Le 21 février 1869 André Gill (1840-1885) publie dans L’Éclipse une charge singulière. Autour de la figure en médaillon de Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), deux hommes s’affrontent. Le caricaturiste a pris soin de préciser qu’il s’agit de Clément Duvernois (1836-1879) et de Jules Vallès (1832-1885) et intitulé le tout « Les Peuple ». Ce dessin est loin d’avoir fait couler autant d’encre que d’autres caricatures publiées par Gill dans la même période, mais il a toute sa place dans un enchaînement savant et très travaillé de charges insolentes qui provoquent continuellement la censure impériale. Sa portée politique est indéniable, à condition d’en saisir les différents niveaux de lecture, et pose entre autres la question de l’usage contemporain du terme « peuple ».
Fig. 1 : André Gill, « Les Peuple », L’Éclipse, 21 février 1869
Gallica (BnF) – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10674182/f1.item.
Première strate de la charge : au cœur de l’actualité de la presse du Second Empire libéral
Si le succès traditionnel des charges est lié à la déformation et à l’exagération des traits physiques des personnages représentés, l’allusion plus ou moins voilée à l’actualité est également appréciée des lecteurs qui se réjouissent alors de réussir à décoder les images. Gill excelle dans les caricatures qui ont plusieurs niveaux de lecture, du plus immédiat au plus travaillé1. Pour apprécier pleinement ses charges, il faut donc être en mesure de les contextualiser, de les relier à d’autres numéros du même journal, à d’autres journaux satiriques ainsi qu’à la presse généraliste. Dans le dessin qui nous occupe, craignant n’être pas compris ou du moins le feignant, le caricaturiste a mâché la besogne à ses lecteurs en doublant le titre (« Les Peuple ») de précisions portées sous les trois personnages représentés : « CLÉMENT DUVERNOIS (le Peuple politique) », « P.-J. PROUD’HON (le Peuple de 1848) », « JULES VALLÈS (le Peuple littéraire) ». Pour ses contemporains, du moins le tout Paris, la référence est sans doute évidente. En effet, cette charge est publiée le jour de la comparution du gérant du Peuple, M. Gaston Carle (1843-1886), et de son imprimeur, M. Sulpice Marie Gaittet, devant le Tribunal de première instance du département de la Seine, septième Chambre (police correctionnelle). Au travers de ces deux hommes la véritable personne visée par les autorités est le rédacteur en chef du Peuple, Vallès.
Si la bataille évoquée par Gill entre les rédacteurs en chef de deux journaux intitulés Le Peuple n’a physiquement pas existé, elle a eu lieu virtuellement, non pas entre deux organes de presse mais trois s’intitulant tous Le Peuple. La parution du premier numéro du Peuple de Duvernois, publié le 2 février 1869, a entraîné dès le lendemain une protestation du rédacteur en chef du Peuple de Marseille :
M. Gustave Naquet, rédacteur en chef du Peuple, est résolu à intenter un procès en usurpation de titre à M. Clément Duvernois, qui a fait paraître hier un grand journal politique à cinq centimes : le Peuple. Les titres des journaux de province sont souvent semblables entre eux, mais ils sont toujours suivis d’un nom de ville ou de pays, qui les rend facilement reconnaissables. Pour le Peuple, la question est tout autre. Le Peuple n’est point intitulé le Peuple de Marseille, et c’est à M. Clément Duvernois, second occupant, à différencier son titre comme il l’entendra. C’est ce que fera plaider M. G. Naquet2.
Or, le surlendemain, 4 février, un troisième Peuple, celui de Vallès, entre en scène, à l’ébahissement général, comme l’exprime, entre autres, cette courte mise en scène parue dans un éphémère quotidien politique parisien :
En avons-nous des Peuples, juste ciel ! Les marchands de journaux y perdront la tête.
— Madame, le Peuple, s’il vous plaît ?
— Lequel ? Monsieur ; le Peuple de Marseille ou l’un des Peuples de Paris ?
— Il y en a donc plusieurs, à Paris ?
— Certainement, monsieur. Vous avez le Peuple de M. Duvernois…
— Merci bien : ce n’est pas celui-là…
— Monsieur demande le Peuple de M. Vallès, alors ? Voilà, monsieur, c’est le dernier. Il est saisi sur la voie publique.
