da di da… for a certain valuable consideration […] di da tiddely pom… to the great displeasure of Almighty God49.
Thompson souligne l’emphase, le style ampoulé de la justice, et le dégonfle par le ridicule du di-da-di-da (qu’on peut traduire par pom-pom-pom ou bla-bla-bla), révélant une capacité à traiter l’archive avec une certaine irrévérence, en inversant le mépris ancien pour l’archive des pauvres.
L’histoire populaire propose ainsi un récit qui se décale face à l’historiographie ou à la mémoire dominante. Elle désarçonne les réflexes interprétatifs : « croit-on reconnaître la “vieille histoire” ? », demande Jacques Rancière. Immédiatement, « l’affaire se complique50 ». Il y a « ce que l’on a pu penser autrefois », mais à y bien regarder, les sources lues autrement « révèlent une réalité bien différente51 ». L’histoire populaire vient s’inscrire en faux face à « ce qu’on a parfois prétendu52 » et conquiert sa compréhension « contre l’évidence des récits passés dont le savant hérite, contre l’histoire instituée53 ». C’est une histoire qui dégonfle les mythes.
Contre l’histoire construite à la gloire de l’État-nation
L’histoire populaire s’inscrit aussi comme contre-récit brisé des prétentions téléologiques et continuistes d’une grande histoire du progrès, de la construction de l’État, des progrès de l’humanisme et de la morale.
Introduire de nouveaux agents de l’histoire suppose une nouvelle figuration des temps historiques. Nombre d’histoires populaires procèdent par tableaux plutôt que par narration chronologique. Il est par exemple révélateur qu’elles ne cèdent le plus souvent pas à l’usage universitaire d’indiquer en sous-titre des bornes chronologiques. C’est La Formation de la classe ouvrière anglaise, sans que l’on indique 1792-1830, même si c’est à peu près l’espace de temps parcouru. La première édition (1980) de A People’s History of the United States n’indique pas non plus de bornes chronologiques. Ce n’est qu’ensuite, à partir de l’édition de 1995, qu’on indiquera « 1492-present », essentiellement parce qu’il y a eu des éditions raccourcies, consacrées uniquement aux siècles les plus récents. Certains épisodes importants peuvent être occasionnellement racontés, mais ce n’est pas l’essentiel, comme si ce récit-là était justement ce qui porte la vision des vainqueurs. Une histoire populaire montre comment, dans les interstices de la grande histoire qu’on aurait tendance à réduire au monochrome de la culture des vainqueurs, continuent à coexister des cultures diverses et mineures. Elle pense donc moins le temps dans sa dimension linéaire et horizontale que dans son épaisseur verticale, comme une structure feuilletée. Le temps est troué de « restes » du passé déjà vaincu, et l’historien·ne montre pas comment les luttes reprennent au point où elles ont été laissées des années auparavant. Par exemple, La Formation de la classe ouvrière anglaise articule les aspirations déçues après 1688 et leur réarticulation autrement et dans un contexte nouveau dans les années 1790. D’autre part, l’histoire populaire travaille aussi sur des possibles minoritaires et fragiles, mais pas encore vaincus. Mais elle est aussi une histoire des possibles déçus, défaits par l’ordre dominant54. Cette structure déceptive s’inscrit dans les détails des récits. Chez Zinn, cela donne une structure tragique extrêmement fréquente, une juxtaposition du possible et de l’existant séparés par un « mais55 ».
Penser autrement le temps permet aussi de déstabiliser les identités et les cultures. Les États-nations se sont construits sur des assignations identitaires fortes, que l’histoire populaire vient déstabiliser, selon un modèle qu’on pourrait dire rhizomatique et deleuzien, qui ne l’est évidemment explicitement que chez les auteur·trices les plus récent·e·s56. Ces histoires déstabilisent les identités nationales ou communautaires d’une part, les identités sociales d’autre part. Havard suit les parcours d’individus nés Français, naturalisés Anglais et attestant « de cette versatilité des trajectoires individuelles dans le monde atlantique du 17e siècle57 ». Il montre que les récits nationalistes ont toujours refusé le métissage (le métissage avec les Indiens est un impensé de la psyché américaine, sans même parler, évidemment, de celui avec les Afro-descendants). Le « peuple » de l’histoire populaire est un peuple métissé. Non pas une masse ouvrière blanche et masculine, mais un kaléidoscope d’identités mêlées. Paul Gilroy écrit (et cela contre les cultural studies) l’histoire de l’Atlantique noir comme l’histoire d’un espace marqué par « l’instabilité et la mutabilité des identités, toujours inachevées, toujours réélaborées58 ». Il parle de créolisation, métissage, mestizaje, hybridité, pour montrer que même des cultures qui se sont violemment affrontées n’ont jamais été hermétiquement fermées les unes aux autres. Gilroy critique les historiens de la New Left (y compris des représentants de l’histoire populaire par en bas, notamment Edward P. Thompson et Eric Hobsbawm) pour avoir insisté sur l’image de l’Anglais né libre, reproduisant selon lui des formes de nationalisme. Mais ce faisant, il sous-estime ce que leur doit la possible déstabilisation des frontières identitaires. Car à défaut d’avoir déstabilisé les frontières nationales, ils ont déstabilisé les identités sociales, inaugurant le mouvement.
