L’individu au cœur du récit de voyage ? Une analyse comparée du journal et de la correspondance d’Italie de Simon-Louis Du Ry (1776-1777)

The individual at the heart of the travel narrative? A compared analysis of the diary and Italian correspondence of Simon-Louis Du Ry (1776-1777)

Das Individuum im Kern des Reiseberichts? Eine vergleichende Analyse des Tagebuchs und des Briefwechsels aus Italien von Simon-Louis Du Ry (1776-1777)

DOI : 10.57086/sources.347

p. 35-50

Abstracts

Les récits de voyage du xviiie siècle visent un double objectif : informer et divertir le lecteur. Ils sont aussi considérés comme des sources autobiographiques puisqu’ils racontent les aventures d’un individu. Mais leur succès éditorial et la mode du voyage en Italie amenèrent à une standardisation du genre. Pour connaître l’expérience du voyageur, il faut donc distinguer, dans le texte, ce qui relève des conventions et de l’opinion personnelle. À travers l’exemple de l’architecte Simon-Louis Du Ry, nous tenterons de montrer comment s’élabore l’écriture de soi dans ses relations de voyage en Italie. Descendant d’une lignée d’architectes réformés réfugiés en Allemagne suite à la révocation de l’Édit de Nantes, Simon-Louis Du Ry (1726-1799) devint architecte de la cour de Hesse-Cassel. En 1776, il sillonna l’Italie durant quelques mois avec le landgrave Frédéric II. Ce périple est documenté par les lettres que Du Ry écrivait à son frère, et par un journal de voyage. Même si ces deux textes relatent le même voyage, leur nature, leurs conditions d’écriture, leur contenu et leur objectif différent. Alors que les lettres sont destinées à donner des nouvelles à la famille, le journal a une visée politique, celle de construire la postérité textuelle du landgrave. Cette dualité amène donc à s’interroger sur l’identité de l’individu qui se trouve au cœur du récit, car narrateur et voyageur ne font pas qu’un.

18th century travel narratives often have two different aims : to inform as well as to entertain the reader. This literature is often regarded as valuable autobiographical source material, since it contains accounts of individual endeavours. Yet, both editorial success and the fashion for travel through Italy contributed to the standardization of the genre. In order to better make sense of the traveller’s experience, it is necessary to identify in the text what appears as conventional or as personal. Through the analysis of the example of an architect, Simon-Louis Du Ry, this paper tries to sketch the elaboration of self-writing in narratives of travels to Italy. Coming from a line of protestant architects exiled to Germany after the revocation of the Édit de Nantes, Simon-Louis Du Ry (1726-1799) had himself succeeded in becoming the official architect for the court of Hesse-Cassel. In 1776, he wandered through Italy for a few months in the following of the landgrave Friedrich II. This trip is known through the letters that Du Ry kept writing to his brother, as well as through his travel diary. While both sources relate the same travel, their nature, the conditions of their writing as well as their aim are different. While the letters share news with the family, the diary has a political intent and its writing serves the fame of the landgrave. These dual accounts help us question the identity of the individual at the heart of the narrative: the narrator and the traveler are one.

Adeline Rege is a curator at the library of the university of Strasbourg and an associate researcher of the research team ARCHE (EA 3400).

Die Reiseberichte des 18. Jahrhunderts haben ein doppeltes Ziel: sie sollen den Leser informieren und unterhalten. Sie sind auch als autobiografische Quellen betrachtet, weil sie die Abenteuer eines Individuums erzählen. Ihre erfolgreiche Veröffentlichung und die Italienreisemode brachten aber eine Normung der Gattung hervor. Wer die Erfahrung des Reisenden erkennen will, soll also im Text unterscheiden, was standardmäßig ist und was zur persönlichen Meinung gehört. Durch das Beispiel des Architekten Simon-Louis Du Ry, werden wir zeigen, wie das Selbstzeugnis aus seinen Italienreiseberichten entsteht. Simon-Louis Du Ry (1726-1799) stammt aus einer Familie von evangelischen Architekten, die nach dem Widerruf des Toleranzedikts von Nantes nach Deutschland Zuflucht suchte, und wurde Hofarchitekt der Landgrafen von Hessen-Kassel. 1776 reiste er einige Monate lang durch Italien mit dem Landgrafen Friedrich dem Zweiten. Diese Reise ist durch die Briefe, die Du Ry an seinen Bruder schrieb, und durch ein Tagebuch dokumentiert. Obwohl die beiden Texten die gleichen Reiseberichte erzählen, unterscheiden sich ihre Art, ihre Schreibensverhältnisse, ihr Inhalt und ihr Ziel. Wenn die Briefe dazu zielten, Nachrichten seiner Familie zu übermitteln, hatte das Tagebuch politische Absichten und wollte für den künftigen textuellen Ruhm des Landgrafen arbeiten. Diese Dualität führt zur Frage der Identität von dem Individuum, das im Kern der Erzählung steht, weil der Erzähler und der Reisende eins sind.

Adeline Rege ist wissenschaftliche Bibliothekarin und assoziiertes Mitglied der Forschungseinrichtung ARCHE-EA 3400 an der Universität Straßburg.

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Né en 1726 à Cassel, au centre de l’Allemagne, dans une famille de réfugiés huguenots qui avait quitté la France après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, Simon-Louis Du Ry1 embrassa la carrière d’architecte pour succéder à son grand-père et à son père en tant qu’architecte du landgrave de Hesse-Cassel. En 1746, le Statthalter Guillaume de Hesse-Cassel, qui gouvernait la principauté en lieu et place de son frère Frédéric, alors roi de Suède, remarqua le talent de Simon-Louis Du Ry pour le dessin et entreprit de l’encourager. Cassel ne disposant pas, à cette époque, d’académie d’art ni d’ateliers de maîtres réputés, Guillaume de Hesse-Cassel décida d’envoyer le jeune architecte à l’étranger.

Après deux ans à Stockholm, de 1746 à 1748, Simon-Louis poursuivit son apprentissage à Paris, de 1748 à 1752. Après un court séjour de quelques semaines dans les Provinces-Unies, Simon-Louis rentra chez lui à Cassel au début du mois d’octobre 1752. Au printemps 1753, il partit pour l’Italie, qu’il parcourut pendant trois ans. En décembre 1776, Simon-Louis y retourna, cette fois-ci en tant qu’architecte et surintendant des bâtiments de la principauté de Hesse-Cassel et membre de la nombreuse suite qui accompagnait le landgrave Frédéric II de Hesse-Cassel. Après avoir passé quatre mois à sillonner la péninsule de Vérone à Naples, en passant par Venise, Bologne et Rome, à visiter les sites archéologiques, les églises et les palais, à rendre visite au pape et au roi des Deux-Siciles, mais aussi à acheter des œuvres d’art pour les collections du landgrave, les voyageurs regagnèrent Cassel au printemps 1777. Simon-Louis, malgré quelques nouvelles occasions, n’entreprit plus de long périple à l’étranger jusqu’à son décès, dans sa ville natale, en 1799.