— Déjà ?…
— Parbleu.3
Sous couvert de plaisanterie, ce texte nous plonge au cœur des enjeux de la presse du Second Empire libéral et notamment des conséquences de la loi sur la presse de 1868. La querelle des Peuple en constitue un véritable symbole. La loi relative à la presse du 11 mai 1868 desserre l’étau de la loi de 1852 qui imposait aux journaux une législation complexe, doublée d’une censure impitoyable. Il s’ensuit une floraison de journaux, notamment de feuilles satiriques, et la presse généraliste peut faire preuve de davantage d’audace. Néanmoins, la censure veille encore et amendes comme peines d’emprisonnement sont toujours de mise contre les contrevenants. Dans le même temps, les progrès de l’imprimerie permettent d’imprimer davantage et à moindres frais pour un public de plus en plus friand d’informations. Duvernois, entend profiter sans risque de cette manne éditoriale en proposant un journal à bas prix et de tendance bonapartiste. L’Écho d’Oran s’en amuse :
Ce mystérieux journal à cinq centimes, un sou, prendra hardiment ce nom, le Peuple, qui aux yeux du populaire le fera passer pour l’héritier des idées de Proudhon. On avait pensé à lui donner un nom plus romain encore et plus analogue à celui de son aîné, le Capitole ; il devait s’appeler le Forum. Mais le signataire de cette feuille au masque démocratique a craint que les gens qui ne s’occupent pas des liaisons grammaticales ne crussent que par ce titre il se désignait orgueilleusement sous le nom de l’homme fort ; par modestie il a préféré le titre Proudhonien4.
« On nous dira que M. Clément Duvernois est de la force à en porter bien d’autres », avait déjà ironisé le titre catholique Le Français, avant de conclure : « Le Peuple était le titre du journal fondé par Proudhon en 1848. Si fortes que soient les épaules de M. Clément Duvernois, voilà un rapprochement qui l’écrasera s’il n’y prend pas garde5 ».
Duvernois fait-il preuve d’imprudence ou est-il au contraire parfaitement conscient de l’héritage attaché à ce titre ? L’abandon en dernière minute d’un titre (Le Forum) dont la coloration républicaine amène la presse à se gausser et le fait que Le Peuple soit alimenté par les caisses impériales6 conduisent à supposer une manœuvre politique. Vallès et ses amis ont déposé au mois d’août précédent une demande pour un journal intitulé Le Peuple et la publication de Duvernois leur coupe l’herbe sous le pied. D’emblée, la presse d’opposition note, dans les limites imposées par la censure, les manœuvres de Duvernois. Après avoir ironisé sur « le disciple de M. de Girardin » qui prétend avoir obtenu l’argent nécessaire d’un « comité financier », Le Progrès de la Côte-d’Or indique : « Ce qui prouve bien, du reste, le libéralisme de M. Duvernois, c’est qu’il donnera en prime à ses lecteurs la Vie de César, par son collaborateur Napoléon III ». Plus loin, l’estocade est portée :
On annonce l’apparition d’un nouveau journal sous le même titre que celui de M. Clément Duvernois, le Peuple. Mais comme prix et comme tendances, ce sera autre chose. Le rédacteur en chef, M. Vallès, avait obtenu son autorisation déjà le 24 août. Seulement il fut obligé d’ajourner la publication pour cause d’incarcération à Sainte-Pélagie. Pendant ce temps-là un autre a pris son titre. Mais le Peuple de M. Jules Vallès sera le Peuple de la rue. M. le général Cluseret publie lui l’Ami du Peuple. Comme on sent que les élections approchent. C’est à qui fera des avances au peuple souverain7.
Duvernois et l’entourage de l’empereur espèrent sans doute prendre de vitesse Vallès, alors incarcéré à Sainte-Pélagie jusqu’au 29 janvier. Place nette est faite pour la publication du nouveau journal bonapartiste comme le constatent amèrement quelques journalistes courageux. La publication du Peuple de Duvernois coïncide de plus avec l’interdiction de vente du Gaulois, titre monarchiste lancé en 1868 :
Hier, lundi, au moment où paraissait le Peuple, journal que, à tort ou à raison, on croit solidement attaché aux institutions impériales, le Gaulois se voyait privé de la vente publique dans les kiosques.
Si la Loi nous empêche de commenter la mesure sévère dont le Gaulois vient d’être frappé, cette même Loi ne peut frapper d’impuissance l’expression de nos vifs regrets pour un confrère sympathique dans l’embarras8.
Il ne faut cependant que quatre jours à Vallès et ses amis pour réagir et sortir le premier numéro de leur Peuple puisqu’ils ont reçu l’autorisation nécessaire durant l’été précédent. Cette publication très rapide se fait au prix d’un combat titanesque des imprimeurs et journalistes que raconte Vallès dans le cinquième numéro9. Le premier numéro du Peuple vallésien comporte une diatribe de Georges Duchêne (1824-1876) qui n’est autre que l’ancien gérant du Peuple de Proudhon, condamné lourdement en 1849 à plusieurs années de prison pour sa participation à ce journal. La présence de Proudhon en médaillon dans la charge de Gill ne se limite donc pas à une allusion au Peuple de 1848, mais souligne que les deux feuilles éponymes de 1869 réclament une filiation pour des motivations différentes.
