Revue d’histoire sociale https://www.ouvroir.fr/rhs fr Équipe et comités https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=79 Direction Directeur de la publication : Jérôme Lamy (CNRS) Rédacteur en chef : David Hamelin (chercheur indépendant) Tutelle : Association Revue d’histoire sociale Secrétaire de rédaction : Philippe Daumas (retraité de l’éducation nationale) Comité éditorial Denise Bezzina (université de Gênes) Marie Bossaert (université Clermont Auvergne) Jean-Charles Buttier – co-responsable de la rubrique « Médiation » (université de Genève) Pauline Ducret (École française de Rome) Blaise Dufal – responsable de la rubrique « Entretiens » (université de Sidney) Laurence Giavarini (université de Bourgogne) Charles Heimberg – co-responsable de la rubrique « Médiation » (université de Genève) Dominique Pinsolle (université Bordeaux-Montaigne) Sébastien Plutniak (CNRS) Morgan Poggioli (université de Bourgogne) Dinah Ribard (EHESS) François Rivière (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) Romain Roy (université de Poitiers) Agnès Sandras – conservatrice des bibliothèques Sandrine Victor (INU Champollion) Comité scientifique [en cours de construction] Nathalie Brémand (BU université de Poitiers) Carole Christen (université Le Havre Normandie) Michel Dreyfus (CNRS) Françoise Laot (université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis) Stéphane Lembré (université d’Artois) Corine Maitte (université Gustave-Eiffel) mer., 28 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=79 Du Populism au populisme : retour sur l’historiographie mouvementée de la Farmers’ Alliance et du People’s Party https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=287 La diffusion du concept de populisme contraste avec la relative méconnaissance de son origine. Apparu aux États-Unis dans les années 1950, celui-ci sert d’outil analytique pour interroger, à partir du maccarthysme, la longue tradition politique de la politisation réactionnaire du ressentiment populaire contre les élites. Il reprend toutefois l’appellation d’un mouvement politique de la fin du 19e siècle – la Farmers’ Alliance et le People’s Party – qui défendait la souveraineté populaire face à « l’oligarchie » formée par les partis au pouvoir et les forces économiques issues des dynamiques monopolistiques du capitalisme du Gilded Age. De ce décalage naît une controverse historiographique majeure dans les années 1960 et 1970, lorsque les spécialistes du Populism historique remettent en cause la pertinence de ce nouveau « populisme ». Cet article propose de mettre en lumière le rôle structurant joué par cette controverse dans l’historiographie du Populism historique, et montre comment, malgré son essoufflement à partir des années 1970, celle-ci continue d’influencer les travaux contemporains, notamment depuis le retour en force actuel des débats autour du « populisme ». Ce faisant, il dresse également un bilan inédit et aussi exhaustif que possible de l’historiographie du Populism états-unien depuis les premiers travaux scientifiques des années 1920 jusqu’aux recherches les plus récentes. The widespread use of the concept of populism contrasts with the relative obscurity of its origins. Emerging in the United States in the 1950s, the term was developed as an analytical tool to interrogate—through the lens of McCarthyism—the political tradition of reactionary mobilizations of popular resentment against elites. It nonetheless draws on the name of a late nineteenth-century political movement—the Farmers’ Alliance and the People’s Party—which advocated popular sovereignty in opposition to the “oligarchy” formed by ruling parties and the economic forces generated by the monopolistic dynamics of Gilded Age capitalism. This conceptual disjunction gave rise to a major historiographical controversy in the 1960s and 1970s, when specialists of American Populism challenged the validity of this new “populism.” This article seeks to highlight the structuring role played by this controversy in the historiography of Populism, and shows how it continues to shape contemporary scholarship – particularly in light of the recent resurgence of debates surrounding “populism.” In doing so, it also provides a new and as comprehensive as possible assessment of the historiography of American Populism, from the earliest