Les archives de la famille Du Ry sont parvenues jusqu’à nous avec très peu de pertes. Elles sont conservées de nos jours à Cassel, au sein de la collection des arts graphiques (Graphische Sammlung) des Musées de Hesse-Cassel (Museumslandschaft Hessen-Kassel) au château de la Wilhelmshöhe, ainsi qu’au département des manuscrits (Handschriftenabteilung) de la Bibliothèque Murhard (Landes- und Murhardsche Bibliothek der Stadt Kassel). Outre de nombreux papiers de famille, le fonds se distingue par une quantité très importante de récits de voyage. L’historien a ainsi à sa disposition la quasi-totalité des lettres écrites par Simon-Louis pendant ses voyages en Suède, en France, dans les Provinces-Unies, et en Italie, ainsi que des extraits du journal2 de son second voyage en Italie, et des mémoires thématiques sur le Vésuve et sur le site antique d’Herculanum. Au total, ce sont environ 250 lettres, sept fragments de journal, et trois mémoires qui nous renseignent sur ces périples. Ma thèse de doctorat3 a proposé la première édition critique de l’intégralité de ces manuscrits, qui sont, dans leur écrasante majorité, écrits en français, puisque la langue française fut pratiquée dans la famille, à côté de l’allemand, jusqu’au début du xixe siècle.

Les récits de voyage sont des documents polymorphes. Avec les autobiographies, les journaux intimes, les livres de raison, ils font partie de ce que l’on a appelé les ego-documents, ou les écrits du for privé. Ils sont factuels et littéraires puisqu’ils racontent une histoire, celle des pérégrinations d’un individu qui décide de quitter son environnement familier et rassurant pour découvrir un monde inconnu. Ils ont aussi une dimension autobiographique et intime dans la mesure où ils offrent un accès privilégié à la personne du voyageur, à son histoire, et à ses émotions. Mais la relation de voyage tendit à l’époque moderne à devenir, dans un contexte de forte hausse de la production4 et de la demande, un genre en soi, qui obéissait à des impératifs et à des conventions d’écriture. Le voyage comme moyen d’éducation se développant dans les couches favorisées de la population au siècle des Lumières, l’écriture d’un récit de voyage devint un rituel quasi obligatoire. Le succès éditorial de cette forme littéraire et la tradition du Grand Tour amenèrent à une standardisation du genre. Le récit de voyage en Italie5, en particulier, se présentait sous la forme d’une réminiscence littéraire, l’auteur recherchant la mémoire classique des lieux visités en convoquant les auteurs latins dans son texte, à la recherche d’une Antiquité mythique. Dans l’étude de ces sources, il faut donc faire la part de ce qui relève des conventions (ce que le lecteur attend du texte) et de ce qui est l’option personnelle du narrateur. Toutefois, quel que soit le poids des stéréotypes, la relation de voyage ne peut pas éliminer complètement le sujet qui l’écrit, car la narration est déterminée de manière individuelle6. À travers l’exemple de Du Ry, j’interrogerai donc la dimension autobiographique des récits de voyage, en me concentrant sur le second tour d’Italie de l’architecte, qui présente la particularité d’être documenté par une correspondance et par un journal. L’analyse comparée de ces deux types de relations de voyage permet de comprendre comment s’élabore l’écriture de soi, si jamais elle se fait. Nous disposons ainsi des sept chapitres du journal consacrés au trajet de Cassel à Venise, aux séjours à Bologne et à Rome, au trajet de Rome à Naples, et à la visite de Pouzzoles, mais aussi des six lettres écrites par Simon-Louis à son frère Jean-Charles-Étienne entre décembre 1776 et mars 1777.

Après avoir montré en quoi la correspondance et le journal diffèrent, j’étudierai la place qu’occupent le contenu informatif et l’expérience personnelle dans les récits. Enfin, je tenterai d’identifier l’individu qui se trouve au cœur du récit.

Deux récits de nature différente

Les motivations de l’écriture

Les récits du second tour d’Italie de Du Ry se répartissent en deux types de documents : une correspondance familiale d’une part, qui n’était donc pas destinée à la publicité ; un journal de voyage destiné à être lu et commenté en public, devant un auditoire académique, d’autre part. Contrairement à d’autres auteurs de relations d’Italie, tels que Maximilien Misson ou le président de Brosses, qui choisirent la forme épistolaire pour des raisons littéraires, en s’adressant à un interlocuteur fictif, Simon-Louis écrivait des lettres afin d’informer sa famille du déroulement de son périple. La finalité de l’échange était de maintenir les liens familiaux menacés par la durée de l’absence, la distance, et les périls liés au déplacement. Par conséquent, ces lettres sont avant tout des textes personnels, qui traitent de multiples sujets, entre autres d’un voyage.

Si la narration du périple est assez secondaire dans les lettres, elle est au contraire essentielle dans le journal, car elle en justifie l’écriture et, surtout, elle sert les ambitions professionnelles de l’architecte. Dans son journal, Simon-Louis donne une nomenclature précise et chronologique des sites et des monuments visités. À Rome, le lecteur peut suivre le cortège pas à pas :

Le 20 janvier 1777, nous suivîmes S.A.S., qui se fit conduire à 10 heures du matin vers le Capitole. Les carosses s’arêtèrent aux environs de l’arc de Septime Sévère, et nous traversâmes une partie du Campo Vaccino pour arriver à l’église de St Théodore. Cette église, que l’on croit avoir été anciennement un temple dédié à Rémus et à Romulus, est de forme circulaire, d’un diamètre médiocre, et fort simplement décorée dans son intérieur. C’est aux environs de ce temple que l’on a trouvé la louve de bronze qui allaite Rémus et Romulus, la même que l’on voit au Capitole, et qui est remarquable en ce que l’on apperçoit à une de ses pattes de derrière les marques de la foudre dont on dit qu’elle fut frappée le jour que Jules Cesar fut tué. Nous traversâmes ensuite la rue qui sépare le grand cirque du mont Palatin7.

Le journal fait la part belle aux sujets traités par la Société des Antiquités8 de Cassel, dont Simon-Louis était membre : les méthodes des fouilles et la préservation du patrimoine, la présentation des collections au public et leur valorisation, la place de l’art antique dans l’histoire de l’art. Par exemple, l’architecte conçut très probablement sa présentation du temple de Sérapis à Pouzzoles comme une contribution à un débat sur les mérites comparés des architectures antique et moderne. Le titre même du fragment, « Extrait du journal d’un voyage en Italie en 1776 et 1777, fait à la suite de S.A.S. Mgr le landgrave régnant de Hesse, contenant la description du temple de Sérapis près de Pouzzol, et quelques réflections sur les bâtimens anciens comparés aux édifices modernes9 », semble l’indiquer, de même que l’agencement du texte, qui débute par la description du temple, puis l’utilise comme point de départ d’une argumentation plus générale sur l’histoire de l’architecture10. Ces exemples, ainsi que l’insertion, dans le chapitre sur Bologne, d’un passage consacré à la construction, à Cassel, du Lyceum Fridericianum11 dans lequel Simon-Louis s’attarde sur la question de la distribution et du confort des salles de cours, témoignent de la volonté de l’architecte d’ancrer son récit dans son activité professionnelle du moment. L’architecte faisait dialoguer et résonner son périple avec l’actualité artistique de Cassel.

