Les premières années du club vosgien (1872-1914). Étude d’une appropriation du massif vosgien à travers la randonnée

The early years of the Club Vosgien (1872-1914). How hikers took possession of the Vosges massif

Die ersten Jahre des Vogesenclubs (1872-1914). Eine Studie über die Eroberung der Vogesen durch das Wandern

DOI : 10.57086/sources.853

p. 101-127

Abstracts

Cette étude de cas porte sur la naissance et l’implantation du Club vosgien entre 1872 (date de fondation) et 1914. Si l’association ne crée pas la pratique de la randonnée dans le massif, elle offre en revanche des structures et un cadre pour la prise de possession de cet espace, tant matérielles (balisage des chemins, installation de bancs, de refuges, de tables d’orientation, etc.) que symboliques (toponymie, renversement de la hiérarchie vallée/sommet, etc.). Cette étude entend mettre en lumière l’appropriation par des randonneurs et randonneuses urbains d’un espace perçu comme naturel. Elle a été réalisée à partir du bulletin officiel et des archives privées de l’association, qui permettent de dresser la sociologie du club, et de cartographier l’implantation de ce dernier dans le massif.

This case study deals with the birth and establishment of the Club Vosgien between 1872, when it was founded, and 1914. While the club did not initiate the practice of hiking in the massif, it provided structures for hikers to take possession of the space, both materially (through waymarking or the installation of benches, mountain huts, orientation tables…) and symbolically (through giving place names, or reversing the valley/summit hierarchy…). This study seeks to shed light on the way urban hikers appropriated a space that was perceived as natural. It is based on the club’s official newsletter and private archives, which provide information about the sociology of the club members and a map of its presence in the massif.

Diese Fallstudie befasst sich mit der Entstehung und Etablierung des Vogesenclubs zwischen seiner Gründung 1872 und dem Jahr 1914. Der Verein erschuf zwar nicht die Praxis des Bergwanderns, bot jedoch Strukturen und einen Rahmen für die Inbesitznahme dieses Raums an, sowohl materiell (Markierung der Wege, Aufstellung von Bänken, Schutzhütten, Orientierungstafeln, usw.) als auch symbolisch (Toponymie, Umkehrung der Hierarchie Tal/Gipfel usw.). Diese Studie soll beleuchten, wie städtische Wanderer und Wanderinnen sich einen als natürlich wahrgenommenen Raum angeeignet haben. Sie basiert auf dem offiziellen Mitteilungsblatt und den Privatarchiven des Vereins, die eine Soziologie des Vereins und eine Kartografie seiner Präsenz im Massiv ermöglichen.

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La randonnée naît dans la première moitié du xixsiècle dans des cercles artistiques et privilégiés et se répand dans la population1 avant de connaître une vague de démocratisation au tournant du siècle, par l’action conjuguée de l’essor du tourisme et de l’urbanisation intensive de l’Europe occidentale. Cette pratique doit être distinguée de la promenade et de l’alpinisme, ces deux formes de marche lui étant d’ailleurs préexistantes. Contrairement à l’alpinisme, elle n’est pas uniquement rattachée à l’aristocratie et s’inscrit dans un temps plus ou moins quotidien et dénué de dangers2. Contrairement à la promenade, elle se déroule uniquement dans des espaces non urbains et entretient un rapport philosophique et sensible avec des espaces que les acteurs jugent suffisamment éloignés de la ville, physiquement et esthétiquement3. Les hésitations et synonymies quant aux termes utilisés par les acteurs pour désigner leur pratique permettent à l’historienne de saisir le processus de définition et de constitution d’un usage, d’une expérience. C’est le terme de « randonnée » qui a été retenu ici, déjà utilisé dans l’historiographie4 et reflétant au mieux les utilisations des acteurs étudiés5.

Notre étude de la naissance et de l’implantation du Club Vosgien de sa fondation en 1872 à 1914 s’appuie sur les publications et sur les archives privées de l’association6. Le bulletin officiel du Club Vosgien, publié en allemand dès 1873, et traduit en français à partir de novembre 1884, constitue notre source principale. Il contient un rapport rédigé par chacune des sections, qui décrit les réalisations de l’année écoulée et soumet des projets pour obtenir un financement par la structure fédérale, un compte-rendu du comité central et le bilan comptable à l’échelle de la fédération. Ces sources ont été croisées avec la collection de photographies et cartes postales conservée au siège de la fédération du Club Vosgien et les collections du musée historique de Saverne7, ville de naissance du Club Vosgien. Enfin, le matériau de notre recherche est complété par des traces de ces activités dans le massif lui-même, le Club Vosgien ayant modelé cet espace, matériellement et symboliquement.

La naissance du tourisme en montagne au xixsiècle est portée par un changement de regard sur cet espace qui, de menaçant, devient attractif8. Contrairement au tourisme, la randonnée est un objet dont les historiens se sont encore relativement peu saisis9. L’excursionnisme de la fin du xixe a été étudié en France principalement sur deux espaces, liés chacun à une structure associative spécifique : les Vosges, avec le Club Vosgien, et Marseille, avec la Société des excursionnistes marseillais10 ; terrains complétés récemment par le cas pyrénéen11. Pour le cas vosgien, ce sont les aspects politiques de la pratique de la randonnée qui ont retenu l’attention, dans une Alsace profondément marquée par les questions nationales12. Les perspectives portées par l’histoire environnementale permettent de renouveler le regard sur la randonnée et ses débuts, pour l’envisager comme une pratique structurant l’espace et participant de la redéfinition complexe des relations entre les hommes et leur environnement. L’intérêt que l’histoire environnementale porte aux loisirs est encore timide13, mais le champ s’ouvre depuis peu et permet d’envisager les pratiques et espaces sous ce nouveau prisme. Étudier le moment précis de diffusion plus massive de la randonnée avec cette perspective permet de s’intéresser à un loisir renversant la hiérarchie entre les espaces : c’est l’urbain qui se trouve en position d’hinterland14 pour les randonneurs, tant physiquement que symboliquement.

Dans cette perspective, les Vosges demeurent un terrain à explorer. En effet, les activités du club et, plus généralement, la randonnée dans le massif vosgien ont souvent été étudiées via le prisme de la frontière, y compris pour les études adoptant une perspective d’histoire environnementale15. Nous nous proposons ici de compléter ces analyses par l’étude d’autres dynamiques à l’œuvre, en particulier sociales et économiques16. De fait, les difficultés rencontrées par le Club Vosgien17 peuvent aussi s’expliquer par des différences de positions sociales entre les membres de l’association et la population locale.

La création du Club Vosgien

Circonstances de la création

En octobre 1872, un juge au tribunal de Saverne18, Richard Stieve, lance un appel à la création d’un « club vosgien ». Les premières sections sont créées dans les semaines suivantes et le 15 décembre 1872, la première assemblée de la fédération se réunit à Strasbourg pour adopter les statuts de l’association. Entre 1872 et 1914, l’association ne cesse de se développer, passant de 15 sections pour 804 membres en 1873 à 59 sections pour 8 081 membres en 191419.

La pratique de la randonnée dans les Vosges ne naît pas avec le Club Vosgien, cet élan d’exploration du massif s’étant constitué tout au long du Second Empire20. Au moment de la naissance du Club, le massif vosgien est d’ores et déjà accessible pour les urbains : le réseau de chemin de fer permet de relier les villes et villages en fond de vallées21 et la publication de guides et cartes permet de s’orienter dans la montagne. La multiplication de ces parutions permet aux randonneurs de s’affranchir d’un personnage « encombrant » mais jusqu’alors indispensable : le guide. En effet, celui-ci souligne les limites des capacités de ses clients ; en outre, l’exploit physique et l’héroïsme du randonneur ne saurait être amoindri par leur partage avec une personne issue d’une classe sociale moins élevée. En 1849, Frédéric-Émile Simon décrit ainsi son guide22 :

L’artiste […] grimpe d’un pas décidé le sentier rocheux, pour se rapprocher le plus près de la nature et de la légende ; son guide, paresseux vulgaire, tout en ne bougeant pas de son siège, semble dire : « À quoi bon ? pourquoi aller plus loin ? N’est-on pas très bien ici ? »

Le salaire donné aux guides permet de les dévaloriser face à la pureté et la noblesse de l’exploration gratuite23. Le balisage et les conseils des publications permettent aux randonneurs de se départir des accompagnateurs locaux. Le succès de ces ouvrages témoigne donc non seulement du développement touristique mais aussi de la possibilité de ne plus recourir aux accompagnateurs. Soixante ans après Frédéric-Émile Simon, le célèbre guide Bedecker, à la couverture rouge, est si populaire qu’Hansi, caricaturiste alsacien francophile, le place dans la poche de ses randonneurs allemands24.

Sociologie de l’organisation

Le club est fondé dans un moment d’essor de la randonnée sur tout le territoire allemand25 auquel l’Alsace appartient : après la guerre franco-prussienne de 1870, l’Alsace est rattachée à l’Empire allemand et devient une « Terre d’Empire » (Reichsland), administrée directement par l’empereur et son administration. Cette dernière porte alors le « projet d’une assimilation culturelle des Alsaciens », dont les associations sportives, et notamment le Club Vosgien, sont un des relais26. L’utilisation des clubs de randonnée dans des territoires de frontière à des fins nationalistes n’est pas propre au cas vosgien, la marche permettant de circonscrire le territoire, au sens littéral du terme27. Le Club Vosgien s’inscrit dans ces logiques : la plupart de ses membres appartiennent majoritairement à l’immigration des Altdeutschen (vieux-Allemands28), c’est-à-dire des Allemands installés en Alsace après l’annexion de 1871.

Les historiens qui se sont intéressés à la nationalité des membres du club ont également souligné la prépondérance de fonctionnaires parmi eux, prouvant leur origine allemande plutôt qu’alsacienne29. Notre étude (tab. 1) confirme ces résultats : de fait, les membres des comités des sections locales du Club Vosgien se révèlent être, pour près des trois quarts d’entre eux, des fonctionnaires. Avec une grande stabilité de ces chiffres sur la période d’étude, près de 20 % des membres sont enseignants et 7 % travaillent pour l’administration judiciaire. Ce sont donc des notables, détenteurs d’une autorité, dont les fonctions les conduisent au contact des classes populaires mais dans une position dominante sur l’échelle sociale. En outre, 16 % des membres travaillent pour l’administration forestière. Les liens entre cette dernière et le club sont si étroits que les statuts de l’association sont modifiés en 1909 : le comité central passe de cinq à six membres, un siège étant désormais réservé à un fonctionnaire de l’administration forestière30. La section de Bouxwiller adopte même une résolution le 16 décembre 1905 autorisant les forestiers du district à entrer comme membres non payants dans la section31. Subventions et travaux32 sont aussi accordés par cette administration, qui apporte son soutien au club lors de différends qui peuvent l’opposer à des municipalités33. L’administration forestière occupe toutefois une fonction bien spécifique auprès des populations rurales : ses agents sont des forestiers ou des gardes forestiers qui remplissent des fonctions de police pour les activités de cueillette, de chasse, de récolte de bois. Les professions les plus représentées parmi les membres des comités de section partagent donc une même fonction sociale de contrôle et d’autorité auprès de la population rurale.