Duvernois n’est pas un proudhonien, loin s’en faut ! Ce jeune publiciste a été repéré par le magnat de la presse Émile de Girardin (1806-1881). En juillet 1867 il s’est vu confier par Auguste Sautoy (1810-1873), ancien tailleur de Napoléon III et homme d’affaires, la direction politique du journal l’Époque dont Frédérick Terme (1825-1881) est le rédacteur en chef. Duvernois se rallie alors à l’Empire libéral dont il va être un des acteurs10. En février 1869, Duvernois signe l’éditorial du premier numéro du Peuple en lui donnant une orientation résolument libérale :
LE PEUPLE
Qu’est-ce que le peuple dont le nom sert de titre à ce journal et dont l’intérêt est le mobile de notre politique ?
Ce n’est pas cette masse tumultueuse que les jours d’émeute jetaient autrefois sur nos places publiques, ce n’est pas le bourgeois, ce n’est pas l’ouvrier des villes, ce n’est pas l’ouvrier des champs, ce n’est pas l’armée, ce n’est pas même le Corps législatif, c’est tout cela à la fois : c’est l’universalité des citoyens réunis dans les comices, la nation. […] Aujourd’hui tout le monde, tout le monde est citoyen, chacun a sa part de souveraineté : aussi le mot peuple n’éveille-t-il plus une pensée d’antagonisme, d’exclusion, de caste ou de classe, mais une pensée nationale11.
Vallès et ses amis prennent immédiatement, dès leur premier numéro, le contre-pied de la vision libérale. Leur première une, qui fait ressortir en lettres capitales le titre, est une déclinaison du terme dans une filiation proudhonienne revendiquée. L’ensemble de la page fourmille de provocations contre Duvernois et l’administration impériale. Elle contient la copie d’une lettre du gérant du journal, Gaston Carle, à Duvernois pour lui rappeler que le titre a été enregistré dès août 1868. Plus loin un entrefilet souligne :
Surpris à l’improviste par le journal de M. Clément Duvernois, qui doit si peu justifier son titre, nous avons cru qu’il valait mieux, en guise de protestations, publier sous le titre qui nous appartient, notre journal le Peuple.
Mais n’ayant point les ressources de M. Clément Duvernois nous devons, momentanément du moins rester littéraires.
Ce numéro a été fait « sur le pouce » comme on dit à l’atelier ; on s’en apercevra sans doute. Mais nous voulions montrer, prouver à M. Clément Duvernois et à ses confrères comment on improvise un journal et sur quel ton il faut le prendre quand on s’appelle le Peuple12.
Rappelons en effet que si la loi de 1868 a apporté un peu de souplesse, le distinguo entre journaux politiques et littéraires est maintenu. Les directeurs de journaux traitant de « matières politiques et d’économie sociale » versent un cautionnement très important au Trésor (une somme permettant d’assurer le paiement d’éventuelles sanctions financières ou frais de justice) ; par ailleurs directeurs de journaux et imprimeurs sont exposés à des amendes et des peines de prison si le contenu de la feuille imprimée contrevient à la loi13. Le Peuple de Vallès et de ses camarades devrait donc, faute de moyens, se borner à des propos lénifiants, sous peine de se voir interdire. Il est évident dès le numéro initial que ce n’est pas le chemin pris. La première page contient des textes énergiques. Le socialiste et membre de l’Association internationale des travailleurs (AIT) Charles Longuet (1839-1903) rappelle « La légende napoléonienne ». Le socialiste proudhonien, Georges Duchêne, dans « Profanation des tombeaux », établit un parallèle entre Le Peuple de Duvernois et Le National dont le titre est également repris d’un journal qui était dirigé par Armand Carrel (1800-1836) célèbre pour son opposition à la monarchie :
Le temps est aux profanations, et le monde appartient plus que jamais aux effrontés. Après avoir pollué le titre d’Armand Carrel, voilà que le croupier ignoble macule celui de Proudhon : un Peuple (de 1869) fera pendant au National de même fabrication.
Les deux journaux qui, dans le passé, ont représenté au plus haut degré l’honnêteté civique et civile, que la nation – amis et ennemis – a recueillis et classés dans ses annales comme un patrimoine historique, les voilà exhumés par les chacals de la Bourse et de la coulisse, prostitués aux manœuvres des Montjoie et des Mercadets14.
Mais à n’en pas douter, le texte qui retient le plus l’attention dans cette une est celui de Vallès, sobrement intitulé « LE PEUPLE » :
Cet homme à peau de bête, coiffé comme un pendu, que la pluie glace, que la vapeur brûle, debout sur la locomotive, coupant le vent, avalant la neige, mécanicien, chauffeur, c’est le Peuple !
L’animal qui, là-bas dans les champs, redresse son échine cassée et levant son cou maigre aux muscles tendus comme des cordes, regarde d’un œil terne le wagon qui s’enfuit, le paysan brun comme une feuille de vigne ou blanc comme une rave, c’est le Peuple !
Ce barbu aux épaules larges, à chapeau de goudron, qui, sur la rivière muette, mène dans le courant le radeau de bois noyé, seul entre le ciel et l’eau, le flotteur mouillé jusqu’au ventre et perclus jusqu’au cœur, c’est le Peuple !
