Éditorial

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Une nouvelle aventure éditoriale

Cette nouvelle aventure éditoriale, La Pensée d’Ailleurs, émerge à la croisée de plusieurs chemins. Tout d’abord, elle fait suite à un bulletin, Les Cahiers NeV, qui restituait l’activité de recherche de l’équipe Normes & Valeurs du Laboratoire interuniversitaire des sciences de l’éducation et de la communication (LISEC / EA2310), et qui était publié sur le site du LISEC. L’enjeu des Cahiers NeV était de contribuer à la mise en relation des chercheurs concernés, et à la médiatisation de leurs travaux. Pour certains, cet outil permit de prendre conscience d’attraits et d’intérêts communs : attrait pour la philosophie, prise en compte de l’histoire, prise en compte des réalités contemporaines du quotidien, diffusion de la théorie didactique, importance des questions de pratique. Cela a donné lieu à la réalisation d’une cartographie des travaux de l’équipe NeV.

La volonté de fondation d’une revue scientifique est également l’expression du dynamisme de notre équipe de recherche, nous attendons en retour qu’elle contribue à en renforcer la spécificité. L’équipe NeV fut créée en 2007 par Eirick Prairat, qui était alors directeur du LISEC. Cette équipe a pour vocation de produire des travaux principalement en philosophie de l’éducation, en histoire et anthropologie de l’éducation ainsi qu’en didactique.

L’enjeu de notre revue est de favoriser l’usage de références sous-estimées, sous-employées, et la possible rencontre entre champs disciplinaires. C’est la raison pour laquelle le Comité scientifique se compose de chercheurs engagés dans les champs des sciences de l’éducation, de l’histoire de l’éducation et de la philosophie. Qu’ils soient chaleureusement remerciés pour leur confiance et leur participation à ce projet.

Controverses sur la question éducative

Le dénominateur commun aux initiateurs de ce projet est la « question » éducative.

Le personnel politique en France s’intéresse peu à la recherche en éducation, même si certains auteurs ont une visibilité médiatique ou institutionnelle — comme si un seul style de recherche et de discours était autorisé. Les voix dissonantes sont difficiles à faire entendre : sont-elles pour autant moins élaborées ou moins scientifiques ?

Le positionnement de la revue consiste à défendre et soutenir des travaux de recherche peu représentés, voire assujettis dans le champ des sciences de l’éducation. Le manque d’espace de publication pour le travail en philosophie de l’éducation et en histoire de l’éducation nous a conduit à vouloir créer une revue malgré une absence de moyens pour cela. Le format numérique était le plus immédiatement accessible, le plus souple en même temps qu’il est un format d’avenir. L’émergence de notre revue ne constitue pas une critique implicite des revues existantes, qu’elles soient spécifiquement d’histoire ou de philosophie de l’éducation, ou plus globalement de sciences de l’éducation. Notre aventure éditoriale est plus particulièrement liée à trois éléments de conjoncture : le constat de l’inadéquation entre le nombre d’espaces de publication disponibles et le nombre de projets d’écriture possibles ; la volonté de faire dialoguer les approches méthodologiques et disciplinaires ; la possibilité de relier certaines recherches et réflexions sur l’actualité.

Un champ scientifique se partage entre plusieurs espaces où se jouent des conceptions épistémologiques et théoriques fort diverses, et avec des visibilités variables. Pour produire des publications, les contraintes matérielles sont multiples. La taille des articles, le vocabulaire employé, la forme de présentation à respecter sont extrêmement normés.

Nous voulons mettre en lien, connecter, des espaces différents, des réseaux conceptuels, des raisonnements, des références, des modalités d’écriture, pour faire émerger quelque chose d’autre.

Pour insister sur cette différence possible, le choix du titre de cette aventure intellectuelle collective n’a pas été laissé au hasard. Le titre de la revue fait référence à un article de Jacques Rancière (1940-), « La pensée d’ailleurs », paru dans la revue Critique en 1978. Avec cette publication, on comprenait en quoi Foucault avait été un auteur important pour Rancière. Avec Foucault : « on sortait complétement de la philosophie des livres de philosophie, de l’institution philosophique » (Rancière, 2012, p. 72). Dire que la pensée est ailleurs, c’est d’abord considérer qu’il y a une pensée « ailleurs que dans les institutions de pensée » (id.). Cette pensée est à double versant : « la pensée telle qu’elle se réalise dans des instruments de domination, mais aussi la pensée telle qu’elle se réalise dans des formes de lutte, des paroles de lutte » (id.). Au cœur de ce texte les lecteurs pouvaient déceler la volonté d’être attentif à la pensée effective, « celle de ceux qui ne sont pas payés pour penser et de ceux qui sont payés pour ne pas penser » (Rancière, 1978, p. 242). La sophistique (ou la scolastique) est aujourd’hui « une institution mettant à la disposition de la classe politique la carte des savoirs sur ce qui leur échappe, une instance de la représentation auprès du politique de ce qui le fonde et l’excède en même temps » (Rancière, 1978, p. 244)1.

Notre proposition, avec cette nouvelle revue en ligne, est d’étudier « la réalité sociale de la pensée de l’Autre comme espace de rencontres, d’affrontements ; d’identifications et de retournements, lieu des partages sans cesse défaits et refaits, où s’abiment les stéréotypes du pouvoir et de la résistance » (Rancière, 1978, p. 243).

Nous apprécions dans Rancière qu’il soit l’un de ces auteurs inconfortables nous incitant à des jeux de miroir incessants et questionnant inlassablement nos positions, c’est pourquoi le premier numéro de La Pensée d’Ailleurs est dédié à son œuvre.

1 Ainsi, ajoute Rancière, « il ne s’agit donc plus de traquer le sophiste mais de l’égarer. Penser contre la sophistique c’est prendre, au moins comme

Bibliography

Rancière, J. (1978). La pensée d’ailleurs. Critique, 369, 242-245.

Rancière, J. (1981). La nuit des prolétaires. Archives du rêve ouvrier. Paris : Bayard.

Rancière, J. (2009). Et tant pis pour les gens fatigués. Paris : Amsterdam.

Rancière, J. (2012). La méthode de l’égalité. Paris : Bayard.

Notes

1 Ainsi, ajoute Rancière, « il ne s’agit donc plus de traquer le sophiste mais de l’égarer. Penser contre la sophistique c’est prendre, au moins comme idée directrice, le pari d’un travail inverse sur le savoir : travail de sabotage visant à le rendre malpropre à la consommation et inutile à la domination : travail pour décalibrer la marchandise, arracher les pancartes, déflécher les voies, restituer aux carrefours forestiers l’angoisse de n’avoir pour savoir où aller à compter que sur soi et sur ces arbres que la mousse se fait un malin plaisir d’entourer de tous les côtés ; rendre aux savoirs leurs singularités, aux rebelles leurs raisons, aux enfants amoureux leurs cartes et leurs estampes » (Rancière, 1978, p. 245).

References

Bibliographical reference

Henri Louis Go, Bérengère Kolly and Xavier Riondet, « Éditorial », La Pensée d’Ailleurs, 1 | 2019, 7-9.

Electronic reference

Henri Louis Go, Bérengère Kolly and Xavier Riondet, « Éditorial », La Pensée d’Ailleurs [Online], 1 | 2019, Online since 20 octobre 2019, connection on 22 mai 2024. URL : https://www.ouvroir.fr/lpa/index.php?id=80

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Henri Louis Go

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