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DOI : 10.57086/cpe.1578

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La manière dont les sociétés, les groupes sociaux et les individus qui les composent vivent, gèrent, s’accommodent de et/ou agissent, voire interviennent, dans des situations de contacts de langues et/ou de cultures reste une des préoccupations centrales de la revue Cahiers du plurilinguisme européen, et les contributions rassemblées dans ce numéro prolongent la réflexion sur des thématiques déjà abordées dans des numéros précédents.

Dans la continuité du numéro 3 paru en 2011 et du numéro 9 de 2017 sur la thématique Langues et migration, le présent numéro s’ouvre sur un dialogue entre deux chercheurs actifs dans le domaine des contacts de cultures et de l’interculturalité des deux côtés de l’Atlantique. Jean-Jacques Alcandre et Yves Laberge échangent leurs regards pour faire un point terminologique et théorique sur la manière de définir aujourd’hui les notions de mondialisation, de multiculturalisme et de diversité culturelle. Parmi les dynamiques culturelles et linguistiques qu’ils abordent, celle de la migration, voulue ou forcée, les conduit à interroger plus particulièrement le sens donné au terme « intégration », qui varie nécessairement selon les contextes géopolitiques, voire idéologiques.

Comme un écho à leur échange, la contribution proposée par Badreddine El-Kacimi depuis l’Afrique du Nord vient éclairer la discussion depuis le point de vue des acteurs directement impliqués dans ces processus, à partir d’un entretien dirigé mené avec des parents d’élèves d’origine subsaharienne scolarisés au Maroc. Le tableau qu’il dresse souligne à juste titre « diverses conditions d’impossibilité décisives (socioéconomiques, sociopolitiques et sociolinguistiques) qui empêchent d’intégrer correctement et humainement les nouveaux arrivants qui passent par le Maroc », selon les termes d’un des experts relecteurs. Les informations rassemblées dans les témoignages collectés dans cette contribution révèlent par ailleurs clairement « le sens pratique et le réalisme sociolangagier des migrants ».

L’insécurité langagière ne constitue cependant pas uniquement le lot des migrants, ni au Maroc, ni ailleurs : en France également, de nombreux adultes locuteurs natifs ont besoin de formations linguistiques et professionnelles. C’est l’objet d’un ouvrage de l’équipe Langage, travail et formation de l’université de Lorraine, dont Yannick Lefranc présente « le paradigme scientifique, la méthodologie de recherche et le programme didactique », dans une contribution dont le format réinvente de manière fort stimulante le traditionnel exercice du compte rendu. Il montre comment, de l’autre côté du miroir, en quelque sorte, les formateurs et les chercheurs qui les accompagnent cherchent à répondre à ces besoins de formation et d’intégration. La lecture croisée de ces deux contributions, à la lumière de la première, alimente ainsi la réflexion sur la façon dont différents acteurs s’engagent ou sont engagés dans ces processus d’intégration.

Une deuxième partie du présent numéro poursuit la réflexion entamée en 2020 dans le numéro 12 de la revue autour des dynamiques à l’œuvre dans des situations où des langues minoritaires font l’objet d’interventions susceptibles de ralentir, voire même de renverser les processus de substitution linguistique. C’est ainsi que Carmen Alén Garabato, Henri Boyer et Caroline Calvet mettent en regard le cas de l’occitan en France avec celui de l’aragonais en Espagne, qui tous deux survivent « dans une situation très précaire d’un point de vue sociolinguistique mais aussi socio-démographique », pour interroger « l’émergence d’un nouveau paradigme de résilience ethnosociolinguistique ». À l’appui d’enquêtes de terrain, ils observent et étudient des interventions « de par en bas » et « de par en haut », qu’ils considèrent comme autant de « glottothérapies ».

En contrepoint, le compte rendu et les commentaires que livre Eguzki Urteaga de la dernière enquête menée au Pays Basque sur la situation de la langue basque (2021) donnent un aperçu des effets et des limites que peuvent rencontrer les politiques linguistiques menées « par en haut ». Le cas de la langue basque est souvent cité comme exemple d’une langue qui fait l’objet d’interventions glottopolitiques dans deux cadres stato-nationaux différents, et il est intéressant de connaitre la manière dont ces interventions sont perçues par les populations directement concernées.

Pour ce nouveau numéro, la revue s’essaye à de nouveaux formats, tout en restant fidèle à sa politique de proposer différentes approches théoriques et méthodologiques, d’une part, et de valoriser les travaux de jeunes chercheur·e·s – ici Caroline Calvet et Badreddine El-Kacimi –, d’autre part. C’est ainsi que la revue souhaite contribuer, à sa modeste échelle, à la diffusion d’une recherche diversifiée.

Citer cet article

Référence électronique

Pascale Erhart, « Présentation », Cahiers du plurilinguisme européen [En ligne], 15 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 13 juillet 2024. URL : https://www.ouvroir.fr/cpe/index.php?id=1578

Auteur

Pascale Erhart

UR 1339 LiLPa – Université de Strasbourg. Pascale Erhart est maîtresse de conférences en dialectologie alsacienne et mosellane et en sociolinguistique à l’université de Strasbourg. Elle participe également aux activités de la chaire Unesco sur les pratiques journalistiques et médiatiques, entre mondialisation et diversité culturelle. Ses travaux s’ancrent dans le champ des contacts de langues, avec un intérêt particulier pour les médias audiovisuels et les réseaux sociaux numériques, et des politiques linguistiques.
pascale.erhart[at]unistra.fr

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