Ce mineur qui vient, la lampe accrochée à son front, traverser la chambre du feu grisou, et qui est resté l’autre jour enfoui dix heures sous un éboulement – on ne voyait que ses grands yeux blancs dans le trou noir, – ce mineur, c’est le Peuple !
Ce couvreur qui tombe du toit comme un oiseau mort, ce verrier dont la vie fond avec le verre dans le brasier, ce tourneur que la poussière de cuivre étouffe, ce peintre que la céruse mord, ce mitron, pâle comme sa farine, c’est le Peuple !
Il suffit à tout, contre l’eau, le vent, la terre et le feu, ce peuple héroïque et misérable.
C’est de ce peuple là que nous allons parler.
Ce texte marque les esprits. On pense bien sûr à Émile Zola (1840-1902) qui va bientôt décliner ces figures vallésiennes du peuple dans le cycle des Rougon-Macquart15. On pense aussi aux dix mille lecteurs qui, selon Vallès, achètent cette feuille à un sou (soit une diffusion moindre que celle de Duvernois, tirée à plus 25 000 exemplaires16). Enfin, il est un lecteur dont la rétine est durablement marquée par les images vallésiennes, Gill, qui représente précisément dans le dessin qui nous occupe Vallès en « barbu aux épaules larges », dont la noire chevelure semble un « chapeau de goudron »…
Outre des analyses sérieuses, la dispute des Peuple entraîne dans la presse des commentaires humoristiques qui constituent une autre source d’inspiration pour Gill. Ainsi, un entrefilet du Figaro du 7 février indique : « Après le Peuple, de Clément Duvernois, voici maintenant le Peuple, de Jules Vallès. Les deux feuilles à un sou se disputent les lecteurs, à coups de rames – de papier. Espérons que leurs rédacteurs n’en viendront pas aux mains17. » La métaphore de la bataille entre les journaux est alors très présente. Celle que se livreraient par ailleurs Le Peuple de Duvernois et Le National aboutirait à un conflit entre colleurs d’affiches, comme le raconte Le Public :
Bientôt au grand ébahissement de la galerie, ces deux hommes se prennent au collet et armés de leur brosse à colle se barbouillent le visage, et les Gavroches de rire.
Impatientés, dans un mouvement de rage, chacun des deux colleurs étala son affiche sur le visage de l’autre.
Ces malheureux se débattaient en vain ; ils voulaient crier, protester ; mais le papier entrait dans leur bouche, si bien qu’on vit, spectacle étrange ? le Peuple et le National s’entre dévorer.
Serait-ce une prophétie18 ?
Le Figaro propose ces rimes :
Il sort des Peuples de tous les côtés. Nous parlons bien entendu des journaux qui se disputent ce titre et qui paraissent tous à la fois.
« Le premier Peuple, c’est le nôtre,
Dit Vallès, et tout autre a tort ! »
– « Le Peuple dont je suis l’apôtre
Dit Duvernois, est le plus fort. »
– Le vrai peuple les met d’accord
En n’achetant ni l’un ni l’autre19 !
Dans un tel contexte, le dessin de Gill fait mouche et les journaux le décrivent même à leurs lecteurs, ce qui est un moyen de raconter des événements en contournant la censure :
Hier matin, l’éclipse [sic] de Gill livre trois figures au public. Le Peuple de Clément Duvernois, représenté par M. Clément Duvernois, cheveux en brosse, habit bleu-clair, manchettes. À gauche, le Peuple, de Jules Vallès, cheveux ébouriffés, œil menaçant en saillie, geste haut, poing fermé. Entre les deux, un médaillon de Proudhon, avec les lunettes traditionnelles. Au-dessous on lit : Le peuple de 1848. Par sa pose M. Clément Duvernois semble dire : le vrai peuple c’est le mien. Jules Vallès répond : non, sambleu ; la vraie démocratie, c’est la mienne. Proudhon les sépare par la simple date de 1848 et ses lunettes20.
Fig. 2 : Taxile Delord, Histoire illustrée du Second Empire, t. 6, Paris, 1883, p. 22
Cette vignette reprend l’idée selon laquelle le véritable mécène de l’Époque et l’inspirateur des articles signés par Duvernois aurait été Napoléon III. Les mêmes rumeurs ont couru autour du Peuple.
Gallica (BnF) – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5445927c/f30.item.
