Habiter les vides

DOI : 10.57086/radar.620

p. 141-149

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sponti, squat, black bloc, espace, vide, rue, lutte

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La stratégie du Black bloc est une tactique de lutte utilisée dans le cadre de manifestations sociales, qui connaît une médiatisation massive internationale depuis une vingtaine d’années. L’utilisation de cette tactique par les militant·es a essentiellement trois visées majeures : permettre l’anonymat — et donc la liberté d’action — de ses constituant·es par le voilement1, ouvrir d’autres voies de circulation aux manifestant·es (c’est-à-dire une circulation de la contestation hors du parcours déterminé), concentrer la répression policière dans une zone donnée. Si la stratégie fait régulièrement les gros titres en raison de son caractère parfois spectaculaire, notamment dans l’attaque aux symboles du capitalisme ou dans la confrontation émeutière avec les forces de l’ordre, elle ne peut être caractérisée et définie par cet unique aspect, qui restreint, de fait, un mode opératoire complexe en le dépolitisant et en le combinant à une seule pulsion bestiale de la casse. L’imaginaire associé à la foule puise un grand nombre de ses racines dans les écrits relatifs de Gustave Le Bon. Dépeinte comme un objet qui pousse à abandonner la raison individuelle au profit d’une euphorie collective2, la constitution d’une entité abstraite visible, donc d’une foule revendicatrice, dans l’espace de la rue, serait assimilable à une perte de rationalité, à une abdication du politique pour un accomplissement primaire3.

Pourtant, la tactique du bloc semble cristalliser en elle un certain nombre d’enjeux propres à la contestation politique et ne saurait se résoudre aux simples monstrations et démonstrations de la violence. Aussi, l’objectif de cet article vise à comprendre comment la stratégie s’est pensée, a évolué et se positionne aujourd’hui au croisement des disciplines de la sociologie, des médias et des arts plastiques. Quel espace investit le bloc ? Comment circule-t-il ? Quel dialogue les artistes instaurent-iels avec ce corps politique ? Comment les formes radicales du bloc se dissolvent-elles dans des luttes plus larges ?

Habiter les interstices du capitalisme : Spontis et squats dans les années 1960-1970 en Allemagne

Les différentes mobilisations de la jeunesse allemande à la fin des années 1960 ont vu une augmentation significative de la violence policière, menant à la mort d’une balle dans la tête du militant Benno Ohnesorg le 2 juin 1967, durant la mobilisation de contestation de la visite officielle du Shah d’Iran, Reza Pahlavi, et de son épouse, Farah Diba à Berlin-Ouest. Si des mouvements sociaux sont déjà ancrés depuis le début de la décennie, cet événement marque un tournant dans les stratégies des militant·es germaniques. Une partie de la jeunesse va se radicaliser, en adoptant la guérilla armée et la lutte frontale contre l’État et l’impérialisme américain, tandis qu’une autre va opter pour une position révolutionnaire alternative plus pacifique, visant à agir immédiatement, à produire un changement « ici et maintenant4 ». Réuni·es sous le nom de Spontis ou de Spontis Szene5, ces dernier·es sont d’obédience marxiste-léniniste-maoïste et visent à pallier les injustices systémiques et sociales. Iels préconisent une forme d’action spontanée, collective et solidaire. Réagissant au problème épineux du mal-logement, iels entreprennent d’ouvrir des squats afin de s’y loger ou d’y loger des personnes précaires, d’expérimenter une vie en collectivité cherchant à se défaire des constructions systémiques — telles que la famille nucléaire et l’individualisme — ainsi qu’à mettre en place un réseau d’affinité politique et solidaire. Les squats se veulent inclusifs, se déploient dans les marges désaffectées des centres-villes, dans les espaces vacants, dans les interstices oubliés ou mis sur pause par le capitalisme. En somme, il s’agit de transformer le vide, de l’habiter, d’en faire une base communautaire et politique, de répondre de manière immédiate à un problème social. Bien que les photographies des lieux soient peu nombreuses (en subsistent toutefois tracts et documentation), sans doute en raison de la non-accessibilité à ces outils, encore trop onéreux à cette époque, ou à une volonté de non-communiquer, nous savons qu’un désir culturel et artistique émanait de ces lieux ; en témoigne le parrainage de Joseph Beuys du Squat de la maison Schöneberg à Bülowstraße 52, à Berlin6. Ces occupations de lieux sont assorties d’actions d’agit-prop, à l’instar de celle de la bande de Die Kommune 1, bien que légèrement antérieure à la période citée, qui avait planifié un attentat au pudding contre le vice-président américain Hubert Humphrey en avril 1967. Si cette dernière action prête à sourire, son commanditaire, Fritz Teufel, avait théorisé ce type de performance sous le nom de Spass Guerilla, ou guérilla amusante, faisant écho au Guérilla Théâtre, pratiqué par la troupe Mime et les Diggers de San Francisco au même moment7.