En effet, l’histoire populaire n’est pas une histoire des pauvres ou des marginaux, du « peuple » au sens social : elle montre au contraire que ces catégories ne sont pas pertinentes, sont toujours traversées, renversées, menacées par les trajectoires individuelles, et que l’effort du pouvoir est justement toujours de les resolidifier. L’histoire populaire traite, comme dit Rancière, d’« un être-ensemble qui est un être-entre : entre plusieurs lieux et plusieurs identités, plusieurs modes de localisation et d’identification59 ». L’histoire populaire en a fini avec l’ancienne croyance en une homogénéité du peuple comme classe. Maurizio Gribaudi en est un très bon exemple, avec son étude de la formation de la classe ouvrière à Turin au début du 19e siècle60. Il n’insiste pas sur une communauté d’expériences qui fonderait le groupe, mais suit des itinéraires individuels et montre leur variété. Les sujets de l’histoire populaire ne sont pas une ou des classes, ce sont des groupes hybrides. Par exemple Thompson pense que les foules des émeutes de Gordon (1780) tiennent « à la fois de la populace manipulée et de la foule révolutionnaire61 ». Non pas les marginaux, mais les hérétiques ou la fondamentale hérésie de tout parcours individuel. Ainsi l’histoire des coureurs de bois est-elle celle de ceux qui veulent porter l’épée et chasser, pratiquer l’ostentation vestimentaire, sans reconnaître que ce sont là des privilèges nobiliaires, celle de ceux qui s’emploient à refuser le travail ordinaire et qui semblent ainsi tenter « de sortir de leur condition, d’échapper à leur vulgarité », enfreignant « le code hiérarchique qui est au fondement de l’ordre social62 ». Une des valeurs principales portées par les colons aux Amériques est celle de la mission civilisatrice, qui distingue les sauvages et les civilisés. L’histoire populaire qu’écrit Gilles Havard s’attache à la figure de ceux qui s’affranchissent de ce partage, tel ce soldat déserteur laissant sur une barque échouée une inscription brève : « Nous sommes tous sauvages63 ». Havard rejoint là le geste de Thompson, s’intéressant aux intellectuels qui, comme Thomas Muir ou Thomas F. Palmer, collaboraient avec les réformateurs plébéiens64, ou aux traditionalistes qui rejoignent les jacobins65.
Un contrat narratif
L’histoire populaire par en bas, parce qu’elle travaille avec d’autres objets et d’autres objectifs de compréhension que l’histoire sociale traditionnelle, construit également son récit de manière différente. Il ne s’agit pas d’écrire pour le peuple, dans une démarche de vulgarisation, mais d’écrire une histoire conforme aux exigences académiques qui ne soit pas pour autant le reflet des normes dominantes.
Voir autre chose, voir autrement
Une histoire populaire s’écrit depuis un point de vue qui se décentre par rapport à la manière habituelle d’envisager les choses, qui est celle des dominants, des vainqueurs, qui ont délégitimé les autres visions. Gilles Havard se propose ainsi d’écrire une histoire qui puisse éclairer le point de vue des Amérindiens. Il suit évidemment Howard Zinn, qui choisit « de ne pas se ranger aux côtés des bourreaux » et d’écrire du point de vue des vaincus, Arawaks, esclaves, socialistes, pacifistes66… Adopter un autre point de vue permet de voir autre chose. Une des figures peut-être les plus mobilisées en histoire populaire est celle du dévoilement : l’histoire populaire fait surgir les oublié·e·s, les invisibles, les liens perdus. Elle est exhumation67. Très récemment, François Jarrige s’est même attelé à l’étude du travail mal connu des animaux, en assurant que « les animaux prolétaires demeurent généralement invisibles », occultés par des récits centrés sur l’innovation technique68. La filiation benjaminienne de cet intérêt, face à la tempête du progrès, pour ce qui a été oublié, est explicite chez certain·e·s69.