Un public différent

Lors de son second périple en Italie, Simon-Louis choisit son frère comme correspondant, alors que c’est sa sœur, Jeanne-Philippine, qui avait tenu ce rôle jusqu’alors. Cette décision s’explique par le fait que Simon-Louis, qui était veuf, avait confié la garde de ses enfants pendant son absence à son frère. Jean-Charles-Étienne, destinataire des lettres, était donc chargé de transmettre les nouvelles à tous les membres de la famille ainsi qu’aux amis, comme Simon-Louis l’explique à la fin de chaque lettre. Par exemple : « Dis à mes pauvres petits que je me porte bien, et qu’ils soient bien sages. J’embrasse ma sœur, M. Le Clerc, fais mes complimens à touts mes amis, et à tout ceux qui te demanderont de mes nouvelles12 ». Les lettres écrites par Simon-Louis à Jean-Charles-Étienne furent ses seules lettres. Contrairement à ses voyages antérieurs, l’architecte n’écrivit à aucun haut personnage de la cour. En effet, lors de son premier tour d’Italie, Simon-Louis écrivait régulièrement au conseiller aux finances Johann Friedrich Plümque, qui avait pour mission de transmettre les nouvelles à la cour. Durant ce premier voyage, la correspondance fut à la fois familiale et professionnelle.

Lors du second voyage, la correspondance fut au contraire exclusivement familiale car le récit privé, dans les lettres, et le récit public et professionnel, dans le journal, furent nettement séparés. Les lettres témoignaient d’un échange individuel tandis que le journal s’adressait à un public beaucoup plus vaste, collectif, et allant jusqu’au prince. Le journal fut en effet présenté sous la forme de plusieurs exposés lors des séances de la Société des Antiquités de Cassel, de septembre 1777 à décembre 1782, comme le prouvent les comptes-rendus, conservés à la Bibliothèque Murhard de Cassel. Ainsi, celui de la séance du 14 décembre 1782 indique que « M. le Conseiller Du Ry a fait la lecture d’un extrait du journal de son voyage d’Italie fait à la suite de S.A.S. Monseigneur le Landgrave en 1776 et 177713 ». La Société des Antiquités, fondée le 11 avril 1777 par Frédéric II, avait pour mission de mener des travaux de recherches sur l’Antiquité gréco-romaine et des chantiers de fouilles en Hesse-Cassel. Le landgrave assistait à toutes les sessions et présentait lui-même des exposés. Nous ignorons si une publication du journal de Simon-Louis fut envisagée, et le journal ne figure pas dans l’unique recueil édité par la Société.

Des processus d’écriture différents

Différents par leur objectif et par leur public destinataire, ces récits le sont aussi par leur processus d’écriture. Simon-Louis écrivait ses lettres en arrivant à l’étape : à Hunefeld, à Augsbourg (à l’aller), à Venise, à Rome (deux lettres, dont une écrite au retour de Naples), à Augsbourg (au retour). Elles sont plus ou moins longues, selon le temps dont il disposait pour écrire avant le départ de la poste, ou le départ de son convoi. Le 2 mars 1777, il écrit ainsi d’Augsbourg sur le chemin du retour : « Je t’écris à la hâte ces quatre mots pour t’apprendre que nous sommes icy à Augsbourg depuis 4 à 5 heures, tout tant que nous sommes en bonne santé, et que nous partons demain matin pour nous rendre à Cassel par le chemin le plus court, dont Dieu soit loué14. » Certaines lettres ne contiennent que très peu d’informations : la lettre du 2 mars ne compte que quelques lignes ; elle nous apprend seulement que le chemin choisi pour rentrer à Cassel est le chemin le plus court, et elle donne une estimation de la date d’arrivée. Ces lettres sont le résultat d’une écriture spontanée, sans réécritures ultérieures, et sans effets littéraires, comme le montre la composition de la seconde lettre de Rome, écrite le 19 février 1777. Il s’agit plutôt d’une absence de composition logique, la lettre étant une juxtaposition de paragraphes : après avoir relaté son séjour à Naples et à Rome, Simon-Louis adresse à son frère les salutations d’usage : « Il me tarde bien de revoir mes pauvres petits, embrasse-les de ma part, et dis leur que je me porte bien. J’embrasse ma sœur et M. Le Clerc, fais bien mes complimens à touttes mes connoissances15 ». Au lieu de terminer là sa missive, Simon-Louis poursuit en donnant des nouvelles du temps : « Il pleut quasi touts les jours icy à Rome, mais nous avons eu le plus beau temps du monde pendant notre voyage de Naples ». Puis, il clôt sa lettre : « Adieu mon cher frère. Je suis comme toujours ton affectionne frère S. L. DURY ». Mais il ajoute un post-scriptum contenant des informations qu’il vient d’apprendre : « PS. Notre séjour à Rome durera probablement jusqu’au 26 de ce mois, à ce que je viens d’apprendre. »

Le processus d’écriture du journal de voyage est complètement différent. Le manuscrit conservé est composé de cinq fragments se rapportant à certaines étapes : le chemin de Cassel à Padoue, Bologne, Rome, la route de Rome à Naples, et la visite du site de Pouzzoles. Toute une part du voyage n’est donc pas documentée : Venise, l’itinéraire de Bologne à Rome, Florence et Sienne, sans doute une grande partie du séjour à Rome, Naples, le retour. Nous ignorons si le journal fut un jour complet et si ces chapitres ont disparu, ou bien s’il resta à l’état de récit fragmentaire. Les archives de la Société des Antiquités de Cassel16 révèlent qu’il comporta au moins huit chapitres, auxquels pourraient être ajoutés deux mémoires, l’un sur le Panthéon et l’autre sur Pompéi. Trois fragments, dont ceux consacrés à la villa Albani et au musée de Portici qui sont mentionnés dans les comptes-rendus de cette société savante, ont donc disparu. Le mode de narration choisi pour le premier extrait, c’est-à-dire la chronique quotidienne rythmée par les lieux traversés, indique que Simon-Louis avait décidé de relater l’aventure au jour le jour. Les documents conservés semblent être des brouillons, comme le laisse penser le très grand nombre de ratures et d’ajouts. La mention « À Cassel ce 14 novembre 1778 S. L. DURY17 » ajoutée à la fin du chapitre sur Bologne suggère que la rédaction, tout du moins la mise en forme du texte, eut lieu une fois que Simon-Louis fut rentré à Cassel, en l’occurrence plus d’un an après son retour. L’existence de notes préparatoires à ces brouillons, prises en cours de route, est donc très probable.