Deuxième strate de la charge : une guerre d’escarmouche menée par Gill contre la censure
Cette charge ne doit pas se lire seule mais dans des emboîtements et à plusieurs échelles. Le premier emboîtement est personnel à Gill, il s’agit de sa lutte de caricaturiste insolent contre la censure impériale21. La charge fait donc partie d’un tout signifiant. On l’a souligné, la charge de Gill paraît à un moment clé, la comparution du gérant et de l’imprimeur du Peuple devant la 7e Chambre. Vallès et ses amis ayant délibérément enfreint la tonalité littéraire imposée à leur journal, la feuille est interdite à la vente dans les kiosques dès le second numéro22. Le dernier numéro date du 18 février 1869 : il est encadré de noir, tel un faire-part de décès, comme l’avait été le dernier numéro du Peuple constituant de Lamenais en 1848. Félix Chemalé, un des fondateurs de l’AIT, signe d’ailleurs le dernier paragraphe du numéro :
Nos lecteurs étaient loin de se douter que dans ce pauvre petit Peuple que nous lui faisions payer un sou, nous leur donnions de la matière variée : cinquante mille francs.
Une assignation nous l’apprend, ou plutôt nous le rappelle. Plus que jamais, le mot de Lamenais est vrai : SILENCE AU PAUVRE23 !
Avec son dessin publié le 21 février, Gill résume le combat des quinze derniers jours entre les deux Peuple mais sans en révéler l’issue prévisible. Il salue donc en Vallès celui qui tente de résister, et le fige dans sa caricature en plein élan combatif et non pas comme un futur perdant. Gill sait en effet ce qu’il en coûte de tenter d’égratigner le pouvoir impérial. On le présente parfois comme un caricaturiste de talent mais un peu léger. Or, lorsque l’on examine ses dessins, il apparaît que Gill livre entre 1867 et 1870 une offensive constante contre la censure et plus largement contre Napoléon III et le pouvoir impérial. S’ils ne constituent pas toujours des attaques frontales, ses dessins sont une véritable guerre d’usure, et ce d’autant plus que le public cherche à en deviner le sens et que d’autres journaux les évoquent.
Déjà, le 19 mai 1867, Gill publie dans La Lune un portrait à la gloire de Victor Hugo24. Il s’agit d’une véritable provocation, car loin d’être caricaturé, l’écrivain est sacralisé. L’élément qui pourrait apparenter le dessin à une caricature est le fait que seule sa tête barbue est représentée. Elle émerge de l’océan nimbée de rayons de soleil. Une citation du poète fait office de légende : « Je veux toute la liberté comme je veux toute la lumière ». La censure obtient le retrait de la phrase choc, mais ne peut empêcher la publication du numéro. Plusieurs caricaturistes représentent alors Hugo tourné vers le large, l’air serein et déterminé25. Le prétexte est la publication l’année précédente des Travailleurs de la mer, mais il s’agit de l’apothéose de celui qui refuse de revenir de son exil tant que le régime impérial demeure26.
La situation se tend à l’automne 1867 entre Gill et la censure. Le « Portrait de Rocambole », dessin « d’une audace inouïe, est le premier coup droit porté à l’Empire, on peut le dire sans diminuer le rôle de Rochefort », estime Charles Fontane27. Gill, sous prétexte de représenter le héros de feuilleton populaire, dessine Napoléon III sous un double aspect, mi-bagnard, mi-dandy. Cette caricature, dont la visée est clairement offensante, publiée dans La Lune28, embarrasse la censure qui prend prétexte d’allusions politiques d’un autre dessinateur, Henri-Alfred Darjou (1832-1874), pour saisir le numéro29. Reconnaître Napoléon III dans le dessin serait en effet cautionner l’idée qu’on peut l’identifier au personnage douteux représenté, ancien bagnard (allusion au fort du Ham) et séducteur patenté (référence aux amours illégitimes de l’empereur).
Fig. 3 : André Gill, « Portrait authentique de Rocambole », La Lune, 17 novembre 1867
Gallica (BnF) – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1523445t/f5.item.
Il s’ensuit un jeu du chat et de la souris qui ne prend fin qu’à la chute de l’Empire. Gill explore habilement les limites de la loi sur la presse et épuise les censeurs qui, se perdant en suppositions devant ses dessins, en laissent parfois passer que le cercle impérial interdit dès que Paris éclate de rire. Le « Portrait authentique de Rocambole » fait suite à toute une agitation liée à la publication par Gill de « Lutteurs masqués » dans lesquels on identifiait aisément Pie X et Garibaldi30. Gill se fait alors le champion des journaux menacés par la censure. Il représente par exemple toute l’équipe du Corsaire, lorsque cette feuille est interdite de publication, autour de Victor Noir (1848-1870) sur un radeau constitué de papier journal31. Et ce n’est pas un hasard si dans le même numéro, la comparution devant le tribunal de première instance du directeur-gérant de La Lune est annoncée. En janvier 1868, La Lune disparaît, aussitôt remplacée par L’Éclipse. Gill et ses amis s’y montrent tout aussi frondeurs, voire davantage.