Globalisation des tactiques de luttes

La répression se voulant toutefois plus féroce à la fin des années 1970 et au début des années 1980, ainsi que la fermeture des squats plus appuyée par le gouvernement de la RDA ou des municipalités, les Spontis et les autonomes allemand·es ont alors commencé à réfléchir à des méthodes de défense et d’anonymisation afin de pouvoir continuer à occuper leurs lieux de vie. La violence n’apparaît que peu dans cette lutte, elle est essentiellement pensée pour être utilisée dans une logique de résistance à ce qui est considéré comme une agression policière. La lutte s’étendant parallèlement dans le champ de la rue, avec une redynamisation des groupes antifascistes se mobilisant face à la multiplication des cortèges et des rencontres identitaires, ainsi qu’à la réhabilitation sociale d’anciens nazis8. On commence dès lors à voir l’apparition du terme Schwarzer bloc employé pour désigner les contre-rassemblements, avec l’utilisation du voilement et du vêtement noir commun.

Les formes stratégiques de luttes opèrent dès lors un glissement entre les actions des Spontis et celles des antifascistes. Les squats ont pu permettre de tisser un réseau politique et affinitaire par leur interconnexion, de fédérer des idées et de les diffuser, ainsi que des stratégies de lutte ou des techniques de celles-ci comme l’anonymat nécessaire en vue d’échapper aux différentes formes de répression étatique, le renforcement de banderoles par des tiges de roseaux permettant de contenir une charge de police, ou encore l’utilisation de casques de moto comme protection dans les manifestations. Il nous faut également souligner ici le caractère profondément anticapitaliste et révolutionnaire des antifascistes pour comprendre la motivation d’attaques aux symboles du capitalisme déployées dans la stratégie du Black bloc : « Celui qui n’est rien d’autre qu’antifasciste n’est pas un antifasciste car il n’a pas saisi que ce ne sont pas des intérêts capitalistes en particulier, ni des bandes de dirigeants en particulier qui sont fascistes ; ce qui est fasciste, c’est le système9 ». De là, ce ne sont plus les interstices qui sont habités, finalement hors des regards : c’est directement la rue qui redevient l’espace du théâtre politique.

La réappropriation de la rue ne se réalisera pas d’une manière immédiate et la tactique d’origine germanique prendra un certain temps à pouvoir exister à l’échelle internationale. C’est le contre-sommet de Seattle, où un bloc massif se constitue à l’occasion du contre-sommet de l’OMC10 qui s’y tient en 1999, qui permet la diffusion de la stratégie, autant par les médias de masse que par le développement Internet11. Au-delà de cette première propagation d’images et de savoirs, la toile complètera, à l’échelle mondiale, le rôle de mise en réseau des militant·es assuré autrefois par les squats.

Du bloc et de l’art : revendiquer l’espace et l’histoire populaire

Ce partage des savoir-faire, ainsi que la volonté de renouer avec des formes de contestation historique va alors s’exprimer pleinement dans l’art et l’artivisme12. Jeremy Deller se propose, par exemple, via The Battle of Orgreave (2001), de rejouer le célèbre affrontement entre mineurs anglais et forces de l’ordre de l’Angleterre thatchérienne. Pendant une journée, il demande à quelques 800 figurant·es13, voire à des ancien·es insurgé·es ou à des membres de « Battle Re-enactement Societies14 » de répéter l’histoire, de recréer l’émeute, de revendiquer un passé de lutte. En choisissant de présenter, pour la monstration en espace d’exposition, des objets de l’époque (jackets, livres, flyers, graffitis, photographies, etc.) en plus d’un montage vidéo du re-enactement, il propose à la fois un regard morcelé sur le combat — qui ne peut donc se résoudre à la seule répétition de la bataille, mais qui replonge le·la spectateur·ice dans un contexte social complexe — tout en affirmant la nécessité de l’activation d’une mémoire populaire. Ce faisant, The Battle of Orgreave nous propose de considérer d’autres dates, d’autres traces que celles décidées par le pouvoir15 dans son objectif d’autoconservation et devient, par conséquent, un plaidoyer en faveur d’une histoire sociale et populaire. Par ailleurs, Deller nous propose ici de reconsidérer le terme même de bataille ; il s’agit de se défaire des classifications historiques découlant d’un partage du sensible inégal et politisé, de regarder un événement hors des traces médiatiques et orientées de son époque. Ce lien à l’histoire populaire est largement plébiscité par les adeptes de la stratégie du bloc, qui veillent à une diffusion de celle-ci tout en la revendiquant par le même rapport d’éclatement des traces : depuis les banderoles affirmant ce lien, ou la diffusion de tracts incitant à la réminiscence, la mise en circulation d’ouvrages alternatifs visant à conter une histoire différente et défaite des enjeux de pouvoir.