Mais écrire depuis un autre point de vue, ce n’est pas seulement faire apparaître l’histoire des dominés, c’est comprendre autrement l’histoire commune. Ainsi Gilroy veut-il, à partir de l’histoire culturelle des Noirs, modifier notre conception de l’Occident70 : c’est toute l’histoire de la modernité qui est reconstruite à partir des points de vue des esclaves.
Pour faire apparaître ces points de vue dominés, il faut – autant que faire se peut – retrouver les voix longtemps silenciées.
Travailler avec les voix
À l’histoire des Annales, fondée sur le déchiffrement de « témoins muets », s’oppose l’histoire populaire qui redonne la parole aux exclus de l’histoire. Certes, bien des sujets de l’histoire populaire n’ont pas laissé de trace écrite, mais l’historien·ne peut « ruser » avec les voix des dominant·e·s. Les récits des dominants laissent de grands pans de silence71, mais à bien des égards ils parlent quand même beaucoup des dominé·e·s. Donc les sujets dominés vont surtout être saisis au point de contact ou de conflit entre le monde dominant et le monde dominé, en utilisant les sources administratives, commerciales, religieuses, judiciaires, policières, notariales, les récits de voyages. Ces textes permettent de percevoir le point où les vies sont saisies comme un problème ou un danger. L’histoire populaire est donc aussi l’histoire des dominants et de leur engagement personnel et émotionnel dans toutes les formes de l’inégalité, de la domination et de la répression. En 2004, Howard Zinn et Anthony Arnove ont publié plus de 200 sources primaires ayant servi pour la rédaction de l’Histoire populaire des États-Unis. L’ouvrage paraît sous le titre de Voices of a People’s History of the United States et il est structuré en chapitres qui correspondent aux chapitres de l’Histoire populaire. On n’y trouve pas seulement des textes de dominé·e·s, mais aussi des textes des dominants, révélant la brutalité de leur engagement dans la domination. On y trouve ainsi une affiche demandant qu’on livre un·e esclave en fuite, des propos violents, mais aussi surtout des propos où se révèlent la mauvaise foi ou au contraire l’angoisse des dominants, quand vacille un monde où ils sont profondément engagés. Ces textes disent la profondeur, la sincérité d’une position atroce. Des maîtres s’interrogent : « Si les esclaves se révèlent être de bons soldats, alors c’est toutes nos théories esclavagistes qui sont erronées72 ». La duchesse de Buckingham s’offusque de l’égalitarisme des prédicateurs méthodistes : « Il est monstrueux de s’entendre dire que l’on a un cœur aussi impur que la foule des malheureux qui rampent sur cette terre73 ».
L’histoire populaire utilise également la littérature comme source. Elle n’est certes pas la seule, mais elle le fait d’une manière assez spécifique. D’abord, elle ne limite pas la littérature aux textes du canon, mais utilise des chansons populaires, des poèmes griffonnés de marins, de soldats, de prisonniers. On trouvera cependant du Wordsworth chez Thompson74, ou du Shakespeare chez Rediker75. Dans ce dernier cas, il s’agit d’utiliser le discours de Gonzalo dans La Tempête pour comprendre les rêves de vies alternatives tels qu’ils pouvaient se formuler et circuler au début du 17e siècle. L’enjeu est, notamment par un commentaire très précis des mots et expressions utilisées, de retrouver sous le texte shakespearien l’écho de toute une mémoire populaire effacée, mais avec laquelle Shakespeare avait pu être en contact.
L’essentiel reste néanmoins l’effort de l’histoire populaire pour approcher les dominé·e·s dans leurs propres termes. Il s’agit de travailler avec les voix d’inconnu·e·s. Non pas la foule silencieuse, comme pouvaient le faire les Annales ; non pas des individus identifiés comme peut le faire une histoire des vies mieux documentées parce que socialement mémorables. Ce qui définit les acteurs de l’histoire populaire c’est d’abord la pluralité et souvent l’anonymat, quoique l’effort porte souvent sur leur identification. Les récits exhument les voix des dominé·e·s, mais aussi leurs propres efforts pour se faire entendre. On pense à l’histoire de Harriet Jacob (première femme esclave à faire publier le récit de sa vie), qui tient une place importante dans l’œuvre de Zinn, ou aux rebelles de l’Amistad étudiés par Rediker : « Il ne leur fut pas facile d’être audibles à une telle époque […] et force est de constater que leur voix a également beaucoup de mal à être entendue aujourd’hui76 ».
Ces voix dominées sont souvent juxtaposées à des voix dominantes, de manière à les sortir de leur isolement. Rancière met en équivalence des voix d’origines sociales diverses77. Gilroy, pour sa part, analyse un texte de Frederik Douglass, un des premiers récits d’esclave à être publiés, et le lit comme une alternative, ou un complément, un transcodage de Hegel : « Chez Douglass, c’est l’esclave et non le maître qui émerge en possession d’une “conscience existant pour elle-même78” ». Le texte du dominé est pris au sérieux à hauteur du canon philosophique et en dialogue avec lui. De manière très semblable, Saidiya Hartman raconte aussi qu’un jour, en cours, un étudiant s’étonna qu’elle donne aux mots d’un esclave le même poids qu’aux mots de Foucault. Elle avait répondu : « Oui, exactement79 ».
L’histoire populaire n’est pas la seule à recourir à des formes de mise en récit, voire de fictionnalisation. Mais elle y rappelle évidemment, en raison des trous de sa documentation, que l’imagination informée se plaît à suppléer. Hartman justifie la pratique en soulignant qu’au fond ce qu’on appelle le plus souvent archive est constitué par les discours des dominants et est le produit de leur vision. Or, selon elle, cette vision est le plus souvent totalement déraisonnable et en décalage par rapport à la réalité des vies décrites. Certes, cela s’appelle archive parce que cela se retrouve dans les fonds conservés sous le sceau de l’autorité étatique, mais, dans ce cas, un fait n’est rien d’autre qu’une fiction garantie par l’État. Hartman ajoute que si on se limite à l’usage de ces archives, on racontera toujours la même histoire, une histoire vue du point de vue de l’État et des dominants80.
Le nom propre de l’anonyme
Pour dire autre chose, il faut donc partir des individus, de leurs destins, et donc des noms propres. Quel est le sens et le rôle du nom propre de celles et ceux qui n’en restent pas moins des anonymes, au sens où l’on sait très peu de choses d’eux ? Il y a, dans plusieurs textes d’histoire populaire, un souci du nom lui-même, comme pour contrer la tradition des Annales, dont Rancière rappelle qu’elle a voulu « révoquer le primat des événements et des noms propres81 ». Michel-Rolph Trouillot retrace le destin de Sans-Souci, héros de la révolution haïtienne, dont le nom a été oublié au point que les Haïtiens pensent qu’il s’agit d’un palais ou d’une ville82. Gilles Havard évoque un coureur de bois « dont le nom est demeuré inconnu. Combien d’aventuriers obscurs ont ainsi partiellement, sinon complètement, échappé aux archives ? À quoi se joue, au fond, la postérité83 ? ». Pour certains, l’identification du nom relève de la collecte presque mystique84, ou/et de l’attestation de vérité scientifique. Rediker s’oppose aux « efforts de la traite pour créer une masse de travailleurs anonymes et sans visage » en tentant de « connaître les Africains de l’Amistad en tant qu’individus85 ». Il en identifie précisément 44 sur 53. Les histoires populaires font ainsi resurgir des noms oubliés : on apprend par exemple dans l’Histoire populaire des sciences de Conner que c’est un châtreur de porcs suisse, dénommé Jacob Nufer, qui réalisa la première césarienne attestée, aux alentours de 150086. Cependant, on connaît parfois les noms, mais « l’historien peine à reconstituer le portrait social et démographique » et ignore plus encore « les trajectoires personnelles » qu’il recouvre87. Le nom lui-même ne change rien, mais il est nécessaire pour que l’historien ait l’impression de pouvoir faire de son récit un tombeau mémoriel et non un cénotaphe hanté par des fantômes.
Conclusion
Jacques Rancière, traitant de l’histoire telle que l’ont écrite le 19e siècle (essentiellement Michelet) et les Annales, signalait que cette historiographie avait avant tout porté sur l’Ancien Régime et que ce n’était pas un hasard. Pour lui, il restait à inventer l’histoire des temps démocratiques, l’histoire du temps du peuple. Il écrivait : « L’impensable extravagance que l’histoire sociale et ouvrière, à deux ou trois exceptions près, s’est interdit d’imaginer et qui lui eût été pourtant strictement nécessaire, c’était simplement de se trouver, elle aussi, une poétique88 ». L’histoire populaire est peut-être cette histoire des « temps démocratiques », une histoire qui n’est jamais exclusivement celle des masses prolétaires, mais bien l’histoire de singularités dominées, articulée à l’écosystème de leur domination. En ce sens, elle est une histoire totale. Fragmentée, mais totale. Elle se caractérise par une poétique particulière, qui produit des œuvres diverses mais reconnaissables, marquées par une attention à la manière dont un récit peut articuler un propos général et une grande place faite aux voix singulières nées de l’archive.
