À l’occasion des 20 ans de la revue Deshima, nous proposons de nous tourner vers l’avenir et vous invitons à réfléchir avec nous à ce que pourrait être « L’Europe du Nord en 2100 ». Le Nord est ici considéré dans son sens le plus large possible, c’est-à-dire les pays ayant une ouverture maritime vers la mer de la Baltique, la mer du Nord, la mer du Groenland et la mer de Barents (de la Belgique aux pays scandinaves en passant par les Pays-Bas).
Quels visages, quels enjeux, quelles mutations politiques, sociales, culturelles, économiques ou environnementales pouvons-nous imaginer pour cette zone géographique d’ici la fin du siècle ? Nous invitons chercheurs et chercheuses à partager analyses, hypothèses et visions. L’objectif est d’une part d’interroger les trajectoires possibles : l’évolution des identités nationales et régionales, les transformations démographiques, la transition énergétique, l’impact du changement climatique, la circulation des savoirs et des cultures, ou encore la place des pays nord-européens dans les équilibres géopolitiques mondiaux, etc. En mobilisant à la fois l’histoire, les sciences sociales, la littérature, les arts et la prospective, nous souhaitons donner naissance à une réflexion collective qui dépasse le cadre disciplinaire et ouvre des pistes d’imagination pour penser autrement les devenirs du Nord.
À quoi ressemblera « l’Europe du Nord en 2100 » ? Des territoires engloutis par la montée des eaux ou au contraire des cités flottantes pionnières survolées par de nouveaux moyens de transports extraordinaires ? Des paysages marqués par la fonte des glaces et la réinvention des modes de vie, ou des espaces au contraire où la glace domine, devenus laboratoires de transitions écologiques et culturelles ? Des sociétés où sont nées de nouvelles langues métissées et de nouveaux rituels et où les frontières nationales ne seraient plus que des vestiges, ou des communautés qui seraient retranchées, farouchement attachées à leurs singularités ? La mer du Nord peut-elle devenir une nouvelle Méditerranée à la faveur d’un potentiel tourisme climatique ? Les légendes du Nord seront-elles réinventées et adaptées à la crise climatique (apparition de nouveaux mythes aquatiques) ? Il s’agira ainsi d’ouvrir des chemins de pensée, d’explorer des utopies comme des dystopies. La science-fiction pourrait être également mobilisée : elle n’est pas seulement une échappée vers ce qui peut sembler impossible, elle est un outil pour penser les avenirs plausibles, désirables ou inquiétants. Nous vous invitons à mobiliser votre créativité critique, vos récits spéculatifs, vos visions prospectives pour dessiner ces futurs nord-européens.
Un angle d’étude particulièrement stimulant, également, consisterait à interroger les récits de science-fiction déjà produits par le passé par les pays d’Europe du Nord. Ces territoires ont en effet développé, depuis le xxᵉ siècle, une production souvent méconnue mais riche de singularités. Explorer ces fictions – qu’il s’agisse d’œuvres littéraires, poétiques, cinématographiques (films, documentaires, séries) ou visuelles (jeux vidéo, affiches) – permettrait de mettre en lumière des imaginaires du futur profondément ancrés dans ces contextes nord-européens. Sans être limitatif, on pense par exemple à Starship Troopers de Paul Verhoeven, les romans de science-fiction d’Alfred Elton Van Vogt, américain d’origine néerlandaise, Solaris korrigert du Norvégien Øyvind Rimbereid, Fugl de Sigbjørn Skåden, premier roman de science-fiction d’un Sámi, Tainaron: Postia toisesta kaupungista de l’autrice finoise Leena Krohn, Aniara, film suédo-danois adapté du poème de Harry Martinsson, UFO Sweden, film suédois de Victor Danell de 2022, Blindpassasjer, série de TV norvégienne de 1978, New Babylon, un projet utopique d’urbanisme élaboré dans les années 1960 par Constant Anton Nieuwenhuys, alors membre du mouvement situationniste et influencé par Guy Debord. D’autres fondateurs et membres de COBRA pourront également être mobilisés. Ces exemples ne sont naturellement pas limitatifs.
Nous appelons ainsi à des contributions capables de nourrir ces horizons : récits d’anticipation, scénarios prospectifs, analyses visionnaires, fictions politiques ou propositions esthétiques, analyse d’anciennes productions culturelles. Pour célébrer ses vingt ans, Deshima souhaite que ce numéro soit le lieu où s’esquissent des futurs désirables ou effrayants pour le Nord européen.
Ce numéro de Deshima est placé sous la direction conjointe de Thomas Beaufils, Roberto Dagnino, Cyrille François et Thomas Mohnike.
Modalités de soumission
Les propositions devront être envoyées à Thomas Beaufils (thomas.beaufils@univ-lille.fr), Roberto Dagnino (dagnino@unistra.fr), Cyrille François (cyrille.francois@unil.ch) et Thomas Mohnike (tmohnike@unistra.fr) avant le 28 février 2026. Elles comprendront :
- un titre ;
- un résumé de 200 à 300 mots ;
- 5 mots-clés ;
- une courte notice biographique (5-6 lignes).
Une réponse sera transmise aux auteur·e·s courant mars 2026. Les articles complets seront attendus pour le 30 septembre 2026. Après évaluation en double aveugle, les textes acceptés seront publiés dans le numéro de 2027.