Notons également l’affirmation du corps émeutier comme un positionnement politique par une résistance et le dépassement physique. C’est le propos d’Audrey Gary, artiste et chorégraphe toulousaine, qui réalise le prélude de son travail Werfen en 2019 : des acteur·ices reprennent les mouvements et les gestes issus de la stratégie dans le stade Daniel Faucher, à Toulouse. Les mouvements y sont ralentis, les efforts captés, la dimension corporelle individuelle retranscrite dans une esthétique caravagesque appuyée, sans pour autant devenir riefensthalienne. Une certaine beauté se dégage alors, tout en rappelant la dimension profondément politique et sportive du corps engagé qui se déploie dans la lutte. Audrey Gary nous propose d’appréhender l’émeute « Black bloquienne » dans une analogie et généalogie de gestes et de positionnements issus de l’histoire des soulèvements des opprimé·es. La décontextualisation proposée par le lieu du stade nous rappelle la dimension performative des corps en lutte.

Le black bloc apparaît comme un corps politique, comme une stratégie nourrie par l’histoire des opprimé·es et de leurs luttes. Les références au folklore de la piraterie ou du carnaval médiéval et de son renversement de l’ordre social y pullulent : vêtements noirs, utilisation de chars, slogans, masques. C’est un corps social invisibilisé qui se meut, le miroir inversé du Léviathan dessiné par Abraham Bosse sur les consignes de Thomas Hobbes pour le frontispice de son ouvrage au titre éponyme16 : face à un corps social et politique ordonné, visible, subordonné, le black bloc s’affirme comme un désordre, invisibilisé par le voilement, libre dans son action.

Les corps se déploient pleinement, entrent dans une résistance physique immédiate. Ils se tendent, se raidissent, prennent pleinement possession de l’espace invisible des flux économiques qu’est la rue, pour l’habiter temporairement. Le rapport, à l’espace comme au corps, devient sportif : la rue devient un terrain de jeu où chaque particularité urbaine devient un moyen ou un outil de lutte. Le mobilier devient un matériau de barricade, les panneaux de signalisation se mutent en béliers, les alcôves d’immeubles se transforment en refuges, des grilles de chantier changent de statut pour devenir des boucliers. Si la stratégie est décriée par les manifestant·es plus « traditionnel·les », les tactiques se dissolvent peu à peu dans les cortèges : les book blocs17 font des apparitions de plus en plus régulières, la dissimulation des visages se veut devenir courante face à la multiplication des méthodes de reconnaissance de la part de la police18, le chaos devient un objet de célébration, un lieu d’habitation politique temporaire. Toutefois, si l’histoire du bloc concrétise différents courants de pratiques révolutionnaires, la tentative de construction d’un rapport de réciprocité de la violence ne peut être pleinement considérée sans une étude approfondie des tactiques de maintien de l’ordre auxquelles elle répond.

1 « Le black bloc est une tactique urbaine qui consiste à manifester cagoulé et vêtu de noir afin de préserver collectivement l’anonymat militant »

2 « On remarquera que, parmi les caractères spéciaux des foules, il en est plusieurs, tels que l'impulsivité, l'irritabilité, l'incapacité de

3 « Elle [la foule] se rapproche en cela des êtres tout à fait primitifs », Ibid., p. 30.

4 Camille Svilarich, Black bloc. Histoire d’une tactique, Paris, Editions Excès, 2022, p. 27.

5 Ibid., p. 18 : « On vit apparaître, au sein du milieu étudiant, de petits groupes d’opposition politique qui se réunissait sous le nom de Spontis. A

6 « Tout le monde est un artiste » : Beaucoup de squatters ont gagné des parrains éminents pour leurs maisons, l’artiste Joseph Beuys est devenu

7 « [Cette] utilisation du théâtre comme médium de contestation politique [avait été] théorisé(e) par Ron Davis, en mai 1965 dans le manifeste

8 Bernd Langer, « Nazis en costume, néonazis et vague hitlérienne », in Antifa. Histoire du mouvement antifasciste allemand, Montreuil, Libertalia -