La place du contenu informatif et de l’expérience personnelle dans les récits

La présence des émotions

Grâce à la connivence entre les épistoliers, la lettre se prêtait particulièrement bien à la confidence. Dans ses lettres, Simon-Louis donne des nouvelles de sa santé : « Mgr le landgrave et toutte sa suitte se portent bien, moi compris qui me porte à merveille18 ». Au début du voyage, il exprime également sa satisfaction à l’égard de l’attitude du landgrave, et même à l’égard du voyage en lui-même : « Mgr a été de très bonne humeur jusqu’à présent, et ne se plaint nullement de la fatigue. J’ai tout lieu d’être content de la façon dont Elle agit avec moi. Si cela continue comme je l’espère, je pourroi dire avoir fait un voyage très agréable19. » Le ton change petit à petit, et les marques de contentement disparaissent pour laisser la place aux plaintes. Plaintes à propos du rythme infernal du périple et de ses visites : « Nous courons depuis 10 heures du matin jusqu’à cinq heures du soir les églises et les palais de cette ville20 » ; « Nous courons tout les jours les églises et les palais ruinés et non ruinés, nous visitons les atteliers des artistes et y faisons des emplettes21 » ; « Nous avons vu les églises de la ville, le tout en courant22. » Inquiétude à l’idée d’une éventuelle prolongation du voyage : « Je t’écris à la hâte ces quatre mots pour t’apprendre que nous sommes icy à Augsbourg depuis 4 à 5 heures, tout tant que nous sommes en bonne santé, et que nous partons demain matin pour nous rendre à Cassel par le chemin le plus court, dont Dieu soit loué23. » Le sentiment le plus clairement et fréquemment exprimé est la peine ressentie suite à la séparation d’avec ses enfants, que Simon-Louis appelle ses « pauvres petits » dans chaque lettre. La douleur se fait de plus en plus forte à mesure que le voyage dure : « Il me tarde bien de vous revoir, mes pauvres petits ne me reconnaîtront plus24. » L’hypothèse d’une prolongation du tour d’Italie par un séjour à Paris inquiéta Simon-Louis au plus haut point :

Nous allons en droiture à Augsburg par le chemin de Lorette et de Venise. S.A.S. parle toujours d’aller faire un tour à Paris avant que de retourner à Cassel. Si ce détour a lieu, il allongera notre voyage de près d’un mois. Il me tarde bien de revoir mes pauvres petits, embrasse-les de ma part, et dis leur que je me porte bien25.

L’insertion de la phrase sur ses enfants dans le cœur de la lettre, alors qu’il s’agissait habituellement d’une formule de conclusion, témoigne de la spontanéité et de la sincérité des sentiments exprimés. Le soulagement à l’annonce du prompt retour, et la perspective des proches retrouvailles transparaissent également, notamment grâce à l’utilisation, pour la première fois, du terme « papa » : « Dis à mes petits qu’ils reverrons leur Papa s’il plaît à Dieu d’aujourd’huy en huit jours26. »

Dans la correspondance, les émotions avaient donc droit de cité car elles étaient la preuve de la permanence de l’attachement familial, malgré la distance et l’absence. Ces notations intimes nous renseignent sur la qualité des liens entre Simon-Louis et les siens. Au contraire, le journal du voyage, destiné à être rendu public, n’autorisait pas de débordements du moi. On n’y trouve ainsi aucune mention du rythme effréné des visites, pourtant évoqué dans quasiment toutes les lettres, aucune mention relative à l’organisation du périple, aucune mention de la peine ressentie à cause de la séparation d’avec les siens.

Le contenu des lettres et le contenu du journal

La volonté et la nécessité de maintenir les relations familiales expliquent la prédominance des informations relatives aux proches et aux amis dans les lettres. Le silence épistolaire étant interprété comme le signe d’une maladie ou d’un accident, il importait de rassurer les siens sur son état de santé, afin de ne pas causer une angoisse que la distance et le sentiment d’impuissance risquaient de renforcer. Les lettres de Simon-Louis commencent ainsi presque toutes par une phrase sur sa santé. Il rassure son frère sur son équipement contre le froid des Alpes : « Nous avons eu froid en chemin, et je me suis muni d’une bonne pelisse à Nuremberg, qui me rendra de bons services pendant notre passage par le Tirol, où nous trouverons probablement de la neige27. » Il évoque ses enfants, et les difficultés liées à leur garde : « J’approuve fort que vous ayés retiré mes enfans de chés la hospital, et j’ai bien des obligation à ma cousine de ce qu’elle a bien voulu s’en charger28. » Il règle des commissions et des achats, il s’inquiète de l’arrivée de lettres de membres de la famille, etc. Les lettres ne donnent pratiquement aucun renseignement sur les sites visités, sur les personnes rencontrées, ni sur les activités des voyageurs. Un exemple de la connivence entre les épistoliers est l’anecdote de la visite au pape Pie VI, visite qui n’est pas évoquée dans le journal. Simon-Louis écrit à son frère :

Pie VI est bel homme et fort poli. Il nous fit un signe de tête lorsque nous luy fîmes notre révérence d’adieu. L’on nous présenta des rafraîchissemens dans son antichambre, ou plutôt dans l’appartement du cardinal Palavicini après l’audience. En prenant une glace, je manquai d’éclater de rire lorsque je pensai que j’étois peut-être le premier ancien de l’Église françoise de la Ville Neuve de Cassel à qui il arrivoit d’être régalé au Vatican à la suite d’une audience du Pape29.

Cette anecdote, qui fait référence à l’identité huguenote des frères Du Ry, et qui adopte un ton humoristique et relâché était bien évidemment impossible à relater lors d’une séance de la Société des Antiquités, qui plus est en présence du landgrave, de confession catholique.

Ce ton intime est absent du journal de voyage. Simon-Louis y déploie des efforts considérables pour en faire un texte scientifique et documentaire, digne d’être présenté au public d’érudits qui composait la Société des Antiquités de Cassel. L’aspect informatif passe au premier plan, grâce à de longs paragraphes sur les conditions de voyage, sur le déroulement des étapes, et surtout sur les visites effectuées. Le chapitre consacré à Bologne permet de suivre le landgrave pas à pas dans sa découverte de la ville, de son départ de l’hôtel le matin, à son retour le soir. Pour renforcer la scientificité du journal, Simon-Louis adopte la position de l’observateur, voire du chercheur. Il prend par exemple des mesures :

Le pavé de la Via Appia avoit, suivant les mesures que j’en ai prises dans mon premier voyage d’Italie sur des restes très bien conservés qui existoient alors aux environs de Fondi, environ 14 pieds 6 pouces de large. Les pierres, d’une espèce de caillou bleu, pouvoient avoir chacune 16 à 18 pouces de large30.