Absentes des instances de la fédération, les femmes apparaissent toutefois dans nos sources à l’échelle des sections34. Avant d’en disparaître dans les années 1880, elles constituent autour de 3-4 % des effectifs, ce qui représente tout de même 34 femmes en 187835. Bien que majoritairement comptabilisées sous le statut d’« épouse » ou de « veuve », plusieurs sont aussi désignées comme commerçantes, cheffes d’entreprise ou artisanes. Il semble donc que des femmes se soient impliquées dans l’association, avant d’être évincées des instances, sans que les sources permettent d’expliquer cette situation. Mais l’implication dans le club dépasse l’appartenance aux instances dirigeantes des sections et la présence des femmes lors des randonnées se poursuit tout au long de la période : c’est désormais en tant que randonneuses qu’elles s’impliquent dans le club. En effet, les sources mentionnent souvent des excursions « en famille » ou « avec les Dames ». Ce sont précisément ces sorties qui rencontrent généralement le plus de succès36.

Les membres du club sont principalement des urbains. Les statuts de l’association stipulent même que la présidence et trois des cinq sièges (puis trois des six sièges après 1909) du comité central sont réservés à des Strasbourgeois. Une des missions que se fixe la fédération consiste aussi à entretenir des liens étroits avec la direction générale des chemins de fer du Reich, afin de permettre aux Strasbourgeois, Colmariens et Mulhousiens de rejoindre les Vosges plus facilement. Le club se félicite ainsi d’avoir contribué à l’augmentation du nombre de trains le dimanche (Sonntagsverkehr) « en direction des Vosges37 », et d’avoir dès 1874 obtenu une réduction des tarifs pour ses membres38. Ceci atteste que, pour les instances fédérales du club, les randonneurs et randonneuses concernés par les activités proposées résident dans des espaces éloignés des Vosges, donc a priori dans des villes.

Tab. 1 : Professions des membres des comités des sections du Club Vosgien (en %)39

  1873 1883 1893 1903 1913 Moyenne sur
les 5 dates
Administration civile et militaires 15 35 37 31 30 29
Enseignement (Gymnasium, Realschule et université) 28 14 22 19 14 19
Administration forestière 21 16 16 13 15 16
Administration judiciaire 8 8 0 8 10 7
Professions indépendantes (médecins, notaires…) 3 14 10 14 19 12
Rentiers 21 0 3 4 2 6
Commerçants 3 6 5 4 3 3
Directeurs d’usine 3 6 2 4 5 4
Hôteliers 0 2 2 2 2 2
Artisans, employés 0 0 4 0 1 1
Femme [Frau] et veuves 5 0 0 0 0 1
Ouvriers 0 0 0 0 0 0
Total 100 100 100 100 100 100

Le Club Vosgien ne déploie pas d’efforts particuliers pour s’adresser aux jeunes. L’association reproche aux autres groupes de randonneurs, notamment les Wandervögel et les Vosges-Trotters, de séduire les jeunes, tout en profitant de ses infrastructures40. Les actions en ce sens se révèlent sporadiques et ne sont pas coordonnées par la fédération. La section de Strasbourg en arrive même à décréter en 1914 :

En la matière, la jeunesse est toutefois largement prise en charge par les Wandervögel, les scouts, les associations chrétiennes, les écoles ; pour autant qu’elle ne décide pas, somme toute, à randonner de manière autonome41.

L’amertume et l’irritation des membres transparaissent ici, puisque l’utilité même de l’encadrement et de l’organisation de randonnées spécifiquement destinées aux jeunes est remise en cause.

Ainsi, le profil des membres du club semble se dessiner : notables, urbains, vieux-Allemands, adultes, et occupant une position sociale dominante sur les catégories sociales populaires et rurales.

Aménagements et conflits d’usage

Le Club Vosgien entreprend d’investir le massif. Ce mouvement rencontre alors une résistance de la part de la population locale, qui se traduit principalement par des dégradations à l’encontre des installations mises en place par le club.

L’implantation dans le massif

Entre 1872 et 1914, le Club Vosgien bâtit dans les Vosges et aménage le massif. Une recension de ces ouvrages permet de rendre compte de l’importance de l’entreprise, qui concerne l’ensemble du massif.

Les constructions du club peuvent être rassemblées en trois catégories, la première étant celle des refuges. Les Vosges ne sont pas un massif inhabité et, au xixsiècle, de nombreuses auberges permettent aux voyageurs de se loger dans les villages et de gravir les sommets42. La survie des randonneurs et randonneuses ne repose pas sur les refuges du Club Vosgien, de même que la possibilité de leurs ascensions. L’intérêt de ces constructions réside ailleurs : il s’agit probablement de permettre aux excursionnistes de faire l’expérience d’une nuit passée loin d’autres habitations humaines. Cela constitue également un sentiment de fierté pour la section à l’origine de la construction, à même de souder ses membres43. Les refuges, non gardés et bâtis dans des lieux isolés, offrent en effet une solitude toute romantique. Toutefois, ces abris sont édifiés principalement par imitation des Clubs alpins, qui ont émergé en Europe au cours du xixsiècle. En reprenant à leur compte et dans leur massif un aménagement clef de ces associations, le Club Vosgien entend asseoir sa légitimité et ancrer les Vosges dans la catégorie « montagne ». Ce phénomène est révélateur du renversement symbolique qui s’est alors opéré depuis l’époque moderne ; la montagne, et en particulier la haute montagne, est devenue en espace attractif, d’un point de vue social et économique.

Fig. 1 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1872 et 1914.

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DAO : © Claire Milon.

Fig.2 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1872 et 1883.

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DAO : © Claire Milon.

Fig. 3 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1883 et 1893.

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DAO : © Claire Milon.

Fig. 4 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1893 et 1903.

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DAO : © Claire Milon.

Fig. 5 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1903 et 1914.

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DAO : © Claire Milon.

La construction des refuges nous est bien connue : les travaux sont indiqués dans les bulletins, et leur financement documenté. Des projets modestes et d’autres plus ambitieux coexistent : aux deux extrémités de cet éventail se trouvent le refuge de Taubenschlagfelsen édifié par la section de Saverne en 1893 pour 100 marks et la Belchenhaus (maison du ballon), édifice d’hôtellerie au sommet du Ballon de Guebwiller et dont le coût de la construction à partir de 1878 s’élève à 9 863,84 Mark44. Nous observons une effervescence dans les dix dernières années de la période étudiée (1904-1914) : le coût moyen des projets y est plus de trois fois supérieur qu’au cours des trois décennies précédentes45. Ce phénomène signale l’ambition du club à la fin de la période, qui souhaite davantage soigner ses structures d’accueil et son image. Cette tendance indique aussi la bonne santé financière et l’implantation solide du Club Vosgien, les constructions de refuges étant plus coûteuses que la réfection des ruines et châteaux. Il en est de même pour l’édification de belvédères et de tables d’orientation. Un travail cartographique diachronique permet de révéler cette évolution (fig. 2 à 5).

Ce travail cartographique révèle la dynamique de cette implantation : les premières constructions sont situées en bordure du massif, à l’entrée des vallées. Le Club remonte peu à peu ces vallées pour construire au cœur des Vosges, ce qui signifie aussi que les constructions sont situées à des altitudes de plus en plus importantes. Cette double progression, vers le centre du massif et vers les sommets, témoigne d’une « conquête » d’espace de loisir par des urbains46.

La construction de chemins dans le massif

Au-delà de l’édification des abris et refuges, la construction des chemins est particulièrement révélatrice du fonctionnement du club et des logiques à l’œuvre. Plus discrète que la mise en place de nouveaux refuges, la construction de sentiers met en lumière la vie quotidienne des sections et se trouve au cœur même de la randonnée. Son étude permet ainsi de saisir finement les enjeux, les acteurs et les pratiques.

La création et l’entretien des sentiers se situent au cœur de l’activité du club et en constituent le premier poste de dépense : en 1905, par exemple, 53 % du total des dépenses votées en assemblée générale est consacré aux chemins. Le coût moyen de la construction des sentiers du Club Vosgien sur la période s’élève à une dizaine de marks au kilomètre, ce qui représente rapidement des budgets importants pour des chemins pouvant aller jusqu’à 15 ou 20 km. De fait, créer un chemin entraîne bien souvent d’importants travaux de terrassement : déblayer le passage des pierres les plus importantes47, édifier des murs de soutènement48, tailler la roche49 ou construire des escaliers50.

La création de nouveaux chemins soulève la question de la propriété pour des espaces considérés comme naturels ; la propriété se définissant entre autres par le fait de pouvoir exclure des usages ou des personnes51. Le développement de la randonnée soulève ces questions dans des massifs forestiers de montagne, longtemps pensés comme des communs par les populations rurales52. Ce nouvel usage pousse l’État à légiférer, et en 1880, la loi allemande prévoit que les propriétaires de terrains forestiers puissent interdire non seulement la cueillette et la chasse, mais aussi la traversée de leurs propriétés53, le ministre de l’Agriculture promettant de son côté que les forêts dont l’État est propriétaire resteront ouvertes au public54.

Les chemins existants sont protégés par la loi, mais cette législation affecte directement le Club Vosgien, qui doit trouver des solutions lors de la création de nouveaux sentiers. La première solution réside dans l’achat des terrains traversés afin de garantir le droit de passage. Ces achats sont réguliers mais entraînent des coûts importants, comme l’explique la section de Sarrebourg en 1895 : « l’exécution du chemin menant au Rebberg a dû être ajournée, vu qu’elle nécessite l’acquisition d’une bande de terrain55. »

Une autre solution consiste à établir un contrat avec le propriétaire du terrain, contrat écrit et signé devant notaire pour garantir le droit de passage56. Ces contrats sont passés avec les propriétaires, ce qui, dans les agrosystèmes vosgiens57, signifie qu’ils ne sont pas passés avec les personnes vivant et travaillant dans le massif (ces dernières s’inscrivant souvent dans des systèmes d’affermage).

Les sources demeurent souvent discrètes sur les modalités plus concrètes de l’édification des chemins. Un regard plus attentif révèle que les sections délèguent ces travaux à des ouvriers. Ainsi, les comptes de la caisse centrale du Club Vosgien révèlent que 50 marks ont été alloués pour le « secours de l’ouvrier Gandel, victime d’un accident à la construction d’un sentier près du lac Noir58 », quand le rapport de la section de Munster stipule simplement la construction d’un chemin, sans préciser le recours à une main-d’œuvre rémunérée. Le recours des sections à une main-d’œuvre ouvrière apparaît aussi lors de retard pris par les travaux : à deux reprises, des sections déplorent leurs difficultés de recrutement, ce qui reporte la réalisation de nouveaux chemins. La section de Masevaux regrette en 1892 « le manque d’ouvriers en été59 », ce qui semblerait indiquer que ces ouvriers se consacrent aux travaux agricoles estivaux, dans des logiques de pluriactivité courantes au xixsiècle60. Nous pouvons donc faire l’hypothèse d’un recrutement local, dans le massif. Il semblerait que la gestion des travaux soit elle aussi déléguée. Cette organisation transparaît au détour d’une remarque du comité central du club en 1888 :

[le travail d’entretien des sentiers] n’est pas moins méritoire, et il offre souvent plus de difficultés pour les comités que lorsqu’il s’agit de donner en adjudication à un entrepreneur la construction d’un nouveau chemin61.

