LPA numéro 5, 2022, À l’école d’Augustin Berque [appel prolongé]

Date limite de soumission 15 juillet 2022.

Nous avons reçu des contributions pour ce dossier,
mais nous avons décidé d’étendre au 15 juillet la possibilité
de participer à ce numéro.

http://www.lisec-recherche.eu/content/la-pensee-dailleurs-0

Argumentaire

« Depuis une quinzaine d’années, les travaux d’Augustin Berque intéressent des chercheurs qui réfléchissent sur la question du milieu où se jouent les transactions / trajections dans l’action conjointe Professeur / Élèves. La revue La Pensée d’Ailleurs lance un appel à soumission d’articles pour un numéro thématique « À l’école d’Augustin Berque ».

La mésologie est nommée par Berque science qui étudie les milieux. Mais un milieu est toujours expériencié, notamment en rapport avec l’action humaine (Berque, 2000), milieux « pas seulement objectifs mais vécus par des sujets » (Berque, 1990, p. 94). C’est à ce double titre que la mésologie doit nous intéresser : théorie de l’action et théorie des milieux.

Le géographe et philosophe Augustin Berque (1942-), fils du sociologue et anthropologue du monde arabe Jacques Berque (1910-1995), a synthétisé différentes spécialisations du savoir humain (philosophique, géographique, sociologique, historique, biologique, physique…) dans un nouveau système théorique — la mésologie — en vue de produire une compréhension du rapport nature/culture qui dépasse les apories dualistes propres à ce qu’il appelle donc le paradigme occidental (Berque, 2018a, p. 30).

Après ses premiers travaux des années 1970-1980, il publia à partir des années 1990 une série d’ouvrages érudits qui ont contribué à construire un édifice théorique à la fois original et stimulant. Dans ses Dialogues mésologiques (avec sa petite-fille Melissa), il présente de façon autobiographique à la fois son parcours intellectuel et ses principales convictions théoriques (Berque, 2017).

La question du milieu, sans jeu de mot, est donc au centre du système théorique berquien, en tant que relation trajective d’une société à l’espace et à la nature. En ce sens, du point de vue épistémologique, la mésologie est un mésocentrisme (Berque, 1990, p. 99). Quelle que soit la réalité factuelle des choses physiques, et quelle que soit la perception que quelqu’un peut en avoir, du point de vue de la médiance un milieu se manifeste comme « un ensemble de prises avec lesquelles nous sommes en prise » (ibid., p. 101). Car qu’est-ce qu’une « prise » ? C’est « la branche quand la main la saisit, l’aspérité si l’orteil s’y cale » (ibid., p. 100). Autrement dit, c’est une prise pour celui qui s’en sert comme une prise. En parodiant Bourdieu, Berque ajoute que la médiance est une logique de la pratique.

Par le concept de médiance (1990), Berque a renouvelé l’attention portée à la structuration de l’existence humaine, une existence entendue comme une sortie hors de la « gangue de son identité à soi » (Berque, 2018, p. 17). Cette ek-sistence qui se structure dans la médiance se comprend en relation avec le milieu qui lui-même s’établit dans la relation à l’environnement : Berque le formule ainsi : « [l]a médiance fait que, pour « moitié », nous sommes notre milieu (notre corps médial) » (Berque, 2010, p. 67).

D’une part donc, l’homme ne peut pas vivre sans lieu, et d’autre part l’espace universel est « utopique à la lettre puisqu’il ne peut exister en aucun lieu sur Terre » (Berque, 1990, p. 136), la Terre n’étant pas un espace universel mais « un ensemble particulier de lieux particuliers » (ibid., p. 138). Une piste de réflexion peut alors émerger, pour nous, de cette incitation normative. En appliquant à cette notion de lieux le cas de « nos écoles », nous pourrions confronter cette nécessité du beau et du bon pour l’espèce humaine à une organisation de l’espace scolaire. »

Quelques références de lecture

Berque, A. (1990). Médiance. Paris : Belin.

Berque, A. (1996). Être humains sur la terre. Éditions Gallimard.

Berque, A. (2000). Écoumène. Paris : Belin [éd. originale 1987].

Berque, A. (2005). La forclusion du travail médial. L’Espace géographique, 34, 1, 81-90. doi:10.3917/eg.341.90.

Berque, A. (2007). 3. Qu’est-ce que l’espace de l’habiter ? In : T. Paquot éd., Habiter, le propre de l’humain : Villes, territoire et philosophie (pp. 53-67). Paris : La Découverte.

Berque, A. (2010). Milieu et identité humaine. Notes pour un dépassement de la modernité. Paris : Éditions Donner Lieu.

Berque, A. (2010b). Histoire de l’habitat social. De l’Orient vers l’Occident. Paris : Le félin.

Berque, A. (2014). Poétique de la terre. Paris : Belin.

Berque, A. & al. (2014b). Le lien au lieu. Bastia : Éditions Éoliennes.

Berque, A. (2016). La pensée paysagère. Bastia : Éditions Éoliennes.

Berque, A. (2017). Sur les bords de l’Yvette. Dialogues mésologiques. Bastia : Éditions Éoliennes.

Berque, A. (2018a). Glossaire de mésologie. Bastia : Éditions Éoliennes.

Berque, A. (2018b). Au-delà de la modernité ? La nature dans la « science naturelle » d’Imanishi et dans l’agriculture naturelle de Fukuoka. Colloque « Représentations de la nature à l’âge de l’anthropocène », Université Jean Moulin et IETT, Lyon, 22-23 mars 2018.

Berque, A. (2018c). Transhumanisme et cyborgie ou recouvrance de la Terre ? « Anthropocène » : qu’avons-nous fait, qu’allons-nous faire ? », Association Tapages, XIe Rencontres, Bergerac.