scholarly works of the 1920s to the most recent studies. lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=287 « Peuple » contre « Peuple » : une catégorie polysémique dans l’arène politique et médiatique du Second Empire https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=297 En 1869, le caricaturiste André Gill propose aux lecteurs de L’Éclipse un dessin intitulé « Les Peuple ». La charge, qui fait écho à la volonté de plusieurs journaux de s’intituler Le Peuple, peut se lire à plusieurs niveaux. Exemple de dessin savamment frondeur contre le Second Empire et ses censeurs, elle renseigne aussi sur la manière dont les contemporains pouvaient user et abuser du mot « peuple » à des fins politiques. In 1869, the caricaturist André Gill offered readers of L’Éclipse a drawing entitled “The People.” The caricature, which echoed the desire of several newspapers to call themselves The People, can be interpreted on several levels. Example of a cleverly subversive drawing against the Second Empire and its censors, it also reveals how contemporaries could use and abuse the word “people” for political ends. lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=297 Carole Christen, À l’école du soir. L’éducation du peuple à l’ère des révolutions, 1815-1870 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=306 Cet ouvrage est issu du mémoire inédit de l’habilitation à diriger des recherches (HDR) soutenue en 2021 par Carole Christen, historienne spécialiste de l’éducation populaire. Elle poursuit ainsi ses travaux en menant une nouvelle enquête sur les cours d’adultes au 19e siècle. L’ouvrage débute avec leur « invention » sous la Restauration et se clôt dans les années 1870, car l’historienne exclut « l’institutionnalisation républicaine de l’école par les lois Ferry, puis des cours d’adultes et de la formation professionnelle au tournant du siècle » (p. 11). De plus, l’année 1815 correspond à la fondation de la Société pour l’instruction élémentaire (p. 18). Comme l’autrice l’expose en introduction, cette recherche inédite s’inscrit dans une histoire de l’éducation populaire des adultes au 19e siècle en intégrant les « questionnements de l’histoire du genre » (p. 11). Surtout, l’ouvrage se concentre sur l’offre de « cours du soir » (p. 13), qui inclut aussi bien les classes d’adultes des écoles communales que les cours publics et gratuits des associations philanthropiques par exemple. La question posée porte sur les causes et les formes du développement de cette vaste offre de cours pour adultes avec pour objectif plus vaste de « comprendre ce siècle durant lequel s’affirment la formation de la classe ouvrière, liée au développement de l’industrie, et la nécessité d’instruire et de former l’ensemble des citoyens » (p. 13). L’absence d’une bibliographie en fin d’ouvrage n’est que lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=306 François Godicheau, Pierre Salmon, Mercedes Yusta, La Guerre d’Espagne, 1936-1939. La démocratie assassinée https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=309 Il est parfois des moments/évènements que l’on pensait bien connaître. Puis certains ouvrages vous rattrapent et, par leur changement de focale ou par leur érudition, vous les font redécouvrir et vous rappellent que l’histoire n’est pas figée. C’est le cas des Fronts populaires. Une perspective mondiale (1934-1938) sous la direction de Jean Vigreux et Serge Wolikow1, et de La Guerre d’Espagne, 1936-1939. La démocratie assassinée de François Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta, tous deux sortis à l’occasion des commémorations de 1936. Ce dernier livre, paru aux éditions Tallandier, propose la synthèse (de 480 pages tout de même) la plus récente et la plus complète en français de la guerre d’Espagne qui, par sa proximité géographique et politique en 1936, était rapidement devenue une « affaire française » et, par les différentes ingérences étrangères, une crise internationale. Si tous ces éléments sont évidemment rappelés, l’intérêt de l’ouvrage réside dans son approche globale et dans sa chronologie élargie, qui ne se limite pas aux trois années de guerre civile mais déborde des années 1920 jusqu’aux années 1950, pour mieux comprendre les fractures espagnoles à l’origine et résultantes de cette guerre. Toutes les dimensions de la société ibérique du