Déléguer le travail de terrassement, de défrichage voire d’excavation à des ouvriers, et déléguer l’organisation même du chantier à « un entrepreneur » semble donc être la norme pour la mise en place des nouveaux chemins du club. À l’inverse, l’entretien des sentiers déjà existants, est pris en charge par les sections qui doivent coordonner elles-mêmes les travaux. Cette organisation est cohérente avec l’appartenance sociale des membres du Club Vosgien : loin d’être des travailleurs manuels, ils disposent d’un fort capital économique qui définit un ensemble d’attitudes à suivre et leur offre les ressources nécessaires pour se décharger de ces tâches. Cette délégation du travail de construction des infrastructures n’est pas reprise par toutes les associations sportives implantées dans le massif : au même moment, les sociétés de ski et de tourisme issues de la petite bourgeoisie et des classes moyennes, parmi lesquelles les Vosges-Trotters ou le Ski-club Mulhouse, s’investissent pleinement dans la construction et l’entretien de leurs infrastructures62.

D’autres acteurs sont impliqués dans la construction des chemins, qui signalent la proximité entre le Club Vosgien et l’administration, civile et militaire. L’armée collabore en effet avec les sections, dans un intérêt militaire bien compris63, ce qui favorise l’accès du massif aux randonneurs. Les arrangements peuvent par exemple porter sur les financements (une section finançant des travaux réalisés par l’armée64) ou les matières premières. En 1888, la section de Phalsbourg fournit par exemple les matériaux pour que le génie d’un bataillon d’infanterie établisse des ponts sur le Fouquégraben, le Haspelbach et le Nesselbach65. L’accessibilité du massif joue aussi un rôle important pour l’exploitation des forêts. L’administration forestière contribue à la mise en place des chemins et leur entretien : elle en finance certains66 ou est subventionnée par les sections pour l’entretien ou la construction de sentiers67. Toutefois, la force de cette administration réside surtout dans ses capacités coercitives, dont le Club Vosgien bénéficie à plusieurs reprises : l’administration forestière peut en effet contraindre les communes à entretenir les chemins du club (c’est le cas au Hohwald en 189368). Une illustration paradigmatique des liens étroits existant entre le club, l’administration forestière et la justice nous est donnée lors de la construction d’un chemin en 1887 à Ferrette :

Afin de rendre le joli Erdwibelfelsen [les falaises du château de Ferrette] également accessible sur le côté septentrional, on a construit 300 m d’un nouveau sentier dans le Junkerwald avec le concours des personnes condamnées à des prestations pour délits forestiers69.

Armée, administration forestière et justice collaborent donc avec le Club Vosgien pour établir de nouveaux chemins et rendre le massif plus accessible. Ces interactions indiquent aussi l’institutionnalisation du club qui s’est imposé comme un acteur légitime aux yeux de ces administrations.

Des intérêts privés sont aussi à l’œuvre pour ce qui concerne l’édification de ces sentiers. Certains chemins sont ainsi financés par des membres du Club Vosgien. Monsieur A. Scheurer, à Thann, a ainsi « fait construire à ses frais 1 035 m de sentier » en 188970. Les donateurs retirent du prestige social de leur action, et laissent une marque symbolique dans l’espace : les chemins sont souvent baptisés de leurs noms ; c’est le cas du sentier Gustave Orth à Saverne, nommé en 1906 en hommage à l’ancien trésorier de la section, qui a laissé un leg important au club. La construction de sentiers peut aussi rencontrer les intérêts économiques d’autres acteurs. Les hôteliers, en premier lieu, qui publient de nombreuses réclames dans la revue du club (die Vogesen, pour la période 1907-1914). En 1909, la section de Guebwiller verse ainsi 100 marks de subvention « à l’hôtelière de St-Anne, Mademoiselle Hortense Schuller, pour la construction d’un sentier au Bildstorckle dans la vallée de Rimbach71 ». L’essor du tourisme72 et la manne que représentent les randonneurs du club, socialement favorisés, en fait un public stratégique pour les aubergistes du massif qui encouragent donc les activités de l’association, comme la construction de nouveaux chemins.

Ce nouveau marché ne concerne pas seulement l’hôtellerie, mais aussi les transports. L’exemple paroxystique du développement de l’industrie du tourisme dans les Vosges étant probablement constitué par le col de la Schlucht. Ce col, point de passage frontalier reliant Munster à Gérardmer, est desservi dès 1904 par un tramway depuis le versant français et à partir de 1907 depuis Münster (côté allemand). La société de tramway finance en 1905 l’édification d’un sentier reliant le col au sommet du Hohneck. Quelques années plus tard, en 1911, l’inauguration du « sentier des roches » complète le panel d’activités proposées aux touristes en recréant un paysage alpestre, taillé dans les falaises du Hohneck. Les sentiers sont désormais une question économique, au sein d’un nouveau marché.

Des dégradations diverses, témoins de l’hostilité des populations locales

Des actes de vandalisme à l’encontre du matériel installé par le Club Vosgien dans le massif sont mentionnés dès 1874 dans les Mittheilungen, ce qui constitue une source fiable car les sections ne demandent pas de financement de la fédération, mais se plaignent simplement de ces détériorations. Nous distinguons trois temps concernant ces dégradations :

Tab. 2 : Nombre de mentions de dégradations dans les Mittheilungen entre 1872 et 1914

Période Nombre de
mentions de
dégradations dans
les Mittheilungen
1872-1886 5
1887-1901 16
1902-1914 41

Ces récriminations sont assez bien réparties sur le massif puisqu’elles concernent au total vingt sections locales et qu’aucune section ne rapporte de tels incidents à plus de quatre reprises. Le vandalisme concerne avant tout les bancs installés par le club (pour 40 % des plaintes), mais aussi les refuges et panneaux indicateurs (respectivement 26 et 23 % des doléances) ; ces chiffres reflètent avant tout la fréquence avec laquelle les différents équipements sont installés. Si quelques vols sont signalés (la toiture en tôle du refuge du Bastberg par exemple73), la plupart des faits rapportés concernent des destructions et incendies, ce qui semble indiquer moins de l’opportunisme que de l’hostilité. D’autres actions sont résolument symboliques : la tour édifiée au Champ du feu pour célébrer les vingt-cinq ans de la fondation du club est ainsi détériorée en 1903 ; l’aigle surmontant l’édifice est « endommagé à coups de pierres » et les plantations entourant le monument sont saccagées74.

Les auteurs de ces détériorations sont bien souvent inconnus. Les sections accusent les individus « à peine adolescents pour la plupart75 » et les catégories sociales les moins favorisées, comme dans le rapport annuel 1890 de la section de Kaysersberg76 :

Les poteaux indicateurs et les bancs que la section a fait placer en grand nombre ont sans cesse à souffrir de la rage de destruction de certaines classes du peuple. La découverte des malfaiteurs n’est presque jamais possible.

Les coupables sont parfois arrêtés, sans que leur profession ou statut ne soit indiqué, ce qui semblerait signifier que leur position sociale correspond aux attentes des personnes rédigeant les rapports annuels. A contrario, lorsque l’origine sociale des auteurs les déconcerte, celle-ci est alors mentionnée, comme dans le rapport de la section de Bitsch en 1914, qui déplore la destruction d’un banc « par de jeunes garçons77 » et précise :

Un de ces grossiers compagnons se révéla malheureusement être élève dans un établissement d’enseignement supérieur78.

Si le nombre des mentions d’incidents augmente régulièrement entre 1872 et 1901 (elles sont trois fois plus nombreuses entre 1887 et 1901 que sur les quinze années précédentes), il s’accroît fortement dans la dernière décennie, représentant in fine plus des deux tiers des incidents rapportés sur toute la période (tab. 2). Plus qu’une augmentation réelle des actes de vandalisme, cette évolution découle avant tout de l’évolution de la collecte des données, et s’explique par une mesure prise par le club en 1902 : une prime de 20 Mark est alors promise « à quiconque dénoncerait [au Club Vosgien] l’auteur d’un acte de vandalisme contre les travaux exécutés par le Club Vosgien79 ». La somme n’est pas insignifiante, elle correspond à environ quatre journées de travail de 12 h pour un ouvrier. Ces primes versées par la fédération sont aisées à identifier (tab. 3).

Les problèmes rencontrés par le Club Vosgien ne semblent donc pas diminuer après l’introduction de la prime, dont l’efficacité n’apparaît pas clairement ici. Les sections sont toutefois désormais incitées à signaler les dégradations, ce qui explique la tendance observée sur la recension des signalements de dégradations (tab. 2). Les condamnations sont souvent sévères : amendes et prison sont régulièrement infligées aux coupables. La composition du Club Vosgien explique l’efficacité de ces mesures ; les gardes forestiers sont généralement mentionnés comme ayant permis une arrestation, et touchent pour cela la prime promise80, ce rôle étant de fait cohérent avec leurs autres fonctions de contrôle. Par ailleurs, le nombre élevé de membres du club travaillant pour la justice explique sans doute la rigueur des condamnations, qui surprend même au sein de la fédération, comme dans ce cas en 1905 : 

Le tribunal des échevins de Phalsbourg s’est montré particulièrement sévère. Pour la démolition d’un banc, il a octroyé 6 semaines de prison à 2 individus et 2 mois à un troisième81.

Tab. 3 : Budget annuel des « primes de dénonciation » pour le Club Vosgien

Année Somme
(en marks)
Nombre de
dénonciations
1902 40 2
1903 40 2
1904 120 6
1905 90 4 ou 5
1906 40 2
1907 50 2 ou 3
1908 40 2
1909 40 2
1910 100 5
1911 100 5
1912 60 3
1913 20 1
1914 60 3

Ce vandalisme, et la réponse apportée par le club et les institutions à ce problème, sont donc à envisager comme des rapports de classes sociales. L’imposition de la présence des membres du Club Vosgien, temporaire lors des randonnées et permanente par les équipements installés, participe à l’infériorisation et à la mise à la marge de ceux qui vivent en montagne ou à sa proximité, et fait des montagnards et des ruraux des étrangers dans leur propre espace. Cette hostilité est d’ailleurs dirigée vers d’autres touristes, et Benoît Caritey relève des agressions de cyclistes dans le massif à la même époque82. Les enjeux nationaux mis en avant par la littérature sont inséparables des enjeux locaux autour du profil des membres du club. La réquisition des personnes condamnées pour des délits forestiers afin de construire les chemins de club participe de l’animosité de la population, de même que les accords passés entre le club et les propriétaires des terrains, probablement sans consulter les fermiers ou journaliers. De fait, les installations portées par des notables, urbains et en position d’autorité sont rejetées par une partie de la population rurale, appartenant aux classes sociales populaires ou à la jeunesse. Toutefois, l’hostilité à l’encontre du Club Vosgien n’est pas un phénomène unanime et certains habitants du massif voient dans le développement du tourisme une opportunité économique83. Certains travaillent ainsi avec le Club, comme les restaurateurs et aubergistes déjà mentionnés ; la mise en tourisme du massif étant aussi portée par une partie de la population rurale.