9 Wer nicht est als Antifaschist, ist kein Antifaschist ! Document de l’année 1983, publié dans Antifa – Texte 2, novembre 1986, tiré à 1000 

10 Organisation Mondiale du Commerce.

11 Face à ce qui est considéré comme une source de désinformation, Seattle marque la « naissance » de médias indépendants qui vont pouvoir faire

12 Néologisme forgé par Stéphanie Lemoine et Samira Ouadi, désignant des « pratiques politiques de l’art ». Voir Stéphanie Lemoine, Samira Ouadi

13 Morad Montazami, « L’événement historique et son double. Jeremy Deller, The battle of Orgreave », in Images Re-vues [En ligne], no55, 2008

14 Il s’agit de clubs rejouant des événements historiques, généralement des batailles sous la forme de spectacles populaires.

15 Le pouvoir cherche avant tout à asseoir sa propre pérennité, par extension sa légitimité d’exercice. Aussi va-t-il procéder à une classification

16 Thomas Hobbes, Le Léviathan [1551], Paris, Gallimard, 2007.

17 Il s’agit de boucliers reprenant des couvertures de livres, généralement militants. L’objet a été inventé par des étudiant·es de l’Université de la

18 Nous pensons ici aux CV Dazzle (2013) d’Adam Harvey, qui visent à empêcher la reconnaissance faciale par l’utilisation de maquillage ou au travail

Bibliography

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Sitographie

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Cartographie interactive des squats de Berlin, fermés ou non : https://www.berlin-besetzt.de.

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Notes

1 « Le black bloc est une tactique urbaine qui consiste à manifester cagoulé et vêtu de noir afin de préserver collectivement l’anonymat militant », Maxime Boidy, « Le black bloc, terrain visuel du global. Éléments pour une iconologie politique de l’altermondialisme », in Terrains/Théories [En ligne], 5, 2016, mis en ligne le 20 décembre 2016, consulté le 1er février 2023. DOI : https://doi.org/10.4000/teth.834.

2 « On remarquera que, parmi les caractères spéciaux des foules, il en est plusieurs, tels que l'impulsivité, l'irritabilité, l'incapacité de raisonner, l'absence de jugement et d'esprit critique, l'exagération des sentiments, et d'autres encore, que l'on observe également chez les êtres appartenant à des formes inférieures d'évolution, tels que la femme, le sauvage et l'enfant mais c'est là une analogie que je n'indique qu'en passant », Gustave Le Bon, Psychologie des foules [1895], Paris, Payot, 2020, p. 22.

3 « Elle [la foule] se rapproche en cela des êtres tout à fait primitifs », Ibid., p. 30.

4 Camille Svilarich, Black bloc. Histoire d’une tactique, Paris, Editions Excès, 2022, p. 27.

5 Ibid., p. 18 : « On vit apparaître, au sein du milieu étudiant, de petits groupes d’opposition politique qui se réunissait sous le nom de Spontis. A partir de 1968, les Spontis furent à l’origine de l’investissement massif de squats dans les centres urbains du nord de la RFA (…) Le terme Spontis est dérivé du concept maoïste de spontanéité”, qui définit la capacité individuelle à s’émanciper et à se libérer, au-delà du collectif et de la conscience de classe, de façon instantanée ».

6 « Tout le monde est un artiste » : Beaucoup de squatters ont gagné des parrains éminents pour leurs maisons, l’artiste Joseph Beuys est devenu parrain de la maison Schöneberg à Bülowstraße 52. Dans le « taz », il a été dit à propos d’une visite de Beuys à ses protégés : « Il a trouvé tout bien: la maison, les squatters et le mouvement de toute façon. Il a également annoncé des conséquences artistiques en cas d’expulsion de la maison. ». Voir Michael Sontheimer, « West Berlin in der Achtzigern. Im Wilden westen », in Der Spiegel, 1er novembre 2016, consulté le 1er février 2023. URL : https://www.spiegel.de/geschichte/fotograf-christian-schulz-west-berlin-der-80er-freaks-und-spiesser-a-1118310.html.

7 « [Cette] utilisation du théâtre comme médium de contestation politique [avait été] théorisé(e) par Ron Davis, en mai 1965 dans le manifeste Guérilla Theater ». Alice Gaillard, Les Diggers de San Francisco. Révolution et contre-culture à San Francisco (1966-1968), Montreuil, Editions L’échappée, 2014, p. 42.

8 Bernd Langer, « Nazis en costume, néonazis et vague hitlérienne », in Antifa. Histoire du mouvement antifasciste allemand, Montreuil, Libertalia - La Horde, 2018, p. 149-152.