Charles Marchal (1822-1870, dit de Bussy), crée en juin 1868, avec l’appui de la police, L’Inflexible, un journal qui s’en prend tout particulièrement aux auteurs du Figaro (les « figaristes ») comme Henri Rochefort (1831-1913), Noir, Vallès, etc.32 Rochefort est condamné en août par la 6e cour présidée par Jean-Louis Delesvaux (1817-1870) à quatre mois de prison et 200 francs d’amende pour avoir frappé avec sa canne l’imprimeur de L’Inflexible qui le calomnie sans relâche. C’est à ce jugement que Gill s’attaque dans une parodie d’un tableau, intitulée « La justice et la vengeance poursuivant le crime, d’après Proudhon ». La légende précise « À propos du procès Marchal (1868) », et Gill se représente dans un médaillon, observant ironiquement la scène. Le numéro est refusé par la censure. Gill réfléchit donc à un nouveau dessin alors qu’il se trouve attablé devant un cantaloup estival en compagnie de Vallès33. Il croque un beau melon, déjà entamé, qui semble battre en retraite devant un crayon. La légende, « M. X… ? », déclenche les suppositions.
Fig. 4 : André Gill, « M. X… ? », L’Éclipse, 9 août 1868
Gallica (BnF) – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1070430m.
Plutôt que de donner à Gill l’occasion de réitérer une démonstration à la Philipon, lequel avait croqué en 1831 la tête piriforme du monarque pour défendre la liberté de la presse34, les censeurs menacent Gill de correctionnelle pour obscénité ! Le melon devient alors symbole d’opposition au pouvoir impérial comme la poire l’avait été du temps du roi Louis-Philippe35. Les amis « figaristes » de Gill se déchaînent. Noir raconte par exemple cet incident survenu le jour de la saint-Napoléon (15 août) :
Vers sept heures, on se rend au feu d’artifice, toutes les avenues qui viennent rayonner à l’Arc-de-Triomphe s’emplissent de monde. C’est l’heure du repas, on dîne en plein air ; à la porte d’un marchand de vin, un bon bourgeois se repaît avec sa famille ; grave et sérieux, sans se douter de rien, il découpe une tranche de melon et l’offre à sa femme pour la goûter, la cucurbitacée ouvre son sein béant, un cri part – le Melon de Gill. C’est une traînée de poudre, on le répète mille fois, et le melon, obscène sans le savoir, a un succès fou. Son propriétaire, pour se soustraire à l’hilarité de la foule, prend la fuite suivi des siens36.
Rochefort, quant à lui, vient de voir le no 11 de La Lanterne (8 août 1868) saisi pour « offenses à la personne de l’Empereur ; offenses à la personne de l’Impératrice ; outrage à la Magistrature », et a dû partir précipitamment en Belgique. Dans le numéro suivant, il revient très longuement sur la liberté de la presse et imagine un procès où Gill caricaturerait deux ministres de Napoléon III, l’un sous la forme d’un concombre et l’autre avec l’apparence d’un artichaut37. Le tout serait publié dans La Gazette des tribunaux « pour donner au peuple des faubourgs une idée de ce que nous appelons volontiers la majesté de la justice ». Cette conclusion renvoie précisément au rôle moins léger qu’il peut y paraître du caricaturiste Gill : sous couvert de rire des uns et des autres, il semble bien que le dessinateur se donne un rôle sinon politique du moins d’explicateur. Rochefort sait pertinemment que Gill travaille obstinément à revendiquer plus de liberté pour la presse. Ainsi, six mois plus tôt, lorsque Hippolyte de Villemessant (1810-1879), directeur du Figaro, avait tenté de calmer deux de ses auteurs, Albert Wolff (1825-1891) et Rochefort qui lui paraissaient par trop belliqueux pour son journal, et les avait envoyés en Italie, Gill avait croqué Villemessant sous la forme d’une « bonne maman » traînant deux chenapans. Curieusement, la censure n’avait pas demandé la suppression de la légende pourtant très explicite : « Grand Albert et petit Henri n’ont pas été sages. Locataire d’en-haut pas content et porter plainte. Bonne maman Villemessant emmène enfants turbulents à la campagne. — Allez ! Mauvais sujets38 ! »
Gill continue ce jeu avec la censure : d’avril 1868 à août 1870, 26 numéros de l’Éclipse sont ainsi saisis39. Un dessin de son collègue A. Jann (Albert Coinchon, 1845-1871), le représente en chat que de trop confiantes souris, y compris une portant un uniforme napoléonien, viennent narguer40.
Fig. 5 : A. Jann, « André Gill », Le Monde pour rire, 13 novembre 1869
Le bandeau sur l’œil de Gill permet un jeu de mots sur le chat qui ne dort que d’un œil, mais Gill a bien été hospitalisé à cette période pour un grave problème oculaire qui annonce sans doute la future pathologie neurologique qui entraînera son décès.
Gallica (BnF).
Troisième strate de la charge : les peuples de Gill, Proudhon, Courbet et Vallès
Si le dessin des « Peuple » a une part non négligeable dans la guerre d’escarmouche que mène Gill contre la censure impériale, il faut aussi le déchiffrer à l’aune de la relation forte et complexe entre Gill et Vallès. Leur vision différente du peuple et du rôle politique des artistes y tient en effet une place centrale.