Une relation particulière avec les espaces considérés comme naturels

Contrairement à d’autres mouvements de randonnée qui se développent alors en Allemagne, tels que les Naturfreunde ou les Wandervögel84, le Club Vosgien investit donc le massif selon des logiques de propriété, tant d’un point de vue foncier, immobilier que symbolique. Benoît Caritey affirme ainsi que le club considère le massif comme « son terrain exclusif85 ». Ce rapport à l’espace est le fruit d’une perception de l’environnement propre au milieu social de ces acteurs. Cette appropriation, au sens que le droit et la science politique donnent à la propriété, se double d’une appropriation symbolique. Le Club Vosgien impose dès lors des normes, et participe de la création de paysages. L’attention portée au mobilier déployé par le club dans le massif permet d’étudier ces phénomènes.

Impositions de normes et création de paysages : la redéfinition des espaces de montagne

Cet élan passe en particulier par la toponymie : la tour édifiée par le club au Champ-du-feu en 1898 est ainsi baptisée « Hohenlohe-Turm » (du nom du chancelier alors en fonction), alors que, à l’initiative du club, des chênes, colonnes et monuments à Bismarck se multiplient dans le massif. Les Vosges ne sont pas une exception en la matière, une « folie des monuments commémoratifs » s’emparant alors de l’Empire86. Toutefois, ces initiatives participent d’un plus large mouvement toponymique entrepris par le club, qui édifie des monuments et les baptise d’après le nom des personnalités importantes pour l’association. Ce mouvement est particulièrement vivace au sein des sections mais existe aussi à l’échelle fédérale : en 1909, un monument sur le sommet du Mont Sainte-Odile est édifié pour Curt Mündel, qui a œuvré pour établir les cartes publiées par le club87 ; une tour édifiée en 1894 au Climont est baptisée « Juliusturm » en l’honneur de Jules Euting, alors président de la fédération.

La feuille de houx, emblème du club, se répand aussi dans le massif : sur les croix marquant les sommets, dans les roches bordant les chemins… Lorsque ces dernières viennent à manquer, les sections disposent des blocs de granit afin de pouvoir afficher la feuille de houx88. Ce marquage se poursuit avec le balisage des chemins, principalement à l’aide de poteaux en bois portant des plaques métalliques peintes en couleur et à l’huile selon la signalisation choisie89.

Le souci de la toponymie passe aussi par l’affichage des noms des lieux, superflu pour la population locale mais indispensable pour les randonneurs. Sur l’impulsion de la fédération, les sections sont ainsi encouragées à « munir les métairies éloignées d’une enseigne indiquant leur nom pour les rendre plus promptement reconnaissables90 ». Les rapports des années suivantes indiquent que la consigne est effectivement appliquée : à Massevaux, à Münster, etc. Le massif se transforme donc peu à peu pour devenir l’espace des randonneurs et du Club Vosgien.

La randonnée métamorphose le territoire vosgien, physiquement et par les toponymes. Elle transforme aussi la perception même des espaces et la manière d’envisager les territoires de montagne. Une séance extraordinaire de l’assemblée générale du club se réunit le 31 janvier 1897 à Strasbourg pour harmoniser le balisage des sentiers, jusque-là plutôt anarchique91. Est alors décidé le balisage (à l’aide de rectangles rouges) d’une traversée du massif par ses sommets, du nord au sud. Cette « route » découle donc d’une volonté de cohérence et d’unification de la part de la fédération, qui cherche à lier les différentes sections entre elles. Lors de cette même séance, le domaine du club est divisé en huit « districts de chemin », chargés du balisage. Le découpage des districts est révélateur de la pratique de la randonnée : « au lieu de suivre la crête, comme pour les sections, la frontière se trouve dans la vallée92. » De fait, les domaines des sections se déploient depuis une localité, en fond de vallée et remontent les pentes jusqu’à rencontrer, au sommet, le domaine de la section de la vallée adjacente. Cette manière de penser l’espace montagnard, en plaçant en son centre la vallée et les sommets dans sa périphérie est usuelle ; la vie agro-pastorale vosgienne étant organisée dans les vallées, et les sommets exploités seulement en été à partir des marcairies (fermes d’été93). Si les sommets vosgiens participent pleinement du territoire des populations des vallées, ils ne le sont que sur un mode temporaire. La nouvelle division proposée par le club constitue donc un renversement de ce schéma : les lignes de crête se retrouvent désormais au centre, et les frontières se dessinent dans les vallées. Cette organisation originale est rendue nécessaire par les usages des randonneurs, ces derniers plaçant non plus la vallée mais la montagne au centre de leur territoire. Les randonneurs n’arpentent pas le domaine d’une seule section du club, mais déambulent dans le cadre des massifs et des sommets ; le balisage ne peut donc différer d’un versant à l’autre. Cette organisation des randonnées au sein d’un massif et non autour d’une localité est d’autant plus forte que les acteurs se déplacent en train et leurs itinéraires suivent davantage le modèle de la traversée que celui d’une boucle94. Gares de départ et d’arrivée de la randonnée se trouvent le plus souvent dans des localités différentes, ce qui permet aux randonneurs de changer de vallée au cours de leur journée de marche95. La pratique de la randonnée renverse donc la hiérarchie des espaces montagnards, et les structures du club reprennent en partie cette nouvelle perception spatiale.

Le développement de la randonnée est porté par la recherche de la beauté, l’esthétisation de la montagne s’inscrivant dans la longue invention du paysage96. Les Vosges sont alors perçues comme des espaces naturels, bien que le massif ait été anthropisé depuis des siècles et que son aspect soit le produit de l’agropastoralisme97 et des aménagements militaires, y compris pour ce qui concerne le boisement98. Les touristes s’inscrivent de fait dans un paysage essentiellement construit par le regard que leur société pose sur ces espaces : ils voient ce qui a été représenté au préalable99. Par exemple, les Alpes ont tellement structuré les imaginaires européens100 que des « petites Suisses » apparaissent en Europe au xixsiècle (la « Suisse Normande », par exemple).

L’Allemagne se trouve au cœur de cette dynamique, et comptabilise la majorité des cent seize régions qui portent l’étiquette « Suisse », dénombrées par le géographe Irmfried Siedentop101. Les Vosges manquent de falaises pour offrir les paysages alpestres et romantiques que cherchent les randonneurs. L’ouverture en 1911 du chemin des roches s’inscrit dans ce mouvement : l’itinéraire est creusé dans les affleurements du Hohneck, un des rares endroits du massif où des parois apparaissent. Dans le cadre d’un projet économique de mise en tourisme du sommet depuis le col de la Schlucht, il s’agit d’offrir les paysages que les contemporains rattachent à la montagne.

Le romantisme constitue un facteur essentiel de l’esthétisation de la montagne, qui place la nature au centre des représentations et la considère comme « sublime », à la fois effrayante et attirante. La collection de photographies sur plaques de verre constituée par la fédération102 présente des vues des Vosges s’inscrivant pleinement dans cette esthétique : aucun humain n’apparaît sur les paysages, aucune installation industrielle ou agricole. En revanche, les différentes ruines et châteaux sont placés au centre des prises de vue, qui reflètent la vision d’un Moyen Âge fantasmé et héroïsé en cette fin de xixsiècle. Ce médiévalisme est très présent dans le Club Vosgien, qui consacre une grande partie de ses fonds à la sécurisation et la restauration des châteaux et des ruines, afin d’en permettre l’accès au public. Ils constituent bien souvent les objectifs finaux des excursions et des balisages proposés, et marquent le paysage : non seulement par leur présence architecturale (restaurée selon les conceptions du xixsiècle) mais aussi par leur présence toponymique et structurante de la randonnée. Les Vosges, pour les randonneurs, deviennent donc un paysage.

Où s’assoir et où regarder : marcher avec le mobilier du club

Cette appréhension particulière de l’espace vosgien est véhiculée par tout un ensemble d’installations matérielles spécifiques. Les tables d’orientation participent ainsi pleinement de l’éducation des randonneurs et contribuent à imposer et normaliser le regard posé sur les paysages. Quarante tables d’orientation et belvédères sont édifiés par le club au cours des quarante-deux années d’étude et constituent, au même titre que les ruines de châteaux, l’objectif et l’aboutissement des randonnées. Ces points de vue sont situés en hauteur, leur vocation étant de présenter le paysage s’étalant aux pieds de l’observateur ; il s’agit de dominer l’espace observé, selon des logiques relevant là encore de la conquête et de la propriété103.

Un équipement en particulier est massivement installé par le club : le banc. Les bancs ne constituent pas un aménagement anecdotique pour le Club Vosgien, mais représentent au contraire un des équipements les plus fréquemment mis en place par les sections. En 1902, 85 bancs sont répartis sur le domaine de la section de Saverne104 et en 1907, la section du Hohwald note l’« installation de 28 bancs, de sorte que sur les chemins désignés il y a maintenant un banc tous les 500 m105 ». Ces derniers sont parfois en pierre ou en fer forgé106, mais la plupart du temps en bois, ce qui en fait des cibles faciles pour des actes de vandalisme. Ils sont placés le long des chemins, près des refuges, des belvédères ou des tables d’orientation ; c’est-à-dire « en des endroits jouissants d’une belle vue107 », dans des « beaux sites ou des endroits appropriés à une halte108 ». Ces bancs sont donc prescriptifs, ils indiquent aux randonneurs quels espaces peuvent être traversés, quels espaces méritent d’être contemplés ; à tel point que devant certains bancs, la section de Saales indique que « les arbres gênant la vue ont été abattus109 ». Les temps de pauses sont donc pensés comme des moment esthétiques, dédiés à la contemplation du paysage. En retour, admirer le paysage entraîne sa transformation : constructions et déboisements sont au cœur de dynamiques qui ont conduit Catherine Dunlop à comparer l’action du Club Vosgien à celle d’un « jardinier anglais110 ».

La présence de ces bancs est normative à plus d’un titre : elle indique aussi aux randonneurs quel rythme doit être adopté lors de leur excursion. Marcher est une activité forgée socialement, et le résultat d’un apprentissage, d’une socialisation. C’est d’ailleurs en réfléchissant à la marche que Marcel Mauss forge son concept de « technique du corps » :

La position des bras, celle des mains pendant qu’on marche forment une idiosyncrasie sociale, et non simplement un produit de je ne sais quels agencements et mécanismes purement individuels111.

La façon de marcher est socialement construite, et le Club Vosgien, par ses bancs, participe de cette construction, en indiquant aux randonneurs la fréquence admise pour les haltes. La randonnée est en effet une activité se déployant dans un espace public, sur des sentiers fréquentés par d’autres randonneurs et l’activité constitue aussi un lieu de monstration.