Il ne se contente pas de décrire, mais il s’efforce également d’expliquer les phénomènes observés, comme l’illustre le paragraphe sur les marais pontins :

Après la décadence de l’Empire romain, les invasions des peuples barbares ayant dévasté ce beau païs pendant une suite de siècle, ces campagnes se trouvèrent privées d’une partie des habitans qui les cultivoient. Ceux qui restoient ne suffisant pas pour tenir nettes les embouchures des rivières et des caneaux, la mer a poussé insensiblement tant de sable qu’elles en ont étés bouchées, et ce païs, qui peut avoir 30 miles d’Italie de longueur sur 10 de largeur, a été inondé de nouveau. Plusieurs papes ont, à la vérité, tenté de déssecher ces marais comme Boniface VIII, Martin V, Léon X, Sixte V, et dans ces derniers tems Clément XI, et le pape dernier mort, mais la grandeur de l’entreprise a toujours ou épouvanté ceux qui l’avoient formée, ou peut-être le peu d’années que ces pontifes siègent ordinairement, ne leur a point permis de pousser ces travaux jusqu’à la fin31.

Dans la correspondance, le contenu personnel prime, alors que le contenu informatif et scientifique domine dans le journal.

Des sujets identiques, mais traités différemment

Certains sujets, abordés à la fois dans le journal et dans la correspondance, sont traités de manière complètement différente. C’est le cas des visites de sites ou de villes. Le séjour à Bologne, à l’aller, est expédié en une phrase dans la lettre du 25 janvier 1777 : « Nous n’avons resté à Bologne que deux jours, cinq jours à Florence, et un demy jour à Siene32 », alors qu’il occupe tout un chapitre, extrêmement détaillé, du journal. Il en est de même pour la visite des monuments de Rome, elle aussi expédiée en une phrase dans la même lettre : « Nous courons tout les jours les églises et les palais ruinés et non ruinés, nous visitons les atteliers des artistes et y faisons des emplettes », tandis qu’elle occupe tout un chapitre du journal. C’est encore la même chose en ce qui concerne le séjour à Naples, et notamment la visite de Pouzzoles, dont le nom est simplement mentionné au détour d’une phrase décrivant la visite de la Campanie : « Nous nous y sommes occupés à voir les choses les plus remarquables jusqu’au 14. Nous avons étés au Vésuve, à Herculanum, à Pompéji, à Pouzzol, à Baya33 », alors que le dernier chapitre du journal est tout entier consacré à la description de ce site. Ce contraste s’explique par le fait que Simon-Louis, en bon conteur, adaptait son discours aux attentes de ses lecteurs, et sélectionnait les sujets susceptibles de les intéresser.

En l’occurrence, Simon-Louis savait que son frère n’attendait pas de lui un récit détaillé de son expédition italienne, mais des informations personnelles. C’est pourquoi Simon-Louis, lorsqu’il raconte son séjour à Rome, choisit de s’attarder sur l’audience pontificale, et sur la référence, sur le ton de l’humour, à son statut d’Ancien de l’Église française de Cassel. À l’inverse, le public du journal attendait de l’architecte un journal de voyage en Italie en bonne et due forme, qui respectât les codes d’écriture du genre. Dans son journal, Simon-Louis reprend donc la forme canonique du récit de voyage en Italie34, genre qui demeura tout au long du xviiie siècle l’un des grands succès de librairie35 en Europe. Le texte de Simon-Louis rappelle le modèle de journal créé par Joseph Addison dans ses Remarks on Several Parts of Italy36. Addison intégrait à chaque description les références érudites et latines pertinentes, et il faisait appel à un auteur comme guide. Simon-Louis suit ce modèle, comme le montre ses paragraphes sur la Via Appia. En quelques pages, il cite Suétone, Ovide, Pline, Horace (à trois reprises) et Virgile. Par exemple :

Horace , Satire V liber 1, décrivant son voyage de Rome à Brindes pour aller joindre Mécène dans cette dernière ville, fait mention d’un canal sur lequel il s’embarqua au forum d’Appius, qui començoit aux environs de Setia actuellement Sezze, traversoit les marais pomptins, et alloit aboutir au temple de la déesse Feronie près de Terracine37.

Chez Addison, la description du même itinéraire est également parsemée de citations classiques, surtout empruntées à Horace. Le rappel du voyage du poète à Brindisi se trouve déjà chez Addison38. En s’inscrivant dans la tradition initiée par Addison, Simon-Louis conformait son discours à ce que son auditoire attendait. Sa fidélité aux conventions du genre se reconnaît dans l’emploi de plusieurs topoï du genre. Ainsi, les commentaires de Simon-Louis sur la fertilité du sol campanien et la luxuriance de la végétation ne sont en rien originaux. Ils se retrouvent chez nombre d’autres voyageurs, tels que Pierre-Louis Moreau39, Maximilien Misson40, ou Addison. Ludwig Schudt41 a montré que la région de Naples était unanimement célébrée par les voyageurs parce qu’elle incarnait le mythe du jardin des Hespérides, sublimé par le souvenir de l’Antiquité. Pour Pierre-Louis Moreau, la route de Rome à Naples est « la plus belle du monde42 » ; Simon-Louis admire, dans « cette belle partie de l’Italie43 », les arbres fruitiers et les plantes exotiques, ainsi que les coteaux chargés de vignes et d’oliviers :

Fondi est située dans un païs déjà renommé anciennement pour la fertilité de son sol, ses environs sont très bien cultivés encore. L’on voit les côteaux des environs couverts de vignobles, entremêlés de plans d’oliviers, des bosquets d’orangers, et de citronniers qui viennent là en pleine terre44.

On trouvait déjà le même type de considérations dans le guide de Misson :

De Ste Agathe à Capoüe il y a seize mille. Le païs est assez uni, particulièrement en approchant de Capoue, & la campagne est belle é fertile. En sortant de Ste Agathe, on nous a montré des coteaux à quelques mille de là sur la gauche ou croissoit, dit-on, le fameux vin de Falerne. […] C’est effectivement un fonds de terre admirable. Dives arat Capua, dit Virgile. On prétend qu’il n’y en a point de plus fertile au monde45.

Quant à Addison, il déclare « Sur le chemin de Rome à Naples, rien ne m’a semblé si remarquable que la beauté du pays « et décrit la Campanie comme une region « extrêmement fertile […] la partie la plus délicieuse de la nation46 ». Comme Addison47, Simon-Louis évoque le fleuve Garigliano, ancien Liris des Romains, rappelle les multiples invasions et bouleversements politiques que connut la région, et a l’impression de fouler le sol du paradis terrestre. Ayant sous les yeux l’incarnation de l’Arcadie éternelle, le voyageur la loue en faisant référence à Nicolas Poussin : « Le Titien et Claude Lorrain ont représenté souvent dans leurs paisages des ciels colorés de cette façon, et l’on reconnoît dans les tableaux de Poussin les fabriques de bâtimens de ces contrées dont le sçavant peintre a si bien sçu enrichir les fonds de ses tableaux48. » Attilio Brilli49 a montré que le recours à Poussin et au Lorrain fut omniprésent dans la littérature concernant l’Italie car les deux peintres symbolisaient, avec leurs paysages héroïques imprégnés d’Antiquité, le canon de la perception de ce pittoresque italien idyllique.

Nous avons donc affaire à deux textes de nature et de contenu complètement différents, mais qui relatent la même chose, qui sont écrits par la même personne, et qui appartiennent tous deux au genre du récit de voyage. Qui est donc l’individu au cœur du récit ?