Ceux qui ont connu Gill sont quasi unanimes. Son humour a d’autant plus contribué à saper le Second Empire qu’il était populaire :
Chaque fois qu’il touchait à un domaine relevant de l’autorité de l’État, l’alerte sonnait chez les censeurs. Un jour, l’un d’eux le reçut pour lui dire tout net : « Votre esprit nous gêne. » Quatre mots venaient d’officialiser son statut d’empêcheur d’exercer l’illégalité. Ils étaient assortis d’un non-dit éloquent : « Vous avez le peuple pour vous ». De quel plus beau compliment Gill pouvait-il rêver41 ?
Coquelin Cadet (Ernest Coquelin, 1848-1909) parle quant à lui d’un « ouvrier populaire » ayant « travaillé à la démolition des vieilles réactions », dont les « charges parlaient aux yeux dans les faubourgs, sur les boulevards, en province, à l’étranger42 ». Pourtant, on peut lire sous la plume de Vallès :
Je me prendrais à être dur pour son malheur, si je ne savais combien au fond, il avait le cœur grand ! Mais la pitié et la bonté ne suffisent plus dans ce monde de lutte ! Il faut prendre parti. Il ne voulut pas, il repoussa tous les képis et se contenta de coiffer le bonnet de l’artiste. Le bonnet s’est resserré sur ses temps et est devenu la coiffure d’un galérien de Sainte-Anne43 !
Ces propos, tenus en 1881 à propos de l’internement de Gill, qui selon les aliénistes s’annonce sans retour, peuvent être rattachés à deux convictions de Vallès. L’écrivain, qui a lui-même fait l’expérience d’un internement arbitraire dans sa jeunesse à la demande de son père, pense que seul un engagement politique sans faille permet de ne pas sombrer dans la maladie mentale44. Sa seconde conviction concerne Gill : Vallès est persuadé que le caricaturiste, fils d’une couturière et d’un comte, né dans une famille qui a connu une relative aisance avant de vivre très chichement, est depuis longtemps à la recherche de la fortune liée à la célébrité. La grande amitié de Gill et de Vallès est en effet progressivement minée par leurs rapports à la pauvreté et à la reconnaissance sociale. Gill considère que Vallès, fils de professeur de lycée, exagère quant à son enfance malheureuse et qu’il en fait un élément de gloire personnelle. Le caricaturiste n’hésite pas à dire, au milieu d’un article dithyrambique sur Vallès que ses « préoccupations politiques » l’« ont toujours navré45 ». Les premiers symptômes à bas bruit de ces dissensions se manifestent déjà durant les années 1868-1871, qui les voient pourtant partager de nombreux moments communs amicaux et professionnels. Le dessin qui nous occupe en est aussi une résultante.
Vallès comprend très vite tout l’intérêt que peut constituer l’iconographie d’un écrivain. Il forge par conséquent son image en contrôlant ses rares portraits et en se décrivant lui-même dans sa production littéraire. Très sérieux devant le pinceau ou l’objectif, il se veut laid et bourru. Gustave Courbet (1819-1877) fait de lui vers 1861 un sévère portrait. Vers 1867, le photographe Jean-Pierre Thierry46, qui demande des vers humoristiques aux artistes qu’il photographie, aurait obtenu de Vallès des rimes restées fameuses. Ces vers sont d’autant plus intéressants que l’homme de lettres s’y associe au peuple de la rue :
C’est bien là ma mine bourrue
Qui dans un salon ferait peur ;
Mais qui, peut-être, dans la rue,
Plairait à la foule en fureur.
Je suis l’ami du pauvre hère
Qui, dans l’ombre, a faim, froid, sommeil.
Comment, artiste, as-tu pu faire
Mon portrait avec du soleil47 ?
Avec la célébrité croissante vient le temps de la caricature. Gill est le premier, semble-t-il, à charger celui qui est alors son ami ainsi que Courbet. Quelques années plus tard, il revient avec franchise sur cette première charge :
Moi-même, pour complaire à sa manie bien plus qu’à mon sentiment, ne l’ai-je pas caricaturé, en chien crotté, lugubre, traînant, à la queue, une casserole bossuée et retentissante ?
J’ai un cou d’athlète, un cou d’Auvergnat, répétait-il souvent, les gens qui ont, comme moi, un cou de taureau…
Je regardai, un jour, ce cou fameux, et, saisi de franchise :
– Vous avez un petit cou, lui dis-je.
Il y eut un silence de quelques secondes ; puis Vallès répondit :
– Oui, j’ai un petit cou !
Mais j’avais vu flamber son regard : il était vexé48.
Fig. 6 : André Gill, « Jules Vallès », La Lune, 14 juillet 1867
Gallica (BnF).