Les bancs et les sentiers sont conçus de façon à limiter l’expression visible de l’effort sur les individus. En effet, pour des randonneurs et randonneuses appartenant à la bourgeoisie, il convient de demeurer respectables jusque dans l’effort, ce qui pose une double exigence. Tout d’abord, l’équipement des randonneurs et des randonneuses ne diffère pas fondamentalement de celui de la ville. Il s’agit avant tout de ne pas être confondus avec des vagabonds, le vêtement incarnant immédiatement le statut social112. Les photographies montrent ainsi des hommes en veston, gilet, cravate et pantalon113 et des femmes en jupes longues, souliers vernis et corsets114. Ensuite, il importe de ne pas donner en spectacle sa souffrance physique, ou du moins les signes de son effort : sudation, essoufflement, rougeur du visage. Les sections adaptent donc leurs aménagements pour tenir compte de ces contraintes. Il est parfois précisé que les sentiers sont tracés « en zig zag115 », et cette recherche de la pente la plus douce possible transparaît dans plusieurs rapports, comme lorsque la section de Colmar rapporte en 1889 avoir « déplacé les sentiers aux endroits trop raides116 ». Le Club Vosgien codifie ainsi la randonnée, qui se doit de reposer sur l’endurance et la régularité, en bannissant les efforts plus intenses et brefs. Les membres du Club Vosgien, souvent issus de milieux à fort capital culturel, sont en cela représentatifs des vieilles élites intellectuelles de la fin du xixsiècle, souvent promptes à stigmatiser les exercices soutenus ; élites auxquelles s’opposent alors les jeunes générations issues de la bourgeoisie libérale, plus adeptes des pratiques de forte intensité117.

Cette injonction à ne pas laisser transparaître de fatigue physique tout en comprimant les corps dans des vêtements rigides pèse particulièrement sur les femmes, dont les corsets entravent la liberté de mouvement et gênent la respiration118. Dans ce système de valeurs bourgeoises, la sudation, marqueur d’une activité soutenue, est en outre jugée incompatible avec les normes féminines dominantes, ce qui cantonne les femmes aux activités sportives de faible intensité. Les rapports indiquent parfois explicitement que les bancs ont été installés pour les femmes : « les Dames surtout sauront gré aux membres de la section de l’établissement de trois bancs sur les points pittoresques de la magnifique forêt voisine de Phalsbourg119 », indique par exemple la section de Phalsbourg en 1888. Cette justification atteste tout d’abord de la présence des femmes au sein du club, qui justifie même l’installation d’équipements spécifiques ; elle révèle aussi la double construction sociale à l’œuvre face aux corps. Comme l’expose Gertrud Pfister :

La médecine sportive apprend aux femmes à être le sexe faible et aux hommes à être le sexe fort. Comme ses discours le montrent, le sport semble moins procurer des bénéfices qu’attiser les dangers pour le corps et la santé des femmes120.

C’est bien ce double discours qui transparaît dans le rapport de la section de Phalsbourg : il serait honteux de reconnaître que certains hommes pourraient avoir besoin des bancs, et il est attendu des femmes qu’elles réclament des pauses régulières. Par l’installation de bancs, le Club Vosgien construit non seulement le regard et le rapport que les randonneurs et randonneuses entretiennent avec le paysage, mais il codifie aussi l’expérience corporelle de la randonnée. Les randonneuses, en particulier, se voient ainsi indiquer non seulement où, mais aussi quand il convient d’opérer une halte, ce qui s’inscrit dans des discours et représentations du corps féminin, mais qui relève aussi de l’empêchement physique qu’engendrent les corsets. Le Club Vosgien, par ses installations, établit donc la meilleure façon de marcher.

Conclusion

Le Club Vosgien investit le massif, remontant les vallées et les pentes au long de notre période d’étude, restaurant ruines et châteaux, bâtissant refuges, belvédères, monuments et tables d’orientation. C’est toutefois l’étude de ses aménagements les moins spectaculaires qui nous permet de saisir la complexité des interactions, les enjeux autour de la propriété et la pratique même de la randonnée. La création de chemins et l’installation de bancs permettent ainsi d’étudier les questions de genre, de classe et d’âge qui se jouent dans ce loisir, qui devient progressivement un marché. Dans les Vosges, la randonnée se structure autour de cet acteur majeur qu’est le club, qui assure aussi une fonction prescriptive, indiquant la bonne manière de marcher. Notre étude permet de comprendre les représentations divergentes et les conflits d’usage qui émergent autour de l’utilisation des communs que sont les sentiers et les paysages. Car la montagne, à la grande surprise des notables, urbains, vieux-Allemands du Club Vosgien, n’est pas un espace vide, sauvage et disponible pour leurs loisirs et rêveries.

1 Sébastien Stumpp, « Du bon usage de la randonnée. L’émergence du mouvement excursionniste en Alsace sous le Second Empire », Revue d’histoire du

2 Voir à ce sujet Delphine Moraldo, L’esprit de l’alpinisme. Une sociologie de l’excellence en alpinisme, du xixe siècle au début du xxsiècle, Lyon

3 S. Stumpp, « Du bon usage de la randonnée… », op. cit., p. 189‑205.

4 Ibid.

5 « Wanderer » est ainsi le mot le plus utilisé dans les publications en allemand du club pour désigner les marcheurs. Le traduire par « touriste » (

6 Malheureusement, les archives du comité central du Club Vosgien pour la période 1872-1918 n’existent plus. Joseph-Louis Huck déplorait déjà cette

7 L’exposition au Musée du château des Rohan « Chemin faisant. Marcher à Saverne du 18e au 21e siècle », de juin à novembre 2022, a récemment permis

8 Catherine Bertho-Lavenir, La roue et le stylo : comment nous sommes devenus touristes, Paris, Odile Jacob, 1999.

9 Signalons tout de même le précieux travail de synthèse sur ce sujet : Antoine de Baecque, Une histoire de la marche, Paris, Perrin, 2016.

10 Marie-Françoise Attard-Maraninchi, « L’écrit des Excursionnistes marseillais, écho des montagnes », Amnis. Revue de civilisation contemporaine

11 Steve Hagimont, Pyrénées : une histoire environnementale du tourisme, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2022.

12 C’est toute l’histoire de l’Alsace sur la période qui a été envisagée par ce prisme. Le riche travail de Sébastien Stumpp dresse un panorama

13 Le travail récent de Steve Hagimont sur les Pyrénées montre que ce champ apparaît actuellement dans le paysage scientifique en France : S. Hagimont

14 William Cronon, Nature’s metropolis: Chicago and the Great West, New York, W.W. Norton, 1991.

15 Benoît Vaillot, « L’empreinte écologique de la frontière franco-allemande (1871-1914) », Revue du Rhin supérieur, no 3, 2021, p. 21-40.

16 Ces dernières ont souvent été envisagées comme contexte plutôt que comme catégories d’analyse. Voir S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit.

17 Julien Fuchs et Sébastien Stumpp, « Frontières politiques, frontières symboliques. La difficile implantation des associations sportivo-touristiques

18 Landgericht.

19 Pour une étude plus approfondie de l’évolution du club sur la période, voir Joseph Louis Huck, Les Vosges et le Club Vosgien autour d’un centenaire

20 Idem, « Du bon usage de la randonnée… », op. cit.

21 Bien que ce réseau soit complété durant l’annexion, il ne l’est qu’à la marge. Frank Schwarz, Les usages nouveaux de la montagne dans les

22 Frédéric-Emile Simon, Saverne et ses environs, Strasbourg, Silbermann, 1849, p. 2.

23 D. Moraldo, L’esprit de l’alpinisme…, op. cit. ; Patrick Clastres, « Les guides et leurs alpinistes (et non l’inverse) », Gravir les Alpes du xix

24 Jean-Jacques Waltz (Hansi), Mon village, ceux qui n’oublient pas, Paris, H. Floury, 1913, p. 17.

25 En témoigne la création d’une multitude d’associations de randonnée dans l’Empire entre 1871 et 1914 : les Wandervögel, les Naturfreunde, le

26 J. Fuchs et S. Stumpp, « Frontières politiques, frontières symboliques… », op. cit., p. 87.

27 Voir par exemple à ce sujet les travaux de Catherine Roth sur les Carpates et de Sarah Godard sur le Haut-Adige : Sarah Godard, “Alto Adige”.

28 Les Altdeutsche étaient déjà allemands avant l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Notons quelques exceptions, comme la section de Barr qui connaît un

29 À ce sujet, voir, entre autres, J. Fuchs et S. Stumpp, « Frontières politiques, frontières symboliques… », op. cit., p. 92‑93 ; Michel Herr, « Le

30 « Statuts du Club Vosgien », Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 43, 1909.

31 Rapport de la section de Bouxwiller pour l’année 1906/1907, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 41, 1907.

32 Ces subventions peuvent aller dans les deux sens : la section de Bitche bénéficie ainsi d’un financement de l’administration forestière en 1887

33 C’est le cas en 1887 lorsque la section de Villé entre en conflit avec la municipalité pour la construction d’un sentier « à mi-hauteur de la forêt

34 Cette discrétion dans les sources explique le peu d’intérêt de la recherche pour ce sujet : les femmes ne sont presque jamais mentionnées dans les

35 Rapport du Comité central, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, 1873 et 1878.

36 En 1901, ces sorties sont par exemple mentionnées à deux reprises : la section de Molsheim explique qu’« une excursion en famille fort bien

37 Rapport du Comité central pour l’année 1910/1911, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 45, 1911.

38 Rapport du Comité central pour l’année 1874/1875, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 3, 1875.

39 71 % d’entre eux travaillent pour une administration publique sur la période étudiée. Nous ne disposons de ces informations que pour les membres

40 J. Fuchs et S. Stumpp, « Frontières politiques, frontières symboliques… », op. cit., p. 98.

41 Rapport de la section de Strasbourg pour l’année 1913/1914, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 48, 1914.

42 En attestent les nombreuses réclames présentes dans la revue du club, die Vogesen, pour la période 1907-1914.

43 S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit., 2021, p. 46. Il parle à ce sujet d’un « esprit de propriétaire ».

44 La reconstruction d’un bâtiment neuf dix ans plus tard s’élèvera même à 15 000 marks. VoirMittheilungen aus dem Vogesenclub, no 20, 1887.

45 Passant de 297 marks en moyenne pour la période 1872-1903 à 1018 marks en moyenne pour la période 1904-1914.

46 Pour reprendre l’expression utilisée dans David Blackbourn, The conquest of nature: water, landscape, and the making of modern Germany, New York

47 C’est par exemple ce que relate la section de Colmar en 1889. Rapport de la section de Colmar pour l’année 1888/1889, Mittheilungen aus dem

48 Rapport de la section de Munster pour l’année 1888/1889, ibid.

49 Rapport de la section de Rouffach pour l’année 1888/1889, ibid.

50 « Le sommet du Donon a été rendu accessible par un escalier en blocs de pierre » : Rapport de la section de Schirmeck pour l’année 1897/1898

51 Frédéric Graber et Fabien Locher, « Jouir et posséder. Environnement et propriété dans l’histoire », dans Eadem (dir.), Posséder la nature :

52 Fabien Locher, « Introduction », dans Idem (dir.), La nature en communs : ressources, environnement et communautés (France et Empire français xviie

53 Jeffrey K. Wilson, The German Forest: Nature, Identity, and the Contestation of a National Symbol, 1871-1914, Toronto, University of Toronto Press

54 Ibid., p. 84.

55 Rapport de la section de Sarrebourg pour l’année 1894/1895, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 28, 1895.