Qui est au cœur du récit ? Le narrateur ou le voyageur ?

La place de Simon-Louis Du Ry

Les récits de voyage étant des écrits du for privé, il serait logique que le narrateur et le voyageur ne fassent qu’un. Dans la correspondance, c’est bien Simon-Louis qui occupe la place centrale. Dès la première lettre, l’architecte annonce : « Je profite de quelque heures de repos pour te donner de mes nouvelles50 ». L’expression « mes nouvelles » revient à plusieurs reprises dans les lettres. La première personne, du singulier ou du pluriel, est systématiquement employée pour décrire les événements du voyage : « nous arrivâmes », « nous partîmes »…, avec des verbes d’action. L’architecte s’englobe donc dans ce « nous », mais dans un « nous » qui met sur le même plan tous les voyageurs. Les sentiments décrits sont ceux de Simon-Louis.

Au contraire, dans son journal, Simon-Louis est pour ainsi dire absent. Les rares occurrences de la première personne du singulier apparaissent dans trois circonstances bien précises : quand Simon-Louis évoque sa fonction de narrateur, avec des expressions telles que « je suis entré dans quelque détail sur la disposition des pièces de l’Institut51 » ou « je crois rappeler icy l’anecdote suivante52 », quand il exprime des jugements et des théories artistiques, et quand il fait référence à son premier voyage dans la péninsule53. L’architecte obéit aux contraintes du genre et s’oublie, afin de mieux faire parler les villes, les sites et les grands personnages comme Cicéron, Horace, Auguste ou Virgile. Le contraste entre le caractère impersonnel du journal et l’émotion bien réelle des lettres est frappant. Simon-Louis s’efface en tant que voyageur pour mettre en valeur le landgrave, principal protagoniste du périple, et personnage principal du texte. L’unique voyageur identifié est Frédéric II, grâce à des locutions telles que « S.A.S. Monseigneur le landgrave ». Le reste de la suite du prince est englobé dans un « nous », comme dans les lettres, mais en étant confiné dans un rôle d’accompagnement, quasi décoratif, qu’illustrent des phrases comme : « Nous suivîmes S.A.S. qui se fit conduire à 10 heures du matin vers le Capitole54 » ou bien : « S.A.S. alla voir l’arcenal, nous eûmes l’honneur de la suivre55 ». Contrairement à la correspondance, tous les voyageurs ne sont pas mis sur le même plan car le « nous » ne concerne que la suite. Le titre même du manuscrit révèle que le voyage relaté est celui du landgrave, et non celui de Simon-Louis Du Ry : « Journal d’un voyage d’Italie à la suite de S.A.S. Monseigneur le landgrave de Hesse Frederic II en 1776 et 1777 ».

La mise en scène du landgrave

Dans les lettres, le landgrave n’apparaît en tant que protagoniste que de manière limitée. En revanche, dans le journal, il est omniprésent et il est mis en scène. En effet, certains passages sont transformés par Simon-Louis en panégyriques du prince, duquel on chante les vertus et les bontés. Dans l’extrait du journal qui concerne le futur lycée de Cassel, alors en cours de construction, Simon-Louis dépeint Frédéric II sous les traits du monarque éclairé, mécène et philanthrope :

S.A.S., notre auguste protecteur, dont les soins s’étendent non seulement sur l’embelissement de cette capitale, mais qui s’occupe encore de tout ce qui peut contribuer au bien de ses sujets, a bien voulu se charger de faire la dépense d’un nouveau colège. […] Cassell, cette ville si fort embellie sous le règne de Frédéric II, si remplie de choses remarquables rassemblées par ses soins, n’a point de colège digne de sa splendeur56.

En outre, Simon-Louis ne manquait pas une occasion de relater les bonnes actions du landgrave au cours du voyage, et les épisodes édifiants. Frédéric II donna « six ducats aux fifres et haut bois57 » du régiment de la forteresse d’Ehrenberg qui avaient joué pour lui ; les connaisseurs « doivent l’avantage de pouvoir admirer les belles antiques qui ornent une des galleries du nouveau musée » à la « considération de Pie VI pour l’illustre fondateur de cette société58 ». L’éloge de Frédéric II, révélateur du lien de dépendance entre le maître et son serviteur, pouvait être d’autant plus profitable que le monarque présidait les séances de la Société des Antiquités ! L’architecte cherchait sans doute à s’assurer la faveur du prince par ses louanges publiques. En procédant de la sorte, Simon-Louis mit son texte au service de la politique du landgrave.

Le journal : un instrument au service de la politique du landgrave

La visite de la péninsule devait servir le grand dessein de Frédéric II de faire de sa ville une capitale européenne des Lumières. Elle donna ainsi l’impulsion décisive à la constitution de la remarquable collection d’antiquités de la maison de Hesse-Cassel. Grâce au traité de subsides qu’il avait conclu en janvier 1776 avec l’Angleterre, Frédéric II se trouva à Rome dans une situation financière qui lui permit de consacrer de fortes sommes aux achats d’œuvres d’art. Par ailleurs, ses bonnes relations avec la curie romaine depuis sa conversion au catholicisme en 1749 durent lui faciliter l’obtention du permis d’exportation d’antiquités. Durant son court séjour romain, le landgrave acheta une quantité considérable de statues antiques. En outre, Cassel se dota à cette époque d’institutions culturelles et éducatives ambitieuses, telles que l’Académie de peinture et de sculpture, la Société des Antiquités, le Museum Fridericianum et un lycée, le Lyceum Fridericianum, inspirés par des établissements italiens visités par Frédéric II en Italie : l’académie militaire vénitienne de Vérone, l’Académie philharmonique de Vérone, l’Université et l’Institut des Sciences de Bologne. Ce voyage en Italie fut pour le landgrave un séjour d’études. La présence de son architecte, chargé ensuite de la réalisation concrète de ses idées, était parfaitement logique : celui-ci était chargé de prendre des notes, pour alimenter ensuite la réflexion et les projets du prince. En faisant du monarque le protagoniste principal de la relation de voyage, Simon-Louis fait de celle-ci un témoignage essentiel sur un événement majeur du règne de Frédéric II, à savoir son voyage d’Italie. Les commentaires du narrateur sur les actes de miséricorde du prince et sur ses achats d’œuvres d’art, sont d’un intérêt très limité pour un lecteur extérieur à la principauté. La préoccupation de Simon-Louis était vraisemblablement moins de créer un texte à portée universelle que de répondre aux besoins précis de la Société des Antiquités et du landgrave. C’est ce qui explique les longues digressions sur les projets et chantiers en cours à Cassel, tels que ceux du Museum Fridericianum ou du Lyceum Fridericianum, et leur lien avec le voyage.