Cette caricature initiale de Vallès est un excellent exemple des mises en abyme dont est capable Gill49. Il reprend en effet la thématique d’un écrit récent de son ami, « Le convoi du pauvre ». Le texte vallésien part du tableau éponyme de Pierre-Roch Vigneron (1789-1872) dans lequel un chien suit seul un modeste corbillard. Gill donne au caniche des airs de chien féroce avec la tête de Vallès. La casserole, liée à une affiche publicitaire pour La Rue, fait allusion aux manières parfois bruyantes de Vallès et aux débuts récents de ce journal. La date de publication de la charge, un 14 juillet, ne doit sans doute rien au hasard. L’autorisation donnée par le caricaturé, un laconique « Chargez ! » complète la tonalité féroce de l’ensemble. Vallès, qui a récemment publié dans Le Figaro un texte sur la caricature peut difficilement faire grise mine :
En acceptant ainsi l’ironie qui vous touche, on passe à travers la vie, la tête fraîche et la main ouverte. L’orgueil panse les souffrances de la vanité, et l’on est le premier à rire de la perspicacité maligne de l’ennemi ! On fait mieux que d’en rire, on en profite. Voilà aussi pourquoi j’aime toutes les formes de l’ironie, adoucies, violentes, polies, barbares. Elle ne fait peur qu’aux faibles, et elle est la leçon et l’honneur des forts50.
Premier caricaturiste de Vallès, Gill fixe donc un modèle pour les autres dessinateurs d’un Vallès au rictus amer et déterminé51. Selon Séverine (Caroline Rémy, 1855-1929), cette image encadrée trônait dans le bureau de Vallès qui la désignait avec fierté52. Si la charge est connue, on oublie qu’elle est suivie en deuxième page de La Lune d’une copie parodique de la une du journal de Vallès. Toutefois, les propos qu’on lui prête semblent bien avoir été prononcés par Vallès dans des soirées entre amis puisqu’ils sont rapportés par ailleurs :
AU PEUPLE !
Avancez, les lamentables !
Que les bons tremblent et que les méchants se rassurent !!
De la solennité, il n’en faut plus !!
Nous attaquerons tout ce qui est respectable !!!
Soyons exacts et blessants !!
Nous jurons sur l’honneur que le Misanthrope nous ennuie !!
Un grain de sel sur la queue de tout ce qui est vénérable !!!
À bas les morts !!!
Fouchtra !!!!
JULES VALLES53 !!!!!
Le dessin sur « Les Peuple » se situe donc dans la continuité des charges admiratives de l’énergie de Vallès par Gill, sans pour autant oublier d’être critique. Mais le jeu des échos ne se limite pas là. Le dessin est aussi un clin d’œil aux démêlés communs des amis Gill et Vallès avec la censure54. On remarquera par exemple que Proudhon y est représenté non caricaturé, à partir d’une photographie prise par Charles Reutlinger, montrant le théoricien dans ses dernières années. Or Vallès a voulu que Courbet réalise en 1868 pour La Rue un portrait de Proudhon sur son lit de mort d’après la photographie prise par Carjat : le journal a été censuré55. Gill se moque donc là une nouvelle fois d’Anastasie impuissante à contrer tous ses stratagèmes. Le bouillonnement constant des uns et des autres est en effet sans trêve, tant la porosité entre journaux est forte. Ainsi les lecteurs de La Rue peuvent recevoir comme prime un abonnement à La Lune. La Rue est d’ailleurs illustrée par Gill et ses amis.
Ces différents niveaux de lecture ont-ils été compris de toutes les personnes qui ont vu ce dessin ? Il y a fort à parier que non. Mais les éléments les plus saillants, notamment sur l’emploi du mot « peuple » et la liberté de la presse, ne sont sans doute pas passés inaperçus. Les tirages de La Lune et de L’Éclipse s’élevant parfois à plus de dix mille exemplaires, et ces journaux circulant de main en main, on peut penser qu’un tel dessin a eu son poids, comme d’autres de Gill, dans la montée des critiques autour du régime impérial. Notons enfin que Le Peuple de Duvernois devient Le Peuple français suite au conflit qui l’oppose au Peuple de Marseille. Les journalistes de l’opposition le surnomment quant à eux malicieusement Le Peuple des Tuileries56. En 1870, Duvernois quitte la direction du journal pour la laisser à Auguste Vitu (1823-1891). Il se murmure alors que ce départ a été obtenu par Émile Ollivier (1825-1913), mécontent des manœuvres parlementaires de Duvernois, et que l’empereur en personne l’a imposé au disgracié57. L’occasion est belle pour Gill qui tient là la revanche de son ami Vallès…
Fig. 7 : André Gill, « Le paradis perdu », L’Éclipse, 26 juin 1870
Duvernois (Adam) est chassé par Vitu (l’Ange) du paradis terrestre, avec la complicité du serpent Ollivier, dont les lecteurs contemporains identifient facilement deux éléments récurrents dans les charges : les lunettes et la calotte noire.
Gallica (BnF).