9 Wer nicht est als Antifaschist, ist kein Antifaschist ! Document de l’année 1983, publié dans Antifa – Texte 2, novembre 1986, tiré à 1000 exemplaires, seule brochure authentique des Autonome Antifaschisten (antifascistes autonomes). Cité in Bernd Langer, Antifa. Histoire du mouvement antifasciste allemand, Montreuil, Libertalia – La Horde, 2018, p. 173.

10 Organisation Mondiale du Commerce.

11 Face à ce qui est considéré comme une source de désinformation, Seattle marque la « naissance » de médias indépendants qui vont pouvoir faire circuler la méthode et la pensée hors des clichés véhiculés dans la presse grand public : « C’est le cas par exemple du réseau des Centres de médias indépendants (CMI), connu sous le nom d’Indymedia, qui naît lors de manifestations contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Seattle (États-Unis) en novembre-décembre 1999. Ces réseaux regroupent des militants, des journalistes, des artistes, des universitaires, des professionnels de la communication d’ONG, de syndicats ou de partis politiques. » Benjamin Ferron, « Des médias de mouvements aux mouvements de médias. Retour sur la genèse du “Réseau Intercontinental de Communication Alternative” (1996-1999) », in Mouvements, vol. 61, no1, 2010, p. 107-120.

12 Néologisme forgé par Stéphanie Lemoine et Samira Ouadi, désignant des « pratiques politiques de l’art ». Voir Stéphanie Lemoine, Samira Ouadi, Artivisme. Art, action politique et résistance culturelle, Paris, Éditions Alternatives, 2010, p. 11.

13 Morad Montazami, « L’événement historique et son double. Jeremy Deller, The battle of Orgreave », in Images Re-vues [En ligne], no55, 2008, consulté le 1er février 2023. DOI : https://doi.org/10.4000/imagesrevues.334.

14 Il s’agit de clubs rejouant des événements historiques, généralement des batailles sous la forme de spectacles populaires.

15 Le pouvoir cherche avant tout à asseoir sa propre pérennité, par extension sa légitimité d’exercice. Aussi va-t-il procéder à une classification historique visant à soulager son intégrité : « Le partage est fait ; que le peuple se dépouille de l’ancien orgueil de ses crimes ; les grands assassinats sont devenus le jeu silencieux des sages », Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison [1975], in Œuvres, t. 2., Paris, La Pléiade, Gallimard, 2015, p. 332.

16 Thomas Hobbes, Le Léviathan [1551], Paris, Gallimard, 2007.

17 Il s’agit de boucliers reprenant des couvertures de livres, généralement militants. L’objet a été inventé par des étudiant·es de l’Université de la Sepienza, à Rome, en 2010. L’artiste Jean-Baptiste Ganne travaille notamment sur l’objet et a proposé une exposition de ces écus customisés : Book bloc, Galerie associative Territoires partagés, du 10/05/2018 au 30/06/2018, Marseille.

18 Nous pensons ici aux CV Dazzle (2013) d’Adam Harvey, qui visent à empêcher la reconnaissance faciale par l’utilisation de maquillage ou au travail Privacy Mask (2016) de l’artiste Jip Van Leeuwenstein proposant des lentilles déformantes de visage rendant également impossible toute identification par les outils de surveillance de la police, jouant entre le visible et le lisible.

References

Bibliographical reference

Antoine Hoffmann, « Habiter les vides », RadaЯ, 8 | 2023, 141-149.

Electronic reference

Antoine Hoffmann, « Habiter les vides », RadaЯ [Online], 8 | 2023, Online since 10 juillet 2023, connection on 22 février 2024. URL : https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=620

Author

Antoine Hoffmann

ATER au département des arts visuels à l’université de Strasbourg. Artiste-chercheur, il y enseigne des cours de théorie, de pratique et de méthodologie des arts plastiques. Diplômé d’un master 2 en recherches-arts plastiques à l’université de Strasbourg et d’un DNSEP Arts obtenu à l’EESAB (Brest), Antoine Hoffmann est actuellement doctorant à l’université Picardie — Jules Vernes (Amiens), où il prépare sa thèse portant sur l’imagerie et la gestualité des mouvements sociaux sous la direction d’Éric Valette. Ses préoccupations plastiques et théoriques portent sur les stratégies plastiques et esthétiques des activistes politiques dans le cadre de luttes sociales. Il y interroge l’image, sa survivance, son évolution au regard de celles des technologies policières et médiatiques.
Il est membre de l’UR UPJV 4291 — CRAE et rattaché à l’ACCRA en tant que membre doctorant.

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