56 Le président du Club Vosgien signe ainsi un contrat avec un propriétaire de Murbach en 1895, « en vertu duquel la section de Guebwiller est

57 Voir à ce sujet les travaux de Jean-Baptiste Ortlieb et sa contribution dans le présent dossier.

58 La somme correspond à deux semaines de travail, pour un salaire ouvrier moyen : « Comptabilité de l’année 1884-1885 », Mittheilungen aus dem

59 Rapport de la section de Massevaux pour l’année 1891/1892, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 25, 1892. Le manque d’ouvriers est aussi indiqué

60 Cette pluriactivité à l’échelle annuelle pouvant aussi se déployer sur une journée ou une semaine : Corine Maitte et Didier Terrier, Les rythmes du

61 Rapport du Comité central pour l’année 1887/1888, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 20, 1887.

62 S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit., 2021, p. 46.

63 Voir à ce sujet la thèse de B. Vaillot, Aux portes de la nation…, op. cit., « Chapitre 2 : Séparer les nations ».

64 Plusieurs cas sont mentionnés, par exemple en 1900 : la section du Lac Blanc finance les travaux pour l’établissement d’un chemin entre le Lac

65 Il s’agit du 3e bataillon du 99e régiment d’infanterie : Rapport de la section de Phalsbourg pour l’année 1888/1889, Mittheilungen aus dem

66 C’est le cas en 1908 pour le chemin reliant la gare de La Vancelle au Haut-Koenisgbourg.

67 Les exemples sont nombreux, la section de Strasbourg subventionne régulièrement des sous-inspecteurs ou conservateurs des forêts pour la mise en

68 « Sur l’initiative de l’administration forestière, plusieurs chemins du club au Heidenkopf, de même que de Labroque conduisant par le Welschbruch

69 Rapport de la section de Ferrette pour l’année 1887/1888, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 21, 1888.

70 Rapport de la section de Thann pour l’année 1889/1890, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 23, 1890. C’est aussi le cas en 1893 à Guebwiller, où

71 Rapport de la section de Guebwiller pour l’année 1908/1909, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 43, 1909.

72 Sur le développement du tourisme dans les Vosges, voir Jean-Claude Richez, « Les Vosges comme espace de loisir au xixsiècle », dans Idem et

73 Rapport de la section de Bouxwiller pour l’année 1900/1901, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 35, 1901.

74 Rapport de la section de Rothau pour l’année 1902/1903, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 37, 1903.

75 Rapport du Comité central pour l’année 1902/1903, ibid.

76 Rapport de la section de Kaysersberg pour l’année 1889/1890, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 23, 1890.

77 Rapport de la section de Bitsch pour l’année 1913/1914, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 48, 1914.

78 « Schüler einer höheren Lehranstalt ».

79 Rapport du Comité central pour l’année 1901/1902, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 36, 1902.

80 C’est ce que l’on peut lire par exemple dans le rapport de la section de Ferrette pour l’année 1902/1903, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 37

81 Rapport du Comité central pour l’année 1904/1905, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 39, 1905.

82 Benoît Caritey, « La production d’une définition touristique du territoire : source de conflits (1872-1939) », dans Annie Bleton-Ruget et Françoise

83 Steve Hagimont appelle ainsi à considérer les populations montagnardes comme actrices du tourisme, dans Pyrénées…, op. cit., 2022, p. 15.

84 Ces mouvements s’adressent respectivement aux ouvriers et à la jeunesse. Ces organisations rencontrent de grandes difficultés pour s’implanter en

85 Benoît Caritey, « Sport et tourisme en Alsace. Définition des lieux comme enjeu de luttes (1870-1914) », dans Bernard Michon et Thierry Terret (dir

86 Peter Springer, Das letzte Nationaldenkmal . Bismarck am Rhein : ein Monument, das nie gebaut wurde, Cologne, Böhlau Verlag, 2013, p. 40.

87 Curt Mündel est mort en 1906. Rapport du Comité central pour l’année 1908/1909, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 43, 1909.

88 Il en est ainsi « au-dessous de Trois Epis » : la section de Turckheim place des blocs de granit gravés au bord du sentier. Rapport de la section

89 L’uniformisation tardive du balisage entraîne la cohabitation d’une multitude de supports (en zinc, en fer, en bois, en tôle) et de symboles, ce

90 Rapport du Comité central pour l’année 1902/1903, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 37, 1903.

91 Rapport du Comité central pour l’année 1896/1897, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 30, 1897.

92 Ibid.

93 C’est d’ailleurs cette exploitation pastorale qui a valu aux sommets vosgiens leur déboisement. Voir Jean-Baptiste Ortlieb, « Du paysage à l’

94 L’impératif de randonner en revenant à son point de départ n’émerge qu’avec la civilisation automobile, dans la deuxième moitié du xxsiècle : il

95 Cette pratique est rendue possible par la mise en place de « billets circulaires » par la Direction générale des chemins de fer d’Alsace-Lorraine.

96 Depuis sa création au xvisiècle pour désigner l’arrière-plan des tableaux, la signification du terme « paysage » a beaucoup évolué. Voir Anne

97 Les hautes chaumes sont un « milieu fortement anthropisé », d’après J.-B. Ortlieb, « Du paysage à l’environnement… », op. cit., p. 2.

98 B. Vaillot, « L’empreinte écologique… », opcit.

99 A. Cauquelin, L’invention du paysage…, op. cit., 2013.

100 François Walter, « La montagne alpine : un dispositif esthétique et idéologique à l’échelle de l’Europe », Revue d’histoire moderne & con

101 Irmfried Siedentop, « Die Schweizen – eine fremdenverkehrsgeographische Dokumen-tation », Zeitschrift für Wirtschaftsgeographie, vol. 28, 1984, p.

102 Archives privées de la fédération du Club Vosgien. Archives non référencées, conservées au siège de la fédération, Strasbourg.

103 Ces tours belvédères constituent d’ailleurs aussi des « dispositifs de surveillance militaire ». Voir Sébastien Stumpp, « Le sport, cela sert

104 Rapport de la section de Saverne pour l’année 1901/1902, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 36, 1902.

105 Rapport de la section du Hohwald pour l’année 1906/1907, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 41, 1907.

106 Au Käsberg, les bancs installés par la section de Bouxwiller sont en pierre : Rapport de la section de Bouxwiller pour l’année 1900/1901

107 Rapport de la section de Massevaux pour l’année 1902/1903, no 37, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, 1903.

108 Rapport de la section de Munster pour l’année 1902/1903, Ibid.

109 Rapport de la section de Saales pour l’année 1903/1904, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 38, 1904.

110 Catherine Tatiana Dunlop, Cartophilia: Maps and the Search for Identity in the French-German Borderland, Chicago, The University of Chicago Press

111 Marcel Mauss, « Les techniques du corps », Journal de Psychologie, no 32, 1934, p. 3.

112 Lou Taylor, « The Several Lives of a Collection of Rag Dump Clothing from Normandy (1900–55): From Farm, to Dump, to Poverty Chic », Fashion

113 Ce qui correspond au costume masculin classique depuis les années 1870. Voir Farid Chenoune, Des modes et des hommes : deux siècles d’élégance

114 Ce qui correspond là aussi aux critères du costume féminin pour la période. Voir François-Marie Grau, « De 1850 à 1890 » et « De 1890 à 1939 »

115 Littéralement « zick-zack », dans : Rapport de la section d’Ornetal pour l’année 1910/1911, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 45, 1911.

116 Rapport de la section de Colmar pour l’année 1888/1889, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 22, 1889.

117 Olivier Hoibian, Les alpinistes en France, 1870-1950 : une histoire culturelle, Paris, L’Harmattan, 2000.

118 Sur la question, voir Valerie Steele, The Corset: A Cultural History, New Haven, Yale University Press, 2001 et Manuel Charpy, « Craze and Shame:

119 Rapport de la section de Phalsbourg pour l’année 1887/1888, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 21, 1888.

120 Gertrud Pfister, « Activités physiques, santé et construction des différences de genre en Allemagne », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 23, 2006

Notes

1 Sébastien Stumpp, « Du bon usage de la randonnée. L’émergence du mouvement excursionniste en Alsace sous le Second Empire », Revue d’histoire du xixsiècle, no 55, 2017, p. 189‑205.

2 Voir à ce sujet Delphine Moraldo, L’esprit de l’alpinisme. Une sociologie de l’excellence en alpinisme, du xixe siècle au début du xxsiècle, Lyon, ENS Éditions (« Sociétés, Espaces, Temps »), 2021, et Delphine Debons, Patrick Clastres et Jean-François Pitteloup, Gravir les Alpes du xixsiècle à nos jours. Pratiques, émotions, imaginaires, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021.

3 S. Stumpp, « Du bon usage de la randonnée… », op. cit., p. 189‑205.

4 Ibid.

5 « Wanderer » est ainsi le mot le plus utilisé dans les publications en allemand du club pour désigner les marcheurs. Le traduire par « touriste » (Tourist) ou « excursionniste » (Ausflügler) serait plus fidèle au français contemporain des sources, mais ne permet pas de rendre compte de l’apparition du nouveau terme allemand, rattaché à la diffusion nouvelle de ce loisir. Dans une langue où existent les mots « Tourist » et « Ausflügler », l’apparition du « randonneur » est en effet un élément notable.

6 Malheureusement, les archives du comité central du Club Vosgien pour la période 1872-1918 n’existent plus. Joseph-Louis Huck déplorait déjà cette situation en 1972  : Joseph Louis Huck, « Le Club Vosgien de 1872 à 1918 », Les Vosges et le Club Vosgien autour d’un centenaire 1872-1972, Strasbourg, Club Vosgien, 1972, p. 233‑255.

7 L’exposition au Musée du château des Rohan « Chemin faisant. Marcher à Saverne du 18e au 21e siècle », de juin à novembre 2022, a récemment permis de mettre en valeur ces collections. J’ai eu la chance de pouvoir accéder aux collections du musée dans le cadre d’interventions entourant cette exposition.

8 Catherine Bertho-Lavenir, La roue et le stylo : comment nous sommes devenus touristes, Paris, Odile Jacob, 1999.

9 Signalons tout de même le précieux travail de synthèse sur ce sujet : Antoine de Baecque, Une histoire de la marche, Paris, Perrin, 2016.

10 Marie-Françoise Attard-Maraninchi, « L’écrit des Excursionnistes marseillais, écho des montagnes », Amnis. Revue de civilisation contemporaine Europes/Amériques, no 1, 2004, en ligne, DOI : <https://doi.org/10.4000/amnis.1067> ; Jean-Louis Parisis et Michel Péraldi, « La ligne bleue des Alpilles. Le mouvement excursionniste à Marseille (1870-1914) », Recherches, no 45, 1981, p. 15-57.

11 Steve Hagimont, Pyrénées : une histoire environnementale du tourisme, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2022.

12 C’est toute l’histoire de l’Alsace sur la période qui a été envisagée par ce prisme. Le riche travail de Sébastien Stumpp dresse un panorama complet des questions politiques dans le sport sur cet espace : Sébastien Stumpp, Annexer les corps : une histoire sociale et politique du sport dans l’Alsace allemande (1871-1914), Neuilly, Atlande, 2021.

13 Le travail récent de Steve Hagimont sur les Pyrénées montre que ce champ apparaît actuellement dans le paysage scientifique en France : S. Hagimont, Pyrénées…, op. cit.

14 William Cronon, Nature’s metropolis: Chicago and the Great West, New York, W.W. Norton, 1991.

15 Benoît Vaillot, « L’empreinte écologique de la frontière franco-allemande (1871-1914) », Revue du Rhin supérieur, no 3, 2021, p. 21-40.

16 Ces dernières ont souvent été envisagées comme contexte plutôt que comme catégories d’analyse. Voir S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit.

17 Julien Fuchs et Sébastien Stumpp, « Frontières politiques, frontières symboliques. La difficile implantation des associations sportivo-touristiques allemandes en Alsace avant 1914 », Revue d’histoire moderne contemporaine, no 60-3, 2013, p. 86-109.

18 Landgericht.

19 Pour une étude plus approfondie de l’évolution du club sur la période, voir Joseph Louis Huck, Les Vosges et le Club Vosgien autour d’un centenaire 1872-1972, Strasbourg, Club Vosgien, 1972 ; S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit., 2021.

20 Idem, « Du bon usage de la randonnée… », op. cit.

21 Bien que ce réseau soit complété durant l’annexion, il ne l’est qu’à la marge. Frank Schwarz, Les usages nouveaux de la montagne dans les Hautes-Vosges. De la fin du Second Empire à la veille de la Première Guerre mondiale, mémoire de maîtrise en histoire contemporaine, Université Marc Bloch de Strasbourg, 2002, p. 180‑183. Cité par S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit., p. 89.

22 Frédéric-Emile Simon, Saverne et ses environs, Strasbourg, Silbermann, 1849, p. 2.

23 D. Moraldo, L’esprit de l’alpinisme…, op. cit. ; Patrick Clastres, « Les guides et leurs alpinistes (et non l’inverse) », Gravir les Alpes du xixsiècle à nos jours. Pratiques, émotions, imaginaires, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021, p. 14.

24 Jean-Jacques Waltz (Hansi), Mon village, ceux qui n’oublient pas, Paris, H. Floury, 1913, p. 17.

25 En témoigne la création d’une multitude d’associations de randonnée dans l’Empire entre 1871 et 1914 : les Wandervögel, les Naturfreunde, le Verband Deutscher Gebirgs- und Wandervereine (Verband Deutscher Touristenvereine avant 1908), entre autres.

26 J. Fuchs et S. Stumpp, « Frontières politiques, frontières symboliques… », op. cit., p. 87.

27 Voir par exemple à ce sujet les travaux de Catherine Roth sur les Carpates et de Sarah Godard sur le Haut-Adige : Sarah Godard, “Alto Adige”. Italianisation et intégration du territoire du Haut-Adige/Tyrol du Sud au royaume d’Italie 1919-1940, mémoire de master d’histoire, Lettres Sorbonne Université, 2019, et Catherine Roth, Naturaliser la montagne ? Le Club Carpatique Transylvain, xixe-xxsiècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2022.

28 Les Altdeutsche étaient déjà allemands avant l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Notons quelques exceptions, comme la section de Barr qui connaît un grand succès en termes d’adhésions, ce qui s’explique par un recrutement ciblé auprès d’Alsaciens. Source : J. L. Huck, « Le Club Vosgien de 1872 à 1918 », op. cit., p. 236.

29 À ce sujet, voir, entre autres, J. Fuchs et S. Stumpp, « Frontières politiques, frontières symboliques… », op. cit., p. 92‑93 ; Michel Herr, « Le Club Vosgien, histoire régionale d’une association, aspects politiques et culturels », dans Sport, éducation et art, xixe-xxsiècles, Paris, CTHS, 1996, p. 348 ; Benoît Vaillot, Aux portes de la nation. Une histoire par en bas de la frontière franco-allemande (1871-1914), thèse de doctorat d’histoire contemporaine, Institut universitaire européen, Florence, 2021, p. 524.

30 « Statuts du Club Vosgien », Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 43, 1909.

31 Rapport de la section de Bouxwiller pour l’année 1906/1907, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 41, 1907.

32 Ces subventions peuvent aller dans les deux sens : la section de Bitche bénéficie ainsi d’un financement de l’administration forestière en 1887 pour installer des bancs, et la même année, la section de Strasbourg verse 100 marks à M. Kaysing, sous-inspecteur des forêts, pour l’installation de panneaux indicateurs. Voir le rapport de la section de Bitche pour l’année 1887/1888 et le rapport de la section de Strasbourg pour l’année 1887/1888, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 21, 1888.

33 C’est le cas en 1887 lorsque la section de Villé entre en conflit avec la municipalité pour la construction d’un sentier « à mi-hauteur de la forêt de Schlestadt, en amont de la Wancelle ». Une nouvelle demande est alors adressée avec le soutien de l’administration forestière supérieure « qui trouve la construction de ce sentier dans l’intérêt de la protection des forêts » à l’autorité municipale de Schlestadt. Voir le rapport de la section de Villé pour l’année 1886/1887, dans Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 20, 1887.

34 Cette discrétion dans les sources explique le peu d’intérêt de la recherche pour ce sujet : les femmes ne sont presque jamais mentionnées dans les travaux portant sur les premières années du Club Vosgien, certains auteurs affirmant même que le recrutement du club est « exclusivement masculin », comme B. Vaillot, Aux portes de la nation…, op. cit., 2021, p. 524.

35 Rapport du Comité central, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, 1873 et 1878.

36 En 1901, ces sorties sont par exemple mentionnées à deux reprises : la section de Molsheim explique qu’« une excursion en famille fort bien fréquentée a été entreprise en été à Guirbade » ; il en est de même pour la section de Metz. Voir le Rapport de la section de Metz pour l’année 1900/1901 et le rapport de la section de Molsheim pour l’année 1900/1901, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 35, 1901.

37 Rapport du Comité central pour l’année 1910/1911, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 45, 1911.

38 Rapport du Comité central pour l’année 1874/1875, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 3, 1875.

39 71 % d’entre eux travaillent pour une administration publique sur la période étudiée. Nous ne disposons de ces informations que pour les membres des instances dirigeantes des sections locales, ce qui induit certains biais de surreprésentation des catégories sociales considérées comme les plus légitimes (au détriment par exemple des classes sociales populaires, des femmes ou des jeunes). Cependant, ces données étant celles des sections et non des simples instances de la fédération, elles nous permettent de nous approcher des structures locales du club.

40 J. Fuchs et S. Stumpp, « Frontières politiques, frontières symboliques… », op. cit., p. 98.

41 Rapport de la section de Strasbourg pour l’année 1913/1914, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 48, 1914.

42 En attestent les nombreuses réclames présentes dans la revue du club, die Vogesen, pour la période 1907-1914.

43 S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit., 2021, p. 46. Il parle à ce sujet d’un « esprit de propriétaire ».

44 La reconstruction d’un bâtiment neuf dix ans plus tard s’élèvera même à 15 000 marks. Voir Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 20, 1887.

45 Passant de 297 marks en moyenne pour la période 1872-1903 à 1018 marks en moyenne pour la période 1904-1914.

46 Pour reprendre l’expression utilisée dans David Blackbourn, The conquest of nature: water, landscape, and the making of modern Germany, New York, Norton, 2006.

47 C’est par exemple ce que relate la section de Colmar en 1889. Rapport de la section de Colmar pour l’année 1888/1889, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 22, 1889.

48 Rapport de la section de Munster pour l’année 1888/1889, ibid.

49 Rapport de la section de Rouffach pour l’année 1888/1889, ibid.

50 « Le sommet du Donon a été rendu accessible par un escalier en blocs de pierre » : Rapport de la section de Schirmeck pour l’année 1897/1898, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 32, 1898.

51 Frédéric Graber et Fabien Locher, « Jouir et posséder. Environnement et propriété dans l’histoire », dans Eadem (dir.), Posséder la nature : environnement et propriété dans l’histoire, Paris, Éditions Amsterdam, 2018.

52 Fabien Locher, « Introduction », dans Idem (dir.), La nature en communs : ressources, environnement et communautés (France et Empire français xviie-xxisiècles), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2020.

53 Jeffrey K. Wilson, The German Forest: Nature, Identity, and the Contestation of a National Symbol, 1871-1914, Toronto, University of Toronto Press, 2012, p. 63.

54 Ibid., p. 84.

55 Rapport de la section de Sarrebourg pour l’année 1894/1895, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 28, 1895.

56 Le président du Club Vosgien signe ainsi un contrat avec un propriétaire de Murbach en 1895, « en vertu duquel la section de Guebwiller est autorisée à établir un sentier passant par les prés dudit propriétaire et conduisant de Murbach au Neuweg ». Voir « Rapport du comité central pour l’année 1894/1895 », ibid.

57 Voir à ce sujet les travaux de Jean-Baptiste Ortlieb et sa contribution dans le présent dossier.

58 La somme correspond à deux semaines de travail, pour un salaire ouvrier moyen : « Comptabilité de l’année 1884-1885 », Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 18, 1885.

59 Rapport de la section de Massevaux pour l’année 1891/1892, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 25, 1892. Le manque d’ouvriers est aussi indiqué comme cause de retard des travaux dans le rapport de la section de Lapoutroie pour l’année 1901/1902, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 36, 1902.

60 Cette pluriactivité à l’échelle annuelle pouvant aussi se déployer sur une journée ou une semaine : Corine Maitte et Didier Terrier, Les rythmes du labeur : enquête sur le temps de travail en Europe occidentale, xive-xixsiècle, Paris, La Dispute, 2020.

61 Rapport du Comité central pour l’année 1887/1888, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 20, 1887.

62 S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit., 2021, p. 46.

63 Voir à ce sujet la thèse de B. Vaillot, Aux portes de la nation…, op. cit., « Chapitre 2 : Séparer les nations ».

64 Plusieurs cas sont mentionnés, par exemple en 1900 : la section du Lac Blanc finance les travaux pour l’établissement d’un chemin entre le Lac Blanc et le « château Hans », travaux entrepris par le 15e bataillon du génie : Rapport de la section du lac Blanc pour l’année 1899/1900, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 34, 1900.

65 Il s’agit du 3e bataillon du 99e régiment d’infanterie : Rapport de la section de Phalsbourg pour l’année 1888/1889, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, 1889. Là encore, il ne s’agit pas d’un cas isolé et d’autres exemples apparaissent dans les sources.

66 C’est le cas en 1908 pour le chemin reliant la gare de La Vancelle au Haut-Koenisgbourg.

67 Les exemples sont nombreux, la section de Strasbourg subventionne régulièrement des sous-inspecteurs ou conservateurs des forêts pour la mise en place de nouveaux chemins. Un exemple parmi d’autres, dans le rapport de la section de Strasbourg pour l’année 1902/1903, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 37, 1903 : « 100 M ont été mis à la disposition de M. Seybold, conservateur des forêts à Barr, pour la restauration des chemins de Bernstein-Ortenburg-Val de Villé ».

68 « Sur l’initiative de l’administration forestière, plusieurs chemins du club au Heidenkopf, de même que de Labroque conduisant par le Welschbruch, Sutt et Rothlach au Hohwald, ont été nettoyés et réparés par les communes intéressées » : Rapport de la section d’Obernai pour l’année 1893/1894, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 27, 1894.

69 Rapport de la section de Ferrette pour l’année 1887/1888, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 21, 1888.

70 Rapport de la section de Thann pour l’année 1889/1890, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 23, 1890. C’est aussi le cas en 1893 à Guebwiller, où un certain M. Bühler, ingénieur-architecte de gouvernement à Niederlaucher prolonge un sentier. Voir le rapport de la section de Guebwiller pour l’année 1892/1893, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 26, 1893.

71 Rapport de la section de Guebwiller pour l’année 1908/1909, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 43, 1909.

72 Sur le développement du tourisme dans les Vosges, voir Jean-Claude Richez, « Les Vosges comme espace de loisir au xixsiècle », dans Idem et Alfred Wahl, Sports et loisirs en Alsace au xxsiècle, Paris, Revue EPS, 1994, p. 90-102.

73 Rapport de la section de Bouxwiller pour l’année 1900/1901, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 35, 1901.

74 Rapport de la section de Rothau pour l’année 1902/1903, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 37, 1903.

75 Rapport du Comité central pour l’année 1902/1903, ibid.

76 Rapport de la section de Kaysersberg pour l’année 1889/1890, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 23, 1890.

77 Rapport de la section de Bitsch pour l’année 1913/1914, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 48, 1914.

78 « Schüler einer höheren Lehranstalt ».

79 Rapport du Comité central pour l’année 1901/1902, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 36, 1902.

80 C’est ce que l’on peut lire par exemple dans le rapport de la section de Ferrette pour l’année 1902/1903, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 37, 1903. En 1902, c’est un employé communal à la voierie, nommé Voyer qui permet l’arrestation de coupables à Riquewihr : Rapport de la section de Riquewihr pour l’année 1901/1902, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 36, 1902.

81 Rapport du Comité central pour l’année 1904/1905, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 39, 1905.

82 Benoît Caritey, « La production d’une définition touristique du territoire : source de conflits (1872-1939) », dans Annie Bleton-Ruget et Françoise Fortunet (dir.), Producteurs de territoires conjonctures, acteurs, institutions, xixe-xxsiècles, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2003, p. 49.

83 Steve Hagimont appelle ainsi à considérer les populations montagnardes comme actrices du tourisme, dans Pyrénées…, op. cit., 2022, p. 15.

84 Ces mouvements s’adressent respectivement aux ouvriers et à la jeunesse. Ces organisations rencontrent de grandes difficultés pour s’implanter en Alsace, comme l’exposent Julien Fuchs et Sébastien Stumpp dans « Frontières politiques, frontières symboliques… », op. cit., p. 96.

85 Benoît Caritey, « Sport et tourisme en Alsace. Définition des lieux comme enjeu de luttes (1870-1914) », dans Bernard Michon et Thierry Terret (dir.), Pratiques sportives et identités locales, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 37.

86 Peter Springer, Das letzte Nationaldenkmal . Bismarck am Rhein : ein Monument, das nie gebaut wurde, Cologne, Böhlau Verlag, 2013, p. 40.

87 Curt Mündel est mort en 1906. Rapport du Comité central pour l’année 1908/1909, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 43, 1909.

88 Il en est ainsi « au-dessous de Trois Epis » : la section de Turckheim place des blocs de granit gravés au bord du sentier. Rapport de la section du Türkheim pour l’année 1894/1895, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 28, 1895.

89 L’uniformisation tardive du balisage entraîne la cohabitation d’une multitude de supports (en zinc, en fer, en bois, en tôle) et de symboles, ce qui complique la lisibilité du marquage pour les randonneurs. Les sections se plaignent régulièrement de la situation.

90 Rapport du Comité central pour l’année 1902/1903, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 37, 1903.

91 Rapport du Comité central pour l’année 1896/1897, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 30, 1897.

92 Ibid.

93 C’est d’ailleurs cette exploitation pastorale qui a valu aux sommets vosgiens leur déboisement. Voir Jean-Baptiste Ortlieb, « Du paysage à l’environnement : le massif du Rossberg aux périodes médiévale et moderne », Revue d’Alsace, no 145, 2019, p. 109-134, et sa participation dans ce dossier, en particulier p. 89.

94 L’impératif de randonner en revenant à son point de départ n’émerge qu’avec la civilisation automobile, dans la deuxième moitié du xxsiècle : il devient alors nécessaire de retrouver son véhicule à la fin de l’excursion.

95 Cette pratique est rendue possible par la mise en place de « billets circulaires » par la Direction générale des chemins de fer d’Alsace-Lorraine. Voir Frank Schwarz, Les usages nouveaux de la montagne…, op. cit., p. 175-176, cité par S. Stumpp, Annexer les corps…, op. cit., p. 89.

96 Depuis sa création au xvisiècle pour désigner l’arrière-plan des tableaux, la signification du terme « paysage » a beaucoup évolué. Voir Anne Cauquelin, L’invention du paysage…, Paris, Presses universitaires de France, 2013.

97 Les hautes chaumes sont un « milieu fortement anthropisé », d’après J.-B. Ortlieb, « Du paysage à l’environnement… », op. cit., p. 2.

98 B. Vaillot, « L’empreinte écologique… », opcit.

99 A. Cauquelin, L’invention du paysage…, op. cit., 2013.

100 François Walter, « La montagne alpine : un dispositif esthétique et idéologique à l’échelle de l’Europe », Revue d’histoire moderne & contemporaine, no 52-2, 2005, p. 64-87, en ligne : <https://doi.org/10.3917/rhmc.522.0064>.

101 Irmfried Siedentop, « Die Schweizen – eine fremdenverkehrsgeographische Dokumen-tation », Zeitschrift für Wirtschaftsgeographie, vol. 28, 1984, p. 126-130.

102 Archives privées de la fédération du Club Vosgien. Archives non référencées, conservées au siège de la fédération, Strasbourg.

103 Ces tours belvédères constituent d’ailleurs aussi des « dispositifs de surveillance militaire ». Voir Sébastien Stumpp, « Le sport, cela sert aussi à faire la guerre », dans Idem, Annexer les corps…, op. cit., p. 172-176.

104 Rapport de la section de Saverne pour l’année 1901/1902, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 36, 1902.

105 Rapport de la section du Hohwald pour l’année 1906/1907, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 41, 1907.

106 Au Käsberg, les bancs installés par la section de Bouxwiller sont en pierre : Rapport de la section de Bouxwiller pour l’année 1900/1901, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 35, 1901. Par ailleurs, « trois bancs en fer forgé ont été installés en l’endroit dit Winkel à Hüsseren–Wesserling », dans : Rapport de la section de St Amarin pour l’année 1896/1897, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 30, 1897.

107 Rapport de la section de Massevaux pour l’année 1902/1903, no 37, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, 1903.

108 Rapport de la section de Munster pour l’année 1902/1903, Ibid.

109 Rapport de la section de Saales pour l’année 1903/1904, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 38, 1904.

110 Catherine Tatiana Dunlop, Cartophilia: Maps and the Search for Identity in the French-German Borderland, Chicago, The University of Chicago Press, 2016, p. 140.

111 Marcel Mauss, « Les techniques du corps », Journal de Psychologie, no 32, 1934, p. 3.

112 Lou Taylor, « The Several Lives of a Collection of Rag Dump Clothing from Normandy (1900–55): From Farm, to Dump, to Poverty Chic », Fashion Studies, vol. 1, no 1, 2018, p. 1-38.

113 Ce qui correspond au costume masculin classique depuis les années 1870. Voir Farid Chenoune, Des modes et des hommes : deux siècles d’élégance masculine, Paris, Flammarion, 1993.

114 Ce qui correspond là aussi aux critères du costume féminin pour la période. Voir François-Marie Grau, « De 1850 à 1890 » et « De 1890 à 1939 », Histoire du costume, Paris, Presses universitaires de France, 2007, p. 85-102.

115 Littéralement « zick-zack », dans : Rapport de la section d’Ornetal pour l’année 1910/1911, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 45, 1911.

116 Rapport de la section de Colmar pour l’année 1888/1889, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 22, 1889.

117 Olivier Hoibian, Les alpinistes en France, 1870-1950 : une histoire culturelle, Paris, L’Harmattan, 2000.

118 Sur la question, voir Valerie Steele, The Corset: A Cultural History, New Haven, Yale University Press, 2001 et Manuel Charpy, « Craze and Shame: Rubber Clothing during the Nineteenth Century in Paris, London, and New York City », Fashion Theory, vol. 16, no 4, 2012, p. 433-460.

119 Rapport de la section de Phalsbourg pour l’année 1887/1888, Mittheilungen aus dem Vogesenclub, no 21, 1888.

120 Gertrud Pfister, « Activités physiques, santé et construction des différences de genre en Allemagne », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 23, 2006, p. 45-73.

Illustrations

Fig. 1 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1872 et 1914.

Fig. 1 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1872 et 1914.

DAO : © Claire Milon.

Fig.2 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1872 et 1883.

Fig.2 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1872 et 1883.

DAO : © Claire Milon.

Fig. 3 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1883 et 1893.

Fig. 3 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1883 et 1893.

DAO : © Claire Milon.

Fig. 4 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1893 et 1903.

Fig. 4 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1893 et 1903.

DAO : © Claire Milon.

Fig. 5 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1903 et 1914.

Fig. 5 : Implantation des installations construites par le Club Vosgien entre 1903 et 1914.

DAO : © Claire Milon.

References

Bibliographical reference

Claire Milon, « Les premières années du club vosgien (1872-1914). Étude d’une appropriation du massif vosgien à travers la randonnée », Source(s) – Arts, Civilisation et Histoire de l’Europe, 21 | 2023, 101-127.

Electronic reference

Claire Milon, « Les premières années du club vosgien (1872-1914). Étude d’une appropriation du massif vosgien à travers la randonnée », Source(s) – Arts, Civilisation et Histoire de l’Europe [Online], 21 | 2023, Online since 15 février 2024, connection on 25 juillet 2024. URL : https://www.ouvroir.fr/sources/index.php?id=853

Author

Claire Milon

Agrégée d’histoire et normalienne, doctorante à l’université de Strasbourg (UR 3400 ARCHE) et attachée temporaire d’enseignement-recherche (ATER) de l’université Toulouse-Jean Jaurès / Claire Milon studied at the École Normale Supérieure and is a recipient of the French agrégation in history. She is a PhD. candidate at the University of Strasbourg (UR 3400 ARCHE) and a teaching and research assistant at the University Toulouse-Jean Jaurès / Claire Milon ist agrégée in Geschichte und hat an der École Normale Supérieure studiert. Sie ist Doktorandin an der Universität Straßburg (UR 3400 ARCHE) und Lehr- und Forschungsbeauftragte auf Zeit an der Universität Toulouse-Jean Jaurès.

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