Les lettres d’Italie de Simon-Louis Du Ry ne font que narrer la vie quotidienne d’un voyageur qui n’avait pas envisagé d’autre public, pour ses lettres, que ses parents. Le journal était au contraire dès l’origine destiné à une publicité extra-familiale. Ces textes, qui se rattachent tous au genre du récit de voyage, présentent donc plusieurs niveaux de lecture : en tant que documents personnels, ils possèdent une forte dimension autobiographique, mais ils sont en même temps des témoignages sur une époque. La lettre était indispensable à la préservation des liens familiaux. Le journal avait, lui, une visée professionnelle et politique. Le voyageur-narrateur sélectionnait les souvenirs et les informations dont il voulait rendre compte ; il pouvait en passer volontairement certains sous silence et en mettre d’autres en avant. L’analyse comparée des lettres et du journal montre que l’écriture de soi se fait exclusivement dans les lettres. Le voyageur-narrateur n’est présent, en tant qu’acteur, que dans ses lettres. Le journal, document soumis à des codes d’écriture et à des modèles qui n’autorisent pas encore, à cette époque, l’expression de soi, gomme la personnalité du narrateur. Surtout, ce texte, instrument de la politique du landgrave, devait construire sa postérité. Même le landgrave, qui en est pourtant le héros, apparaît comme un être dépourvu de sentiments, presque désincarné, puisque à la lecture du journal, nous apprenons ce qu’il a fait, ce qu’il a vu, qui il a rencontré, mais pas ce qu’il a ressenti. Le landgrave est presque un exemplum.

L’existence d’une écriture du voyage à deux niveaux, l’une intime, l’autre publique, est confirmée par une source complémentaire : les lettres59 écrites par Simon-Louis à son ami Érasme Ritter, architecte de Berne. Nous y retrouvons les mêmes impressions et sentiments que dans les lettres à Jean-Charles-Étienne, mais plus accentuées encore, puisque Simon-Louis fait état de ses déceptions, de ses regrets, voire de ses colères. Chez Simon-Louis Du Ry, le processus d’individuation à travers le récit de voyage ne s’effectue donc que dans le cadre de sa correspondance intime, puisqu’il ne se livre qu’à ses proches.

1 Sur Simon-Louis Du Ry, voir : Hans-Kurt Boehlke, Simon-Louis Du Ry als Stadtbaumeister Landgraf Friedrichs II. von Hessen-Kassel, Cassel

2 Simon-Louis Du Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777 à la suite de Monseigneur le Landgrave de Hesse, Cassel, Landes- und Murhardsche

3 Adeline Rege, Les voyages en Europe de l’architecte Simon-Louis Du Ry : Suède, France, Hollande, Italie (1746-1777), thèse de doctorat, Université

4 Le nombre de récits de voyage publiés en France fut multiplié par cinq entre le début du siècle et la veille de la Révolution française ; voir Henri

5 Sur le récit de voyage en Italie, voir, en particulier, Charles L. Batten, Pleasurable Instruction : Form and Convention in Eighteenth-century

6 Voir Nicole Hafid-martin, Voyage et connaissance au tournant des Lumières (1770-1820), Oxford, Voltaire Foundation, 1995.

7 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…,op. cit., p. 32.

8 Voir Annett Volmer, « Antikenrezeption im 18. Jahrhundert. Die Kasseler Altertümergesellschaft », Das Altertum, vol. 47, 2002, p. 91-107.

9 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 64.

10 Ibid., p. 69-70.

11 Ibid., p. 29-30.

12 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 9 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

13 Protokolle unter Friedrich II. 1778-1785.Cassel, Landes- und Murhardsche Bibliothek der Stadt Kassel, Handschriftenabteilung, 2° ms. Hass. 241

14 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 2 mars 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

15 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 19 février 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

16 Ces documents sont conservés à Cassel, à la Landes- und Murhardsche Bibliothek der Stadt Kassel, (Handschriftenabteilung, 2° ms. Hass. 241, 0-XXI-3

17 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 30.

18 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 9 décembre 1776.Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

19 Ibid.

20 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Venise, 25 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

21 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 25 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb

22 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 19 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb

23 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 22 mars 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

24 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 25 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb

25 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 19 février 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb

26 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 22 mars 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

27 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 9 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

28 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 25 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

29 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 25 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb

30 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…,op. cit., p. 53.

31 Ibid., p. 48-49.

32 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 25 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb

33 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 19 février 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb

34 Voir les références citées supra note 5.

35 Dans Humeurs vagabondes (Paris, Fayard, 2003), Daniel Roche compte 86 récits de voyage en Italie publiés entre 1761 et 1780, ce qui place l’Italie

36 Joseph Addison, Remarks on Several Parts of Italy in the Years 1701, 1702, 1703, Londres, Tonson, 1705.

37 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 51.

38 J. Addison, Remarks on several parts of Italy…, op. cit., p. 115.

39 Pierre-Louis Moreau, Le voyage d’Italie de Pierre-Louis Moreau : journal intime d’un architecte des Lumières (1754-1757), éd. de Sophie Descat

40 Maximilien Misson, Nouveau voyage d’Italie, fait en l’année 1688, avec un mémoire contenant des avis utiles à ceux qui voudront faire le mesme

41 Ludwig Schudt, Italienreisen im 17. und 18. Jahrhundert, Vienne-Munich, Schroll, 1959.

42 P.-L. Moreau, Le voyage d’Italie…, op. cit., p. 100.

43 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 59.

44 Ibid.

45 M. Misson, Nouveau voyage d’Italie…, op. cit., p. 85-87.

46 « In my way from Rome to Naples I found nothing so remarkable as the beauty of the country […] extremely fruitful […] the most delightful parts of

47 Voir ibid., p. 112-115 et 116.

48 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 54.

49 A. Brilli, Le voyage d’Italie…, op. cit.

50 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry , Hunefeld, 2 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung

51 S.-L. Du Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 28.

52 Ibid., p. 40.

53 Ibid., p 28, p. 39 et p. 53-54.

54 Ibid., p. 32.

55 Ibid., p. 10.

56 Ibid., p. 30.

57 Ibid., p. 12.

58 Ibid., p. 40.

59 Ces lettres sont conservées à la Bürgerbibliothek de Berne, dans le fonds Erasme Ritter (Ms. h. h. XXV. 71 Nr. 14-55).

Notes

1 Sur Simon-Louis Du Ry, voir : Hans-Kurt Boehlke, Simon-Louis Du Ry als Stadtbaumeister Landgraf Friedrichs II. von Hessen-Kassel, Cassel, Bärenreiter, 1958 ; Id., Simon-Louis Du Ry : ein Wegbereiter klassizistischer Architektur in Deutschland, Cassel, Stauda, 1980 ; Gerd Fenner, « Zum Studienaufenthalt des Kasseler Architekten Simon-Louis Du Ry in Stockholm (1746–1748) », dans Helmut Burmeister, (dir.), Friedrich König von Schweden, Landgraf von Hessen-Kassel. Studien zu Leben und Wirken eines umstrittenen Fürsten, Hofgeismar, Verein für hessische Geschichte und Landeskunde, 2003, p. 387-402 ; Otto Gerland, Paul, Charles und Simon-Louis Du Ry, eine Künstlerfamilie der Barockzeit, Stuttgart, Neff, 1895.