premier vingtième siècle sont abordées : politiques et étatiques (l’Espagne ne connaît pas moins de trois régimes différents en dix ans), sociales, économiques, culturelles, religieuses, coloniales… Ainsi, de la fascisation lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=309 Édouard Sill, « L’illusion lyrique ». Le volontariat international combattant dans la guerre d’Espagne https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=313 Tiré de sa thèse soutenue en 2019, le livre d’Édouard Sill vient compléter l’ouvrage francophone qui faisait jusqu’ici référence, à savoir L’Espoir guidait leurs pas de Rémi Skoutelsky1. Nous spécifions « francophone » car en réalité plusieurs milliers d’ouvrages ont été publiés à travers le monde sur le volontariat international durant la guerre d’Espagne. Cette production historiographique prouve, si cela était encore nécessaire, à quel point cet épisode a marqué l’histoire mondiale du 20e siècle. Grâce, entre autres, à l’ouverture des archives soviétiques, Édouard Sill réinterroge donc un phénomène non pas inédit sur le fond (Garibadiens et Philhellènes du 19e siècle avaient déjà ouvert la voie), mais dans sa forme, car jamais une mobilisation transnationale combattante n’avait connu un tel engouement, avec plusieurs dizaines de milliers de volontaires accourus pour la cause, ou les causes devrait-on plutôt dire. En effet, l’ouvrage ne se limite pas à l’engagement pour l’Espagne républicaine, mais aborde également celui en faveur des franquistes, de même qu’il ne se focalise pas sur les seuls Français, mais embrasse toutes les nationalités (nous reviendrons sur ce point) et aborde également les différentes structures d’accueil. Car si les Brigades internationales ont concentré jusqu’ici l’essentiel du regard historien – puisqu’elles ont organisé, et de loin, le plus grand nombre de combattants – elles n’ont pas pour autant été les seules à le faire. Le livre propose ainsi lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=313 Fabienne Montmasson-Michel, Petite histoire de la maternelle https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=315 La constitution d’une institution scolaire dédiée aux tout-petits relève, en France, de processus politiques, sociaux et pédagogiques que la sociologue Fabienne Montmasson-Michel retrace depuis le début du 19e siècle jusqu’à nos jours. La sociologie historique de cette structure singulière révèle la maturation d’un « programme pédagogique » qui s’est finalement centré sur le langage (p. 9). Plus précisément, l’école maternelle s’est imposée comme le vecteur d’un apprentissage du « langage scolaire » conçu comme « un langage façonné par les normes et les logiques de l’écrit, quand bien même il passe par le canal oral », au point même, de s’inscrire aujourd’hui « dans la perspective de la littératie étendue » (p. 10). L’ouvrage recompose l’histoire de cette lente affirmation de l’exigence langagière en articulant deux perspectives : d’abord (dans une première partie), il s’agit de reconstituer les évolutions de la petite enfance comme moment d’une pédagogie singulière (p. 15) ; ensuite (dans une seconde partie), l’enjeu est d’articuler à cette perspective les différents processus de scolarisation qui se sont succédé depuis le 19e siècle pour les tout-petits. Fabienne Montmasson-Michel montre que ce sont les évolutions démographiques qui ont travaillé profondément « l’histoire sociale de l’enfance » (p. 17). Deux mouvements se conjoignent : d’une part, la cellule familiale se restreint le plus souvent à deux enfants et la mortalité infantile diminue ; d’autre part, une attention lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=315 Nicolas Renahy, Jusqu’au bout. Vieillir et résister dans le monde ouvrier https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=317 Sociologue des classes populaires et des mondes ruraux, Nicolas Renahy propose avec cet ouvrage une étude sociologique sur la vieillesse ouvrière. Dans la filiation d’un de ses premiers livres Les Gars du coin1, assumant l’héritage bourdieusien de La Misère du monde2 et dans la veine de Ceux qui restent3 de Benoît Coquard – son collègue du CESAER –, l’auteur nous livre ici une enquête ethnographique sensible en pays montbéliardais, avec Christian Corouge dans le rôle d’entremetteur et de guide dans ce groupe d’ancien·ne·s