2 Simon-Louis Du Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777 à la suite de Monseigneur le Landgrave de Hesse, Cassel, Landes- und Murhardsche Bibliothek der Stadt Kassel, Handschriftenabteilung, 2° ms. Hass. 464 (4)-2° ms. Hass. 464 (10).

3 Adeline Rege, Les voyages en Europe de l’architecte Simon-Louis Du Ry : Suède, France, Hollande, Italie (1746-1777), thèse de doctorat, Université Paris-Sorbonne, 2011.

4 Le nombre de récits de voyage publiés en France fut multiplié par cinq entre le début du siècle et la veille de la Révolution française ; voir Henri-Jean Martin et Roger Chartier (dir.), Le livre triomphant 1660-1830, Histoire de l’édition française, t. II, Paris, Promodis, 1984.

5 Sur le récit de voyage en Italie, voir, en particulier, Charles L. Batten, Pleasurable Instruction : Form and Convention in Eighteenth-century Travel Literature, Berkeley, University of California Press, 1978 ; Gilles Bertrand, La culture du voyage. Pratiques et discours de la Renaissance à l’aube du xxe siècle, Paris, L’Harmattan, 2004 ; Id., « Le voyage en Italie au xviiie siècle : problématiques et perspectives », dans Le voyage à l’époque moderne, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2004 ; Id., Le Grand Tour revisité : pour une archéologie du tourisme : le voyage des Français en Italie, milieu xviiie-début xixe siècle, Rome, École française de Rome, 2008 ; Peter J. Brenner, Der Reisebericht. Die Entwicklung einer Gattung in der deutschen Literatur, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1989 ; Attilio Brilli, Le voyage d’Italie : histoire d’une grande tradition culturelle du xvie au xixe siècle, Paris, Flammarion, 1989 ; Victor Del Litto et Emanuele Kanceff (dir.), Le journal de voyage et Stendhal. Actes du colloque de Grenoble, Genève, Slatkine, 1986 ; Hermann Harder, Le Président de Brosses et le voyage en Italie au xviiie siècle, Genève, Slatkine, 1981 ; Marie-Madeleine Martinet, Le voyage d’Italie dans les littératures européennes, Paris, PUF, 1996.

6 Voir Nicole Hafid-martin, Voyage et connaissance au tournant des Lumières (1770-1820), Oxford, Voltaire Foundation, 1995.

7 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…,op. cit., p. 32.

8 Voir Annett Volmer, « Antikenrezeption im 18. Jahrhundert. Die Kasseler Altertümergesellschaft », Das Altertum, vol. 47, 2002, p. 91-107.

9 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 64.

10 Ibid., p. 69-70.

11 Ibid., p. 29-30.

12 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 9 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

13 Protokolle unter Friedrich II. 1778-1785.Cassel, Landes- und Murhardsche Bibliothek der Stadt Kassel, Handschriftenabteilung, 2° ms. Hass. 241, III-2.

14 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 2 mars 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

15 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 19 février 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

16 Ces documents sont conservés à Cassel, à la Landes- und Murhardsche Bibliothek der Stadt Kassel, (Handschriftenabteilung, 2° ms. Hass. 241, 0-XXI-3).

17 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 30.

18 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 9 décembre 1776.Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

19 Ibid.

20 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Venise, 25 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

21 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 25 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

22 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 19 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

23 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 22 mars 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

24 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 25 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb.Dep. II, 413-4.

25 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 19 février 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb.Dep. II, 413-4.

26 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 22 mars 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb.Dep. II, 413-4.

27 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 9 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb.Dep. II, 413-4.

28 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Augsbourg, 25 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

29 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 25 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

30 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…,op. cit., p. 53.

31 Ibid., p. 48-49.

32 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 25 janvier 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

33 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry, Rome, 19 février 1777. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

34 Voir les références citées supra note 5.

35 Dans Humeurs vagabondes (Paris, Fayard, 2003), Daniel Roche compte 86 récits de voyage en Italie publiés entre 1761 et 1780, ce qui place l’Italie en tête des pays traités.

36 Joseph Addison, Remarks on Several Parts of Italy in the Years 1701, 1702, 1703, Londres, Tonson, 1705.

37 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 51.

38 J. Addison, Remarks on several parts of Italy…, op. cit., p. 115.

39 Pierre-Louis Moreau, Le voyage d’Italie de Pierre-Louis Moreau : journal intime d’un architecte des Lumières (1754-1757), éd. de Sophie Descat, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2004.

40 Maximilien Misson, Nouveau voyage d’Italie, fait en l’année 1688, avec un mémoire contenant des avis utiles à ceux qui voudront faire le mesme voyage, 2 vol., La Haye, H. Van Bulderen, 1691 (rééd. jusqu’en 1743).

41 Ludwig Schudt, Italienreisen im 17. und 18. Jahrhundert, Vienne-Munich, Schroll, 1959.

42 P.-L. Moreau, Le voyage d’Italie…, op. cit., p. 100.

43 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 59.

44 Ibid.

45 M. Misson, Nouveau voyage d’Italie…, op. cit., p. 85-87.

46 « In my way from Rome to Naples I found nothing so remarkable as the beauty of the country […] extremely fruitful […] the most delightful parts of the nation  », J. Addison, Remarks on several parts of Italy…, op. cit., p. 112, 113 et 115.

47 Voir ibid., p. 112-115 et 116.

48 S.-L. D u Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 54.

49 A. Brilli, Le voyage d’Italie…, op. cit.

50 Lettre de Simon-Louis Du Ry à Jean-Charles-Étienne Du Ry , Hunefeld, 2 décembre 1776. Cassel, Museumslandschaft Hessen-Kassel, Graphische Sammlung, Marb. Dep. II, 413-4.

51 S.-L. Du Ry, Journal d’un voyage en Italie fait en 1777…, op. cit., p. 28.

52 Ibid., p. 40.

53 Ibid., p 28, p. 39 et p. 53-54.

54 Ibid., p. 32.

55 Ibid., p. 10.

56 Ibid., p. 30.

57 Ibid., p. 12.

58 Ibid., p. 40.

59 Ces lettres sont conservées à la Bürgerbibliothek de Berne, dans le fonds Erasme Ritter (Ms. h. h. XXV. 71 Nr. 14-55).

References

Bibliographical reference

Adeline Rege, « L’individu au cœur du récit de voyage ? Une analyse comparée du journal et de la correspondance d’Italie de Simon-Louis Du Ry (1776-1777) », Source(s) – Arts, Civilisation et Histoire de l’Europe, 6 | 2015, 35-50.

Electronic reference

Adeline Rege, « L’individu au cœur du récit de voyage ? Une analyse comparée du journal et de la correspondance d’Italie de Simon-Louis Du Ry (1776-1777) », Source(s) – Arts, Civilisation et Histoire de l’Europe [Online], 6 | 2015, Online since 22 septembre 2023, connection on 13 avril 2024. URL : https://www.ouvroir.fr/sources/index.php?id=347

Author

Adeline Rege

Adeline Rege est conservateur des bibliothèques au service commun de la documentation de l’université de Strasbourg, et chercheur associé de l’ARCHE-EA 3400.

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