ouvrier·e·s syndiqué·e·s CGT de l’usine de Peugeot-Sochaux. À travers leur quotidien et leur passé militant (mais pas seulement), Nicolas Renahy offre une plongée dans la vie ordinaire des retraités de la classe ouvrière, qui représentent près d’un tiers des retraités actuels, mais dont le monde s’est effondré avec la désindustrialisation. Dès lors, comment concilier fin de vie active et activisme militant ? À l’heure de la retraite, quelles formes nouvelles de solidarité peuvent se mettre en place pour prolonger celles de l’usine ? Sont-elles toujours possibles ? C’est à ces questions, et à bien d’autres, que tente de répondre ce livre à travers les récits de vie de cette catégorie de retraités bien souvent invisibilisés. Mêlant parcours individuels et élaboration d’un collectif, c’est à la fois l’histoire, le présent et la mémoire de ces hommes et de ces femmes qui nous sont donnés à lire à travers leurs mobilisations passées (la grève fondatrice de 1989), lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=317 La Revue d’histoire sociale recommande… https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=319 L’histoire sociale est vivante. Chaque année paraissent des dizaines d’ouvrages, de numéros thématiques et de dossiers qui renouvellent l’étude des sociétés. Ils portent sur les rapports de domination, le travail, les mobilisations et les pratiques populaires, de la préhistoire au temps présent, en France comme ailleurs. La rubrique « La Revue d’histoire sociale recommande… » entend rendre compte de ce foisonnement. Elle rassemble des parutions que les membres de la rédaction ont jugées potentiellement stimulantes au fil de leur veille : monographies, synthèses, biographies, actes de colloques, dossiers de revues francophones et internationales. Chaque ouvrage fait l’objet d’une courte présentation. Les dossiers de revues sont signalés avec un lien d’accès. Le verbe « recommander » doit s’entendre au sens d’inviter à la lecture. Figurer dans cette rubrique ne signifie pas que la revue valide une démarche, des conclusions ou un positionnement. Les parutions signalées relèvent d’approches, de méthodes et de sensibilités très diverses, parfois discutées, voire contradictoires entre elles. C’est précisément cette pluralité que nous souhaitons rendre visible. Cette rubrique se distingue ainsi des comptes rendus, qui proposent sous la signature de leur auteur ou autrice une lecture approfondie et critique d’un ouvrage. Les deux formats sont complémentaires : l’un cartographie, l’autre discute. La sélection, forcément partielle, ne prétend pas à l’exhaustivité. Les suggestions sont lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=319 Et le peuple ? https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=187 Le peuple et ses déclinaisons (populisme, populaire) sature l’horizon politique contemporain. Que l’on songe ici au populisme revendiqué des partis d’extrême droite partout dans le monde1, aussi bien qu’aux luttes sociales populaires contre les projets d’accaparement des terres en Argentine2 par exemple. Le terme, employé en tous sens, finit par s’épuiser et perdre de sa substance civique. Ce deuxième numéro de la Revue d’histoire sociale entend reprendre, à froid, quelques généalogies historiennes de la notion de peuple dans ses usages scientifiques. L’histoire sociale permet, précisément, de résister à l’air du temps et à la confusion du langage. En réintroduisant le temps long dans la mobilisation du terme « peuple », le travail collectif ici présenté donne à voir des perspectives neuves sur la plasticité du langage, mais aussi sur les enjeux des luttes pour la définition des mots et de leurs emplois. On aurait tort de cantonner l’usage de l’histoire populaire à une histoire parfois qualifiée, avec mépris et condescendance, de militante. Le célèbre ouvrage d’Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, est autant un geste politique qu’un geste épistémique. Si l’histoire est affaire de sources, de traces et donc d’écrits, elle doit composer avec des usages très variables de la compétence scripturaire (non seulement en raison de l’apprentissage, mais aussi des nécessités sociales ou professionnelles). L’histoire « par en bas » n’est, in fine, que l’accomplissement du lun., 26 oct. 2026 00:00:00 +0100 https://www.ouvroir.fr/rhs